‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 88 sur 281 · THÉOLOGIENS, — HISTORIENS. — POLITIQUES · texte numérisé non relu

THÉOLOGIENS, — HISTORIENS. — POLITIQUES

d'argumentation, les figures de style, tout est d'un homme admirablement doué pour la parole, qui, dans une assemblée politique, eût fait frémir ses auditeurs de colère et d'enthousiasme. Villemain a dit : « On croirait lire un manuscrit antique trouvé dans les ruines de Rome, sous la statue brisée du plus jeune des Gracques. » On peut ajouter que La Boétie, par la véhémente déclamation de sa jeune verve méridionale, ressemble à un Girondin du seizième siècle (4).

Parmi les autres théoriciens politiques, on peut citer Jean Bodin (1530-1596), qui joua un rôle important aux États de Blois, et qui soutint la thèse de la monarchie constitutionnelle dans ses Six livres de la République (1576- 1578), ouvrage où l'on sent Tinfluence de Machiavel, et qui, traduit en latin par Bodin lui-même, eut un grand succès dans l'Europe entière. Jean Bodin est un prédécesseur de Montesquieu.

Michel de THospital (1505-1573). — Après de fortes études de droit, et diverses missions diplomatiques et charges judiciaires, où sa science et son jugement le firent hautement apprécier, L^Hospital devient grand chancelier de France, sous la régence de Catherine de Médicis. Catholique très sincère, il était indigné du fanatisme des deux partis. Il empêcha, par l'édit de Romorantin, rétablissement de l'Inquisition en France ; par les ordonnances d'Orléans (1560) et de Moulins (1566), il réforma le droit et la magistrature. Il disait : « Otons ces mots diaboliques, noms de pax-tis et de séditions, luthériens, huguenots, papistes: ne changeons le nom de chrétiens! » On sait à quel point les efforts de ce généreux esprit furent vains; en 1568, L'Hospital dut résigner ses fonctions. Retiré à Vignay, près d'Étampes, il assista de loin aux horreurs de la guerre civile, faillit elre victime de l'un et de l'autre parti ; et, comme le roi lui faisait dire qu'il lui pardonnait, il répondit : « J'ignorais que j'eusse jamais mérité ni la mort, ni le pardon. » -~ Comme la plupart des grands magistrats de son temps, L'fîospital était éru-

(1) Lire des extraits de la Boétie dans les Morceaux clioisis, de Talbot, p. 129,

dit et lettre : et il a composé des poésies latines très distinguées. Mais nous avons surtout à signaler ici ses œuvres oratoires et politiques : Harangues, Mercuriales, Remonlrances, recueil des discours prononcés par lui en diverses circonstances. La pensée en est juste, élevée; la forme, simple, sans exclure des mouvements de réelle éloquence. Mais on est frappé, en ce siècle de déclamalions, d'un ton qui sent surtout son honnële homme. Le plus remarquable écrit de L'Hospital est son Mémoire à Charles IX sur le but de la guerre el de la paix (publié en 4572) (4).

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