CT
vingt sols : ici, elle a retranché plusieurs volumes. Elle subit d’ailleurs l'influence de la « nouvelle », qui nous revenait d Italie ct d’Espagne, et qui était alors très à la mode. Le cadre est heureusement choisi. Les événements se passent à la cour de Henri IT ; la politesse des manières et le raffinement des idées deviennent par là très vraisemblables, La nouveauté était surtout dans l’exactitude de la peinture morale. M"° de La Fayette elle-même en jugeait ainsi : dans une lettre, où elle nie, comme l'usage d’alors ic permettait, qu’elle soit l’auteur de la Princesse de Clèves, elle s'exprime en ces termes : « Ce que j'y trouve, c’est une parfaite imitation du monde de la cour et de la manière dont on y vit. Il n’y x rien de romanesque et de grimpé... » C’est se bien connaître soi-même. Aux raffinements de galantérie romanesque M°* de La Fayette substitue la peinture de l’amour représenté comme une passion. Certes, c'est ici le devoir qui triomphe, mais il ne triomphe pas de la même manière qu'il fait chez Corneille. La conscience est troublée, et, si la tête reste libre, le cœur est envahi tout entier. « Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m’entraîne malgré moi... » Dans cette forme qui laisse l’idée ou le sentiment transparaître, dans ce style mesuré et contenu, la passion qui s’exprime est une passion violente, fatale ; la sobriété du pinceau ne sert qu'à faire valoir la hardiesse de la peinture. On reconnaît là un art contemporain de celui de Racine et qui introduit dans le roman la même con- : ception que celui-ci s'était faite de Ja tragédie.
À toute époque, deux ten-
à dances opposées et inégale-
Le roman réaliste. ment prépondérantes se font
jour dans le roman, l'une
qui consiste à embellir
l'image de la vie et l’autre qui, sous prétexte de réalité, consiste à l’enlaidir. Si le roman « idéaliste »
la principale vogue au xvn° siècle, le roman réaliste,
à côté de lui ou dans son ombre, continue sa carrière
à ras de terre. Charles Sorel, dans l'Histoire comique de Francion (1622), et dans le Berger extravagant (16238), a fait surtout la parodie du roman idéaliste à la manière de l’Astrée, Scarron; dans le Roman comique (1651), nous conte l’odyssée d’une troupe de comédiens de province qui arrive au Mans — et dans laquelle on ne saurait voir, comme on l’a fait par erreur, la troupe de Molière. Ses types de comédiens et comédiennes, les originaux de province qu’il groupe autour d'eux sont pris sur le vif et peints d’après nature. Scarron joint à une observation malicieuse beaucoup de verve et de gaîté. Le Roman Bourgeois (1666) de Furetière comprend une série de portraits et de scènes à peine reliés entre eux par une vague intrigue. Tous ces romans sont déparés par la grossièreté du ton, la trivialité du langage et la profusion de détails ignobles, À la fin du règne de Louis XIV, les Mémoires du chevalier de Gramont (1713), dont l’auteur, Hamilton (1646- 1720) écossais d’origine, vécut longtemps à la Cour de France, annoncent, par leur tour d'ironie et de liberünage, le roman du xvim siècle,
RÉSUMÉ
153. Parmi les nombreuses correspondances, celle de Mme de Sévigné (1626-1696) se distingue par une variété de sujets et par des qualités de style incomparables, À partir de 1671, et pendant près de trente années, M" de Sévigné à tenu sa fille au courant de toutes les nouvelles de la ville et de la cour. La belle humeur généreuse, le bon sens enjoué de Me de Sévigné, l’ardeur passionnée de son amour maternel, la vivacité et l’éclat de son esprit, le don du style font
de ces lettres improvisées le chef-œuvre de la littérature épistolaire.
154. Les lettres où Mme de Maintenon (1635-1719) s'adresse aux maîtresses de Saint-Cyr révèlent en elle une vocation d’éducatrice. La raison, la solidité, le sérieux sont les qualités de l'écrivain comme dé la femme. |