LE SERMON AU MOYEN AGE
On pourrait s'étonner que nous possédions si peu de textes français, en un genre que le moyen âge a cultivé plus que tout autre genre. C'est que la plupart de ces textes nous sont parvenus en latin, soit que les prédicateurs se soient eux-mêmes servis du latin, soit que leurs sermons, prêchés en français, aient été préparés, écrits et conservés en latin. On a même des sermons rédigés mipartie en latin, mi-partie en français; c'est le style macaronique. — Il y a là un problème critique, très difficile à résoudre, pour ne pas dire insoluble. Contentons-nous de citer les principaux prédicateurs dont des sermons français nous sont parvenus.
Saint Bernard (1091-1158). — Sous le nom de saint Bernard, nous avons quatre-vingt-quatre sermons en français, traduits, au commencement du treizième siècle, sur le texte latin. Saint Bernard fut un admirable orateur, parfois trop subtil et trop scolastique pour notre goût; mais plein d'onction et de véhémence, de force et de tendresse. 11 évoque souvent la comparaison avec Bossuet (3)
(1) Jeanroy, Extraits des chroniqueurs (Ilachetle), p. 354.
(2) Ici., p. 856.
(3) Lire i.m sermon fronçais de saint Bernard dans le Choix.», (1 AunKRTiN (Belin), p. 249 ; un autre dans la Chrestomaîhie de M. L. Clédat, p. 395.
LE SEUMON AU MOYEN Af.E
Maurice de Sully ( ?-lli)G). - l^cquc de Paris Maurice do Sully eut une grande renommée de prédicateur. 11 a lllsé un recueil de ses sermons français, l-H-e par lu même pour ses prêtres, et dont on a retrouve plu de v n,t manuscrits. Ces sermons furent mipnmes ^^l ^ fjj^ l^ 1311. - Maurice de Sully aune éloquence aisee, agrcabie touchante. Ses sermons ahondent en anecdotes e en exemples. On peut en juger par le cl'ai™ant ««imon d^ troisième dimanche après Pâques, <?^ •^'^J"^ raconte la légende de ce morne qui écoute chantei un
oiseau (1).
Jacques de Vitry (?-1240). - Auteur de plusieurs ouvrages historiques et mystiques, Jacques de Vitry ^ nombreux sermons à l'usage des prédicateur conuT^e une sorte de manuel. Ce recueil est surtout curieux pai es exemples qu'il renferme : anecdotes, légendes contes orientaux ou populaires, etc. Nous avons de a ^it q^^^^ services ces exemples (dont il existe encore d autres lecueils au moyen âge) peuvent rendre aux folk-lorisies.
Gerson (1363-1429). - Nous franchissons une longue période, très féconde cependant en P/'édieateurs celebies appartenant soit au clergé séculier, soit aux ordres des Frei es meneurs et des Frères prêcheurs : au treizième s ec e « peut citer les noms de près de trois cents «dicalem s. Au quatorzième siècle, Jean Chariier, ne a Gerson chanceUer de l'Université, prêche devant la cour de 4389 à 1397, dans l'église Saint-Paul. H devint quelq^^^^^^ années plus tard curé de la paroisse Sam -Jean-de-Gieve , et, pendant une période de quinze ans, il fait sn^out de prédication populaire. Nous possédons une soixantaine de sermons français de Gerson ; on y trouve un grand abus de l'allégorie ou de la scolastique, mais aussi de onc lion, du pathétique, une dignité soutenue «^^l^^PJ^^ la véhémente familiarité, mais qui ne descend jamais jus qu'au trivial (2).
(1) Texte cilé par Aubertin, p. 256; par M. Clédat, p. 392.
2 Deux frao-ments de Gerson sont cités par Aubertin, p. àOb , m' Clédat cite sa Plainte de l'Université, à la fois si ingénieuse et si éloquente, p. 4:02.
IGO
Menot (4440-1518), cordelier, eut une grande réputation. Si nous avons rraiment le texte do ses sermons (dont les plus célèbres sont ceux sur sainte Madeleine et sur VEnfanl prodigué)^ Menot mêlait de la façon la plus burlesque le français et le latin ; ce qui ne l'empêche pas d'avoir, dans sa trivialité, d'admirables mouvements d'éloquence.
Olivier Maillard (?-1502) fut vicaire-général des cordeliers de France, confesseur de Charles Vlll, et prêcha de 1460 à 1502, de tous côtés. Les nombreux sermons de Maillard ont été publiés en latin : nous n'en possédons que trois en français : la Confession, la Passion, et le Sei^mon de Bruges (nommé vulgairement sermon îousseux, parce que, dit-on, Fauteur y a marqué par des hem! hem! les endroits où il s'arrêterait pour tousser ?). Ces trois sermons donnent l'idée de la verve puissante et originale de Maillard, qui prend vivement à partie les auditeurs, et les traite, quel que soit leur rang, avec une rudesse vraiment éloquente. Dans sa Passion, prêchée à Laval en 1490, on admire une peinture réaliste et pathétique de la mort du Christ, qui est bien d\m contemporain de Villon (Ij.
BIBLIOGRAPHIE
Sur V historiographie au moyen âge, consulter Ch.-V. Langlois Histoire de la littérature française (Julleville, Colin), t. II, chap. VI.
Extraits des chroniqueurs français, éditions Paris-Jeanroy (Hachette), Petit de Julleville (Colin), Aubertin (Belin). — Chacun de ces volumes contient d'excellentes notices sur Villehardouin, Joinville, Froissait, Commines.
E. Faguet, Seizième Siècle, premier chapitre: Commynes, 1894.
Sur les Sermonnaires : Lecoy de la Marche, la Chaire française au moyen âge (2« édit., 1886). -- Abbé Bourgoin, la Chaire française au douzième siècle (Paris, 1879). — Abbé Samouillan, Élude sur la chaire el la Société française au seizième siècle, Olivier Maillard (Paris, 1891).
(1) Lire des fragments du Sermon de Bruges et de la Passion, de O. Maillard, dans Aubertin, p. 317.