THÉODORE DE BANVILLE
(D'après le pastel de Renoir).
Cette face lunaire du plus fantaisiste des poèles, apparente à son Pierrot dont il a l’ingénuité avec un air parfaitement étranger = à tout ce qui fait partie du monde réel.
romans dont le plus curieux est le Capitaine Fracasse (1863), roman picaresque dans le goût de l’époque Louis XIII, des récits de voyage en Espagne, en Italie, à Constantinople, des études de critique dramatique et
surtout de critique d’art. Ce qui fait l'unité de cette œuvre, c’est que Théophile Gautier, qui avait commencé par étudier la peinture, se place toujours à un point
. de vue de peintre. Il se définissait lui-même : « un
ds
homme pour qui le monde extérieur existe ». C’est le reflet de ce monde qu’il a mis dans ses vers, plutôt que l’écho de la vie intérieure.
Nous en sommes avertis par le titre même qu'il a choisi pour son principal recueil : Emaux et Camécs (1852). « Ce titre, dit-il, exprime le dessein de traiter sous forme restreinte de petits sujets, tantôt sur plaque d’or ou de cuivre avec les vives couleurs de l’émail, tantôt avec la roue du graveur de pierres fines, sur l’agate, la cornaline ou l’onyx. » Théophile Gautier érige sa pratique en théorie. D’après lui, la littérature coit être « plastique », c’est-à-dire rivaliser avec les arts plastiques, être tour à tour de la peinture, de la sculpture, de la gravure. Il oublie que la littérature à son objet propre et ses moyens qui diffèrent de ceux des arts plastiques. De même, c’est Théophile Gautier qui a émis la théorie de « l’art pour l’art ». L’art serait indépendant de tout ce qui n’est pas lui et même de la morale ; il pourrait se passer d'idées et de sentiments ; seule la forme y importerait. On voit assez combien
J'art ainsi compris serait frivole et décevant.
Malgré ces paradoxes de doctrine, Théophile Gautier a rendu à la poésie d’inappréciables services. Non seulement il a rompu avec les effusions senlimentales des romantiques, mais il a donné aux écrivains le souci d'un métier plus scrupuleux et d’une forme plus pré: cise. Le meilleur de son «art poétique » tient dans Ja LE, LA La LA +) f x 21) # pièce intitulée l’Art, placée à la fin d’Emaux el Camées :
Oui, l’œuvre sort plus belle
D'une forme au travail Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.
Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit Ta chausses
Muse, un cothurne étroil..
Toul passe. L’art robuste : Seul à l'éternité.
Le buste Survit à la cité
Théophile Gautier rejoint ici la tradition classique et lui empruñte le dogme de l’art difficile par qui s’acquieït la perfection, à laquelle seule est réservée Ja durée à travers les siècles. Lui-même a été un bel artiste en vers et ses Emaux el Camées sont une date de notre poésie.
Théodore de Banville (1823-1891) oriente la poésie dans la même voie : (Les Cariatides, 1842 ; Odes Funambulesques, 1857). De son excellent Petit traité de Poésie Française (1872) un chapitre plus que tous les autres mérite d’être signalé et loué ; c’est celui qui, intitulé Licences poétiques, contient ces seuls mots : « Il n’y eh à pas ». Plutôt qu'un poète au sens complet du mot, Th. de Banville à été un incomparable jongleur de rimes et il à exercé une réelle influence par sa virtuosité! !