‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 119 sur 294 · MASSILLON · texte numérisé non relu

MASSILLON

(D'après un portrait anonyme).

line nature de provençal, sensible, délicate, amie des élégances fleuries. Au souffle du nouveau siècle, l’auteur du Petit Carême « minimise » Ia religion, la réduisant au minimum pour la faire passer.

sur le dogme et prêche en chaire une morale qui se distingue à peine de la morale profane, Ces défauts mêmes de Massillon ont assuré sa réputation au xvrr° siè-

cle. Aujourd’hui, nous ne voyons plus en lui qu’un maitre de rhétorique accompli. Il est le dernier en date des orateurs chrétiens de l’époque classique. Au xvin° siècle l'effacement du genre coïncidera avec l’affaiblissement du sentiment religieux. Il faudra attendre le réveil de la foi au xrx° siècle et les beaux jours de la chaire de Notre-Dame.

RÉSUMÉ

160. La prédication a jeté un grand éclat au xvn° siècle. François de Sales (1567-1622), évêque de Genève, prédicateur plein d’onction, a donné, dans son « Introduction à la vie dévote » (1608), un livre de piété écrit dans une langue imagée et fleurie d’une délicieuse fraicheur. *

161. La fondation d'ordres nouveaux et la réforme du clergé ont préparé la renaissance de l’éloquence de la chaire. Le Père Bourgoing, le Père Lejeune et le Père Senault, à l’Oratoire, le Père Claude de Lingendes, parmi les jésuites, ont été les prédécesseurs de Bossuet.

162. Né à Dijon en 1627, Bossuet, après un séjour à Metz, vient à Paris (1659) et prêche quatre stations devant la cour. Après avoir terminé l'éducation du Dauphin, il est nommé à l’évêché de Meaux.Il meurt en 1704.

163. Bon sens, sentiment de l’ordre et de l’autorité se joignant à l’ardeur de l’apostolat et à l’impétuosité d’une nature généreuse, tels sont les traits qui caractémisent chez Bossuet l’homme et l’orateur.

164. Les Sermons, où il a soin d'appuyer toujours la morale sur le dogme ‘ont la partie la plus admirable

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de son œuvre oratoire. Si le:xvr® siècle ne les a pas estimés à toute leur valeur, c’est qu'il était déconcerté par les familiarités et les brusqueries d’une éloquence faite pour agir sur les âmes et les conquérir de haute lutte.

165. L’Oraïson funèbre, genre que Bossuet n’aborde qu'à contre-cœur, devient entre ses mains, du panégyrique qu'elle était avant lui, une page d'histoire et une leçon de morale religieuse. C’est un sermon illustré par un grand exemple.

166. Le « Discours sur l’histoire universelle » (1681) est avant tout une apologie de la religion prouvée par la perpétuité de l'Eglise. En outre, Bossuet y jette Les bases de la philosophie de l’histoire.

167. L’ « Histoire des variations des Eglises protestantes » (1688) peut être regardée comme le chefd'œuvre de Bossuet écrivain, en raison de la lucidité de l'exposé et du relief avec lequel sont tracés les portraits des docteurs de l'Eglise réformée.

168. Ce qui met Bossuet au premier rang de nos grands écrivains, c’est qu'il a eu le sens le plus juste de la langue française. Son éloquence est vive et pressante dans le sermon, sublime dans l’oraison funèbre, son style est simple et lumineux dans les ouvrages de controverse.

169. Bourdaloue (1632-1704), que le xvrr° siècle préfère à Bossuet comme sermonnaire, n’a ni la même fougue ni la même imagination : ses sermons sont remarquables par la rigueur de la logique, par le piquant des allusions contemporaines et par la sévérité de la morale.

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