DIDEROT
(D'après le portrait gravé de Toulongeon).
« La tête d’un Langrois perchée sur mes épaules comme un coq de village sur son clocher », tel est le portrait que traçait de lui-même ce merveilleux improvisateur tournant à tous les vents de la curiosité. Mais aussi quel bourreau de travail fut celui qui assuma presque seul la tâche formidable Ge l'Encyclopédie !
geante. C’est Diderot qui a écrit à propos d’un portrait qu'avait fait de lui Michel Vanloo : « Mes enfants, je vous préviens que ce n’est pas moi ; j'avais en un jour cent physionomies diverses. Selon la chose dont j'étais
affecté, j'étais serein, triste, rêveur, tendre, violent, passionné, enthousiaste ; j'avais un grand front, des yeux très vifs, d'assez grands traits, la tête tout à fait du caractère d’un ancien orateur, une bonhomie qui touchait de bien près à la bêtise, à La rusticité des anciens temps. J’ai un masque qui trompe l'artiste ; soit qu'il y ait trop de choses fondues ensemble, soit que les impressions de mon âme se succèdent rapidement et se teignent toutes sur mon visage, l’œil du peintre ne me retrouvant pas le même d’un instant à l’autre, sa tâche devient beaucoup plus difficile qu'il ne la croyait.
La mobilité, tel est en effet le trait essentiel de cette rhysionomie toute en contrastes. Très préoccupé de faire rentrer la morale dans la littérature, Diderot ne s’est soucié de la mettre ni dans sa vie ni dans ses écrits. Il porte dans son œuvre ses habitudes de débraillé et de décousu ; les pages obscènes y alternent avec des hymnes à la vertu. Il est sans consistance dans ses idées, au point que, par un choix habilement fait, on peut composer de Diderot autant d'images différentes et même contradictoires. C’est que la nature de Diderot est faile, au fond, d’une absence complète de tout principe, du manque de toute croyance ; à la surface, d'une rare facilité à. recevoir toutes les impressions. Aussi sa sensibilité de rhéteur s’émeut-elle indifféremment à propos de tous les sujets, déversant sur chacun d’eux les flots d’une éloquence déclamatoire.
Diderot a laissé une rmul-
titude d’écrits et pas un
Ses écrits. livre ; il répandait sa verve
sans compter, en des feuilles
qu'il ne s’occupa jamais de
réunir, improvisant sur la question du jour, s’enflam-
mant pour des idées qu'il ne se donnait le temps ni d'approfondir ni de coordonner.
Son premier écrit philosophique, Essai sur le mérite de la vertu (1745), est une exposition de la doctrine théiste qui semble être la Sienne à cette époque. TT s'en sépare dans les Pensées philosophiques (1746), conçues
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sous l'influence de Bayle. À partir de la Leltre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient (1749), il prend décidément parti pour l’athéisme. Il sème d’ailleurs au cours de ces essais beaucoup d’idées neuves ; par exemple, on y trouve les premières indications de la moderne