‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 62 sur 281 · II. — Clément Marot · texte numérisé non relu

II. — Clément Marot

Un mot d'abord sur le père de Clément, Jean des Mares, dit Marot (1463-15^3). Né à Mathieu, près de Caen, Jean Marot se maria à Cahors et s'y fixa, jusqu'en 1507, époque à laquelle il devint secrétaire d'x\nne de Bretagne. Pour elle, il écrivit le Doctrinal des princesses et des nobles dames, en vingt-quatre rondeaux, et la Vraie-disanî avocate des dames, en rondeaux ''et ballades. Par ces ^deux ouvrages, Jean Marot appartient au groupe des grands rhétoriqaeurs. Mais il devint poète-historiographe, et composa, pour servir Louis XII dans sa lutte contre le pape Jules II, un Voyage de Gênes et un Voyage de Venise, qui ont beaucoup plus d'originalité et de valeur. Il y raconte les expéditions du roi (qu'il a accompagné à Venise), et ses vers, de rythmes variés, ont de la précision et de la verve. Jean Marot a écrit pour François I^% dont il était devenu valet de t^hambre, une Épître sur la défaite des Suisses à Marignan. Mais il a mieux fait : il a appris Tart des vers et inspiré le goût de la poésie à son fils Clément.

Vie de Clément Marot. — Clément Marot est né à Cahors, enl496 ou 1497. Dans une Églogue au roy (1539) il nous parle de son enfance, de ses jeux, de son horreur pour les régents de collège, et de sa reconnaissance pour son père. Il paraît avoir assez bien su le latin ; ses auteurs préférés étaient Virgile (dont il traduisait en vers, à quinze ans, la première églogue), Ovide, Catulle et Martial. Il lisait Pétrarque en italien. Il admirait Alain Chartier,le Roman de la Rose, Yil- Ion, etc.. Enfin, il apprenait la musique, et l'on a sous son nom des airs originaux. Bref, dès son enfance, Clément Marot fut un esprit éveillé, curieux, un grandliseur; ajoutez

qu'il dut faire partie de la Basoche, ou des Enfants-sans- Souci. D'abord page chez Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroi, il y compose ses premières poésies, et il dédie au roi François P% en 4515, son Temple de Ciipido. Un gentilhomme de la chambre, M. de Pothau, le présente en 1518 à Marguerite, sœur du roi (1), alors duchesse d'Alençon. Marot lui apporle une épître, le Despoiirvu, dans le ^tyle allégorique de G. de Lorris. Marot devient valet de chambre de Marguerite (2), et, en 1521, il accompagne le duc dVVlençon au camp d'Attigny, près de Rethel (3).

En 1525, Marot suit Tarmée royale en Italie ; il est blessé à Pavie et fait prisonnier, mais aussitôt remis -en liberté ( i). Cette même année, commencent ses malheurs ; et ce gentu poète va désormais mener la vie la plus singulièrement agitée. En effet, au mois de février 1526, il est arrêté et enfermé au Châtelet, probablement comme hérétique. De sa prison, Marot écrit à son ami Lyon Jamet de Sensay,en Poitou ; il lui raconte en vers charmants la fable du Hon et du rat, et le supplie de venir à son secours (S). Lyon Jamet s'avisa d'un stratagème que permettait alors la diversité des juridictions ; il le fit réclamer par Léveque de Chartres, comme coupable d'un délit antérieurement commis dans son diocèse. Marot, extrait du Châtelet, fut transporté à Chartres, et vécut près de trois mois à l'hôtellerie de l'Aigle, sans être inquiété. Là, u se donna le malin plaisir de maudire ses juges, et com^posa son Enfer ; il y prépara aussi son édition du Roman de la Rose (parue en 1527). Gracié par François P^' (6) en mai 1526, Marot lui demande, à la fin de cette même année, la survivance de la charge de son père, qui venait de mourir; et il devient valet de chambre du roi (7).

Nouvelle affaire en octobre 1527. Marot a voulu arracher

(1) Cf. p. 189 et 229.

(2) Ballade à Madame d'Alençon pour eslre couché en son estai (1518).

(3) Épîtres 111 et IV.

(4) Élégies I, ni, IV,

(5) Épîtro XI.

((')) Hondean LXVIL (7) Épître XXXV.

Page 1