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IV. L’ÉLOQUENCE. — Les orateurs de la Révolution. Mirabeau

On à vu que, pour les genres de pure littérature, le xvin® siècle, en se bornant le plus souvent à continuer le xvrr°, n’a guère donné que de pâles copies. Il en est quelques-uns pourtant où il s’est montré novateur : c’est ainsi qu’il a acheminé le roman vers une conception plus nette de son objet, esquissé la théorie d’un genre de théâtre intermédiaire entre la tragédie et la comédie, et rouvert la source de la poésie lyrique.

Le xvu® siècle n'avait

guère connu que deux sortes

Le roman réaliste. de romans, l’une et l’autre aux deux extrémités du

genre, le roman idéaliste et

follement romanesque et le roman trivial ou grotesque. Vers la fin du siècle, il se fait tout un mouvement qui porte la littérature vers l’observation directe de la réalité : la Nouvelle à cadre historique remplace le rcman d’aventures ; les Mémoires se multiplient ; on trace, à l’exemple de la Bruyère, des portraits contemporains ; au théâtre, la comédie de mœurs remplace la comédie de caractères. De ce mouvement le roman va bénéficier et nous verrons naître le roman réaliste.

Lesage (1668-1747) se tour-

Lesage « Gil Blas ». na de bonne heure vers

É l’imitation de la littérature espagnole. Il avait emprunté à l'Espagnol Guevara le

LE DÉPART DE Giz BLAS (Frontispice de l’édition de 1747).

Gil Blas prend congé de ses parents, au moment de partir pour sa vie d'aventures à travers les hasards de la fortune et les diverses conditions de la société, il va faire à ses dépens l’apprentissage de la vie et acquérir la longue expérience qu’il nous raconte sur ses vieux jours.

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sujet du Diable boiteux (1707) ; il doit également au roman picaresque beaucoup des aventures de Gil Blas (1715-1735). Mais il ne doit qu'à lui-même ce qui fait la valeur réelle de son livre. D’abord la peinture de la société de son temps : Gil Blas, tour à tour valet, assistant d’un médecin, secrétaire d’un évéque, passe par toutes les fortunes ; c’est pour Lesage une occasion de peindre toutes les conditions. Il y note aussi bien certains traits de l’humanité de tous les temps.

Il ne faut pas aller chercher dans le Gil Blas une morale fort scrupuleuse ; notre héros est un aventurier de la race des laquais, mais il est d’un temps qui a vu d'anciens laquais devenir premiers ministres. « Le corps des laquais est plus respectable en France qu'ailleurs, écrit l’auteur des Lettres persanes ; c'est un séminaire de grands seigneurs. » Lesage continue les classiques aussi bien par l'exactitude de son observation que par la qualité de son style, simple, naturel, et par la finesse de son ironie.

Avec les romans de Warivaux : Marianne (1731- 1741), le Paysan parvenu (1735-1736), nous voyons entrer dans le roman la peinture des gens de condition moyenne : les bourgeois, dont la vie inspire à Marivaux des tableaux qui font songer aux « intérieurs » de Chardin ; le peuplé, dont les mœurs sont pour la première fois reproduites avec quelque fidélité ; et jusqu’à la rue, dont Marivaux a su peindre la bigarrure et le. grouillement.

Marivaux « La vie de Marianne ».

L'abbé Prévost dans Ma- È 3 non Lescaut (1733 nous L'abbé Prévost ( ),

à conte les amours d’une cour-

« Manon Lescaut ». ù ; 1 »:

tisane et d’un chevalier d’industrie, Manon et Des Grieux.

£e roman, où nous admirons aujourd’hui l’art avec lequel l’auteur a su peindre la vivacité d’un amour sincère

chez deux êtres d’une parfaite inconscience dans leur immoralité, et où nous ne sommes pas éloignés de voir un des chefs-d’œuvre du genre, passa presque inaperçu.

Cliché Giraudon.

L’ABBÉ PRÉVOST (Dessinéà Paris d’après nature et gravé à Berlin par G.-F. Schmidt). Un des principaux représentants de l'anglomanie au xvir1° siècle, le traducteur de Richardson, auteur d’interminables romans

tombés dans l'oubli et d’un court récit qui fait vivre son nom entre ceux de Des Grieux et de Manon les héros qui lui doivent

l'immortalité.

C’est en traduisant Richardson (Paméla ; Clarisse Harlowe ; Grandisson) que l’abhé Prévost exerça une véritable influence sur son temps.

Nous avons, au chapitre Bernardin de Saint- précédent, montré la place Pierre « Paul et que tient dans l’histoire du Virginie ». roman la Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau.

Son plus fidèle disciple, Bernardin de Saint-Pierre, va créer un genre nouveau : le roman exotique.

Bernardin de Saint-Pierre est né au Havre en 1737. Esprit aventureux et romanesque, passionné pour les voyages, il s’embarqua à douze ans pour la Martinique, hésita entre plusieurs carrières, passa en Russie, en qualité d'ingénieur, avec le chimérique projet d'élever une

cité modèle sur les bords du lac d’Aral, revint par la:

Pologne, repartit pour un séjour de trois années à l’île de France. C’est au retôur de ce dernier voyage, dont il publia la relation dans le Voyage à l'ile de France (1773) que se produisit l'événement qui devait être capital pour sa carrière d'écrivain : son entrée en relations avec Rousseau, qu'il accompagnait dans ses promenades et dont il partageait les rêveries en présence de la nature.

Il s'y pénétra des idées de son maître, et, au contact du génie de celui-ci, prit plus nettement conscience de Son propre talent. e

Il est tout entier dans les Etudes de la nature (1784). Certes la thèse qu’il y développe, — à savoir que tout ce que nous voyons ici-bas a été créé pour l’homme, unique fin de l’univers, pour son utilité et son bonheur, tout et même les volcans et les inondations, même les bêtes de proie et les insectes nuisibles, — prête à sourire. Mais il inaugurait un art de la description qui, même après J.-J. Rousseau, était tout nouveau. Dans les paysages les plus justement fameux de Rousseau, on trouve encore beaucoup de termes abstraits qui traduisent le sentiment éprouvé par le spectateur plutôt qu’ils

ne peignent le spectacle lui-même dans sa réalité parti- -culière, concrète et matérielle. Ce souci du détail pitto-

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