I. — POÉSIE SATIRIQUE
Les jongleurs ne se conten-
taient pas de chanter les
Les fabliaux. Leur ori- œuvres épiques ; ils récitaient gine. Leur caractère. encore en manière d’inter- -mèdes, de petits contes desti-
nés à faire rire, plaisants
et souvent licencieux. Le thème en était un jeu de mots, calembour ou calembredaine, une mésaventure réelle où imaginaire arrivée à quelque chevalier, à quelque bour-
DE oil
POÉSIE SATIRIQUE ET POÉSIE DIDACTIQUE. al
SeOIs, vilain, prêtre ou marchand. Ces contes plaisants, courts et improvisés à l’origine, furent amplifiés et mis
en vers à partir du xn° siècle et prirent le nom de fabliaux (petits récits).
Certains sont de provenance orientale et ont été habi-
lement adaptés aux idées et au goût du temps. Mais la plupart sont d’origine purement française. Au surplus,
fous ont le même caractère :
Vos qui fableaux volés oïr… Volentiers les devés aprendre, Les plusors pour esemple prendre EL les plusors pour les risées Qui de maintes gens sont amées….
Car par biaus diz est obliée
= .Maintes fois ire et cinsançons !...1 Et quant aucun dit les risées Les forts tançons ? sont obliées.
La verve moqueuse, l’observation déliée, l’habileté à découvrir le ridicule sont, chez nous, autant de qualités de race : elles font merveille dans nos fabliaux. Presque tous sont de petits chefs-d'œuvre de malice et d'esprit. La composition très simple, l’emploi du rapide vers de huit syllabes, tout concourt à donner au fabliau une allure vive et dégagée. Ce sont ces œuvres légères qui représentent le mieux l’esprit « gaulois » du moyen âge.
Les fabliaux ont encore
pour nous cet intérêt que,
La société d’après les dans une série de brèves fabliaux. esquisses, ils nous présentent une image familière et mo-
, queuse de tous les types de la
» société. Il est bon seulement de remarquer que les con-
teurs distribuent leurs railleries de façon inégale. Ecri-
- vant pour les chevaliers, ils se moquent surtout des clercs
et des vilains. Les évêques et les moines sont trop puissants : on s'attaque de préférence aux membres plus humbles du clergé, aux curés de campagne, aux pauvres « provoires » ; on leur reproche leur gourman-