‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 202 sur 294 · TR SXIXe SIECHE · texte numérisé non relu

TR SXIXe SIECHE

à formuler le sentiment général encore vague, à dirigér l'observation confuse du plus grand nombre. » Il

est ‘donc très éloigné de vouloir heurter les idées ou même les préjugés du public. Il n’a rien d’un

EMILE AUGIER (D'après le portrait d'Edouard Dubufe).

Une figure à la Henri IV. Ge grand bourgeois qui joint l'esprit au bon sens, renoue la tradition de notre théâtre classique.

révolutionnaire. Il exprime avec force les idées généralement admises.

Emile Augier a débuté sous

les auspices de Ponsard et

Son théâtre. de l’école du bon sens. Ses premières pièces, la Ciguë

(1844), Un homme de bic

(1845), l’Aventurière (1848), Gabrielle (1849), le Joueur

LE THÉATRE. 785 de flûte (1850), Diane (1852), Philiberle (1853) sont en vers : comédies agréables, d’un charme de demi-teinte. Mais Augier n'était pas poète : ses vers sont le plus souvent prosaïques. Il n'avait pas encore trouvé sa voie.

C’est l’apparition de la Dame aux Camélias qui lui révéla ce que devait être la moderne comédie de mœurs. Dès 1854, il donnait le Gendre de M. Poirier, l'un des chefs-d’œuvre et peut-être le chef-d'œuvre de la comédie moderne. Ceinture dorée (1855), le Mariage d’Olympe (1855), les Lionnes pauvres (1858), un Beau Mariage (1859), Maître Guérin (1864), la Contagion (1866), sont d'excellentes comédies de mœurs. Dans les Effrontés (1861), le Fils de Giboyer (1862), Lions el Renards (1869), Augier aborde la comédie de satire so-

ciale et politique. Ses dernières pièces : Madame Caver-

let (1876), les Fourchambault (1878), sont des pièces à thèse.

Le grand mérite d'Emile Augier est d’avoir élé un peintre de notre société bourgeoise. Bourgeois de Paris ou de province enrichis dans les affaires, le bonhomme Poirier, Maître Guérin, les Roussel, les Pommeau, les Charrier, voilà ceux dont il a su nous tracer les vivants portraits. Il y a réussi d’autant plus complètement qu'il était tout près d’eux. Ce sont des êtres peu compliqués. Augier se sent à l’aise en présence de ces natures robustes et un peu épaisses ; son bon sens se rencontre avec le leur. Il les comprend et les pénètre tout entiers. Il les voit tels, qu'ils sont, simples et tout ronds, avec une familiarité de manières qui confine à la vulgarité. Il attrape aisément leur façon de parler énergique et qui manque d’une certaine distinction. Afin de leur donner, en nous les présentant, le plus de relief qu'il se peut, il a soin de les prendre à une époque où le caractère est entièrement formé, incapable de toute modification, à l’abri

Le peintre de la bourgeoisie.

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de toutes crises. [Is restent d'un bout à l’autre semblables à eux-mêmes, fidèles à la définition de leur caractère. Ce sont figures individuelles et types tout ensemble, portraits construits avec des dessous solidement établis, traités dans une manière large el grasse.

C’est par là qu'on a pu comparer l’art d'Emile Au- L'écrivain. gier à celui de Balzac. Les analogies sont frappantes. On ferait aisément entrer toutes les parties du théâtre d'Augier dans les cadres de la Comédie humaine : scènes de la vie parisienne el scènes de la vie de province, scènes de la vie privée, de‘la vie politique, etc. Augier fait au théâtre, comme Balzac avait fait par le livre, le roman de l'inventeur, de l’usurier, du brasseur d’affaires, du parvenu, de la femme de trente ans, etc. Ses peintures ont de Ja vigueur, son dialogue a de la vie, sans prétendre à l’originalité de celui d'Alexandre Dumas fils. Surtout on se sent en sécurité avec Emile Augier : sa morale est toujours saine, et son esprit, de la meilleure lignée française, rejoint celui de notre comédie du xvrr° siècle.

Autour de ces deux maîtres de la grande comédie, nombreux sont les écrivains qui.

dans cette période particulièrement féconde, ont donné des œuvres sans doute moins personnelles et moins vigoureuses, mais fortes où charmantes. Au premier rang, Victorien-Sardou (1831-1908), qui possède au plus haut degré le don du théâtre, et par sa souplesse, sa fertilité d'invention, son entente de la scène, rappelle ses maîtres, ‘Scribe mais aussi Beaumarchais. Il aborde tous les genres : il commence par la comédie d'intrigue, les Paltes de Mouche (1860), continue par la comédie de mœurs, Nos intimes (1861), la Famille Benoiton (1865), Nos bons Villageois (1866), s’essaie au

Autres écrivains de théâtre.

drame historique, Patrie (1869), à la comédie de satire politique, Rabagas (1872), à la pièce à thèse, Daniel Rochat, Divorçons (1880), et enfin se fixe dans les drames de reconstitution historique qui le passionnent

Archives photographiques.

VICTORIEN SARDOU (D’après le portrait de Bonnat).

L’héritier de Beaumarchais dont il a la verve endiablée, légal de Scribe pour la fertilité de l'invention scénique, eelui pour qui société, histoire, vertus et sentiments, travers et ridicules, vie du cœur et de l'esprit se tournent naturellement en sujets de pièces, péripéties, coups de théâtre, dialogue et répliques.

Fhéodora (1884), La Tosca (1887), Thermidor (1891), Madame sans gêne (1893). Dans tous ces genres si divers et qui exigent des qualités si différentes, il réussit par sa verve, son habileté à tenir la curiosité du Spec-

Le

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lateur en éveil, son goût du détail amusant, l'éclat de son style à facettes, l'esprit qui pétille dans le dialogue et un don de vie endiablée.

Théodore Barrière (1823-1877) a donné dans les Faux

Cliché Nadar

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