‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 44 sur 281 · V. — La sotie · texte numérisé non relu

V. — La sotie

I Définition. — La sotie ou .<?o?f/(3 est jouée par les Sots j ou Eîifanls-sans-Souci, Les Sots fondent leur système de j satire sur cette hypothèse que la société tout entière est j composée de fous. Par-dessus leur costume, -ils revêtent ! les attributs qui désignent tel ou tel état, telle ou telle fonction : le juge, le soldat, le moine, le noble, le populaire, etc. « La sotie, dit Petit de Julleviile, c'est la satire universelle, transportée sur la scène et représentée [ par des Sots, que leur capuchon de folie met à l'abri des !; rancunes et des colères que pouvait soulever l'audace de leur médisance (1). > M. Ém. Picot, dans son étude sur la Sotie en France (2),

(1) La Comédie et les Mœurs au moyen âge.

(2) La Sotie en France, par Ém. Picot, in-8, 1878. (Extrait de Romania, t. VII )

LA UTTÈRATURE FRANÇAISE

compte vingt-six pièces de ce genre. Il fait remarquer que la solie était souvent représentée avec aine farce et une moralité, dans des spectacles multiples, analogues à ce que nous appelons aujourd'hui un spectacle coupé; dans ce cas, on commençait par la 50?/e, sorte de parade bouffonne. La sotie n'eut pas toujours pleine liberté; sa plus brillante période se place sous Louis XII, qui Tencouragea, afin de s'en servir pour soutenir sa politique intérieure et extérieure.

Principales soties. — En 1508, les Enfants-sans-Souci jouent le Nouveau Monde, dont l'auteur probable est André de la Vigne ; la pièce est relative à l'abolition de la Pragmatique Sanction par Louis XI, et aux espérances de son rétablissement par Louis XII. Le système est celui de la moralité, l'allégorie.

En J5l2, Pierre Gringoire, ou Gringore (i), fait représenter le Jeu du Prince des Sots, pièce dans laquelle il attaque violemment, avec la permission du roi et en sa présence, le pape Jules II et l'Église. Cet ouvrage comprend un grand nombre de personnages : le Prince des Sots figure le roi Louis XII ; Mère-Sotte, l'Église ; Sotte-Commune, c'est le peuple ; Solte-Fiance et Sotte- Occasion sont les ministres de l'Église ; le général d'Enfance est peut-être Gaston de Poix ; on voit encore le ■seigneur du Plat-d'Argent, le seigneur de la Lune, etc. Le 'Jeu du Prince des Sots ne comporte guère d'analyse ; c est une série d'allusions satiriques, d'actualités vivement exprimées, et promptement saisies par les contemporains. Elle était suivie d'une moralité intitulée: Peuple français, Peuple italique et V Homme obstiné, consacrée elle aussi aux démêlés de Louis XII avec le pape Jules II ; celui-ci n'est autre que Yhomme obstiné C^).

Parmi les soties d'une portée plus générale, citons : 7e Monde, Abus, les 5o/s(15L4?). Pendant que le Monde, fatigué, dort d'un profond sommeil. Abus amène sur le

(1) Sur Gringoire, voyez Petit de Julleville, tes Comédiens en France au moyen âge.

(2) Lire un extrait du Jeu du prince des sois dans AuberTIN, Choix de textes de r ancien français (Belin), p. 188.

LA COMl^iDlE AU MOYEN AGE 1^'»

théâtre Sot Glorieux (soldat), Sot Corrompu (juge), Sot Trompeur (marchand), Sotte Folle (la femme). Ces diiférerits Sots veulent construire un monde nouveau. Ils le bâtissent sur des piliers qui s'appellent Hypocrisie, Lâcheté, Bombance, Trahison, Corruption, Usure, Caquet, Faiblesse, etc. Mais bientôt les Sots, qui se réjouissent par des danses, heurtent les piliers ; tout s'écroule ; et le Monde reparaît, comme devant.

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