IV. — Les écrivains politiques
Los écrivains politiques, comme les historiens, comme les érudits, sont légion, au seizième siècle, époque de fermentation générale, où, sous l'influence des anciens, tout estremis en question. Maisgardons-nousicid'unecomparai-
LA littlRature française
son excessive du seizième siècle avec le dix-huitième siècle ; ce qui doit nous mettre en défiance, c'est précisément cette imitation des anciens qui se substitue si souvent à l'expression personnelle. Ne sommes-nous pas exposés parfois à prendre le change, et à considérer, comme la vibrante protestation d'une âme indépendante et courroucée, quelque scolaire adaptation de Sénèque, de Salluste et de Tite-Live ? — Tel est précisément le cas d'Étienne de La Boétie.
La Boétie (1530-1563). — On a oublié ses traductions du grec (les Économiques d'Aristote, la Mesnagerie de Xénophon, etc),. et ses poésies (dont vingt-neuf sonnets pubhés dans les Essais, I, 28), pour ne considérer en ce célèbre ami de Montaigne que Tauteur du Discours sur la servitude volontaire (appelé aussi le Contre un). La Boétie s'inspire de cette maxime de Sénèque (Lettres à Luciiius, 47) : « Nutla servitus turpior est quam voluntaria. » — Ce discours est proprement ce que les anciens appelaient une déclamation ; et nous savons par Montaigne que La Boétie « récrivit en manière d'essai en sa première jeunesse, à l'honneur de la liberté contre les tyrans ». Montaigne dit encore : « Ce sujet fut traité par lui en son enfance par manière d'exercilation seulement, comme sujet vulgaire et tracassé en mille endroits des livres » (1, 27). — Aussi, La Boétie ne Favait-il pas publié. Il mourut en 1563, et le Discours ne parut qu'en 1576, dans un recueil prolestant r Mémoires de VEsîal de France sous Charles neuvième. — D'autre pari, nid ne peut dire si La Boétie n'exprimait pas, à travers tant d'emprunts et d'allusions à l'antiquité latine et grecque, ses sentiments personnels. Car l'historien de Thou nous apprend de son côté que les répressions cruelles du connétable de Montmorency en Guyenne provoquèrent chez le jeune La Boétie une indignation d'où jaillit le Discours. Or, La Boétie était encore un écolier, il avait dix-huit ans ; rien de surprenant à ce que des sentiments très sincères aient pris une forme encore toute scolaire.
Quoi qu'il en soit, on éprouve, à la lecture de hi Servitude volontaire, l'impression que donne la plus forte éloquence. Le marche générale du Discours ^ les procédés