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LE THÉATRE ROMANTIQUE

\u début du xix° siècle, après les pâles imitations du xviH°, la tragédie classique, telle que Racine l'avait réalisée, était un genre condamné. Il fallait la remplacer par un autre. C’est ce qu'essaya l’école romantique el, quoique ses vrais titres de gloire soient ailleurs, c’est à propos du théâtre que se livra la bataille décisive entre classiques et romantiques.

ll se fit d'abord un grand mouvement de théories.

C’est en invoquant l’exemple des littératures étrangères dont on parlait beaucoup alors, c’est au nom de Shakespeare et de Schiller que les romantiques ont préconisé la nécessité d’une réforme au théâtre. Déjà M®° de Staël dans l'Allemagne avait donné l’analyse des principaux drames de Lessing, de Gœthe et de Schiller. M Necker de Saussure avait traduit le Cours de littérature dramatique de Schlegel

Les théories. La « Préface de Cromwell ».

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(1814) : on sait que, faute de comprendre le système de notre théâtre classique, le critique allemand le déclare absurde, l’attaque et le ridiculise.et exalte en bloc le théâtre de Shakespeare, dont il vante indifféremment les plus géniales beautés et les parties les plus contestables.

Restait à donner à ces idées, qui étaient dans Fair, une forme qui en assurât le triomphe : V. Hugo s’en chargea en publiant, en tête de son drame injouable de Cromwell (1827), une Préface qui devait être le manifeste de l’école nouvelle au théâtre. En voici les points essentiels.

Ce qui, d’après l’auteur de la Préface, constitue le drame romantique, c’est le mélange des genres tragique et comique, par opposition à la doctrine classique de la séparation des genres. Le rire alternera avec les larmes, le sublime voisinera avec le grotesque. Epris, comme on sait, de l’antithèse, Victor Hugo insiste sur cette opposition et sur le rôle qui doit appartenir au grotesque. — Suppression des trois unités, sauf une, l’unité d’action. — Plus de monologues : au lieu que les personnages s'expliquent, ils agiront. — Plus de récits : au lieu de raconter les faits, on les mettra en scène, on nous y fera assister. Actuellement « tout le drame se passe dans la coulisse. Nous ne voyons en quelque sorte sur le théâtre que les coudes de l’action : ses mains sont ailleurs ». — Les sujets empruntés à l’histoire moderne, évoquée dans son décor et son costume fidèlement reconstitués. Au lieu du « vestibule à volonté » de la tragédie classique, la « localité exacte ». « Le poète oserait-il assassiner Rizzio ailleurs que dans la chambre de Marie Stuart ? poignarder Henri [IV ailleurs que dans cette rue de la Ferronnerie tout obstruée de haquets et de voitures ? » Au lieu de « l’habit à la romaine » qui sert uniformément pour les pièces romaines, grecques ou persanes, le costume authentique de chaque époque. Telles sont les idées nouvelles que préconise Victor Hugo.

À la théorie du drame ainsi formmlée notons deux

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réserves essentielles que Victor Hugo a soim d'y apporter. Pour ce qui est d’abord de la « couleur locale », il insiste sur ce point qu’elle doit être non pas « à la surface » mais «au fond, dans le cœur même de l’œuvre ». Il proscrit ainsi le à bariolage superficiel » et demande que l’auteur dramatique s'attache surtout à restituer dans son exactitude l'atmosphère morale de l’époque où sera situé le drame. En second lieu, contrairement au prosaïque Stendhal pour qui le vers n’est qu'un « cache-sottise », il veut que le drame soit écrit en vers.

Par ces deux exigences, Victor Hugo espérait mettre Je drame ca garde contre un dangereux voisinage, celui du mélodrame. C'était faire preuve de clairvoyance. Car, si l’on parlait beaucoup dans les manifestes romantiques du théâtre anglais et allemand, il était une autre influence beaucoup plus réelle et vraiment agissante, celle du mélodrame. La foule se portait vers les scènes populaires du «boulevard du Crime », où triomphaiert les Guilbert de Pixérécourt et les Caigniez. Hantés par le succès du mélodrame, les romantiques en ont eu, sans cesse et malgré cux, la technique présente à l’esprit. Leur innovation a consisté essentiellement à tenter d'élever le mélodrame à la dignité d’un genre littéraire.

La Préface de Cromwell eut

un immense retentissement.

Les œuvres. Elle « rayonnait à nos yeux,

dit Théophile Gautier, comme

les Tables de la Loi sur le

mont Sinaï». Deux ans après, (11 février 1829) était joué le premier en date des drames romantiques, Henri I el sa Cour d'Alexandre Dumas. Deux éléments le conslituent. Un brutal fait divers : le duc de Guise faisant assassiner Saint-Mégrin qu'il soupçonne d’être l'amant de la duchesse. Un étalage de couleur locale : souvenirs avec leurs dates, traits de mœurs, usages, modes et parlicularités du costume. Ainsi se trouvait réalisée la formule du drame romantique qu'on peut définir : un

drame de passion d'aujourd'hui dans un décor d’autrefois. Von

Mais Henri IT et sa Cour était en prose. Pour lutter contre la tragédie classique il fallait le prestige du vers.

Cliché Bulloz,

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