‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 52 sur 281 · L'HISTOIRE AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE AU MOYEN AGE

dédicace à rarclievcquc de Vienne, Angelo Cato, Commines prétend que son seul but est de fournir des documents à ce prélat, qui voulait écrire en latin une histoire de Louis XI. Quoi qu^il en soit, ses Mémoires ont, avant Itout autre méi-ite, celui d'être un témoignage exact et sincère : Commines ne parle que de ce qu'il a vu ; il ne peint que les personnages qu'il a intimement connus. De Charles le Téméraire et de Louis XI, il a laissé des portraits définitifs ; l'érudition moderne n'a pu que les compléter. De même, sur la politique intérieure et étrangère de Louis XI, sur l'expédition d'Italie de Charles VIII : tout le fond est dans Commines.

^ Mais si les faits sont exacts, si les personnages sont jbien dessinés, le vrai mérite de Commines est ailleurs : il est dans Fintelligence des actes et des hommes. Com- 1 mines réfléchit; et à chaque instant, il s'interrompt pour nous faire part de ses réflexions. Et ce ne sont pas vagues ou naïves confidences, mais profondes et pénétrantes vues d'homme d'État, de philosophe et de moraliste. On comi prend, à le lire, pourquoi il a quitté Charles le Téméraire, c'est-à-dire l'étourdi et brutal représentant ce qu'il y avait I de plus étroit dans le passé, pour Louis XI, le plus réflé- I chi de nos rois, le politique de l'avenir. Il abonde en I idées, qui le rapprochent moins de Machiavel, comme on l'affirme trop complaisamment, que de Richelieu et de ' Montesquieu ; il est à la fois protecteur du pouvoir royal contre les grands, et psri'isan des États Généraux qui limitent l'absoîutisme des princes. II admire la constitution anglaise, comme un homme du dix-huitième siècle. D'autre ' part, il fait songer à Bossuet, quand, après avoir si finement analysé les causes humaines de revers et de succès, il abou- ! tit à la théorie de la Providence et à la mystérieuse action de Dieu ; ses réflexions sur la mort de Charles le Téméraire soutiennent la comparaison avec les Oraisons funèbres.

Ainsi Commines est un penseur, un politique et un moraliste. Le contraste est grand entre ses Mémoires et ceux de Joinville ; on le rapprocherait plutôt de Villehardouin.

Valeur littéraire de Commines. — Commines n'a ni I réclat pittoresque de Froissart, ni le charme de Joinville.

Il écrit lourdement,, il ne peint jamais. Mais il a de la justesse, de la finesse, du trait, et surtout nulle affectation lilléraire. « Commines se plaint quelque part de n'avoir aucune lilîérature ; un lecteur moderne est tout disposé à l'en féliciter (1). » On peut signaler chez lui des pages spirituelles (F Ours et les Trois Compagnons), des images ou des métaphores d'une justesse assommanfe, comme celle de Saint-Simon (2). Mais, surtout, il faut le louer d'avoir eu, quand il s'élève aux considérations politiques ou religieuses, une langue grave, solide et nerveuse, qui donne l'impression du grand slijle dix-septième siècle.

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