ALEXANDRE DUMAS FILS
(D'après le portrait d'Edouard Dubufe).
L’iniliateur de la comédie de mœurs moderne. A l'imagination de son père joignant un don d’observation impitoyable, à l’ar- Ceur généreuse du réformateur mêlant le goût du paradoxe, il a par-dessus tout une parfaite entente de la scène et un esprit éblouissant.
dés d’une Certaine manière et se sont dit tout bas : il est temps... » Même il verra lui apparaître « une Bête colossale qui avait sept têtes el dix cornes, et sur ses
cornes dix diadèmes. » Partie du perron du Vaudeville la route s'achève au seuil de l’Apocalypse.
La première comédie
d'Alexandre Dumas, Ja
Son théâtre. Dame aux Camélias, représentée le 2 février 18592, fit
révolution au théâtre. Ce
n'est pas par le sujet et ce n’est pas par l'esprit dans lequel il était traité que cette pièce était nouvelle ; Dumas y reprenait un thème cher au romantisme, la réhabilitation de la courtisane, et y donnait une sorte de transposition de Marion de Lorme. Mais la pièce était nouvelle par la forme. Au lieu de l’image conven-
tionnelle dont se contentait la comédie d'alors, l’au-
teur faisait évoluer ses personnages dans un milieu directement observé, dans le décor et le costume actuels. Il créait ainsi la moderne" ‘comédie de mœurs! ‘qui con: CON Siste à transporter à la scène le-tableau de nos mœurs pris Sur le vif dans sa réalité actuelle.
Le Demi-Monde (1855), la Question d'argent (1857) le Père prodigue (1859) sont des comédies d’observalion. Le Fils naturel (1858) inaugure un genre fort différent, -où l’auteur va tenter de développer par les moyens du théâtre une thèse sociale. /Dumas estime que l'écrivain de théâtre doit chercher la solution des problèmes qui se posent à la société de la façon la plus urgente. Il doit agiter et discuter ouvertement ces grandes questions. ‘Il a charge d’âmes. Telle est la théorie de la « pièce à thèse », et tel le programme du théâtre que Dumas appelle le « théâtre utile ». Ce système a l’avantage de profiter de l’actualité et de créer une atmosphère de discussion autour d’une œuvre qui prétend à une portée pratique. Mais il à aussi de graves inconvénients : non seulement la pièce perd de son intérêt à mesure que le problème soulevé perd de son actualité, mais la réalité est faussée par les besoins de la thèse, la marche de la pièce prend la raideur d’une démonstration avec un tour dogmatique dans le
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dialogue. L'Ami des Femmes (1864), les Idées de Madame Aubray (1867), Monsieur Alphonse (1873), la Princesse Georges (1871), une Visite de noces (1871), Denise (1885) sont, de façon plus ou moins directe, des pièces à thèse.
Enfin, dans les pièces de sa dernière manière, Dumas ne se contente plus de peindre les mœurs ou de soutenir des thèses ; il veut incarner des idées générales dans des personnages qui ne sont plus des êtres de chair et de sang, mais des êtres irréels, des personnagesentités chargés de symboliser la lutte du féminin et du masculin, l'éternel conflit du mal et du bien. Telles sont : la Femme de Claude (1873), l'Etrangère (1876), la: Princesse de Bagdad (188).
Ê Chez Dumas, l’homme de théâtre -est subordonné au moraliste, Ses pièces ne sont que ses idées morales prenant une forme concrète.
Marivaux disait qu'il avait passé sa vie à faire sortir l'amour de toutes les niches où il se cache : Dumas pourrait dire qu'il a passé la sienne à dénoncer toutes ‘les infamies qui se cachent sous le nom de l’amour. li est, suivant son expression, un «homme qui sait », et il s’est donné la mission de nous renseigner sur ce qu'est l’amour en dehors du mariage : ruse, égoïsme
Le moraliste. L'homme de théâtre.
et libertinage. Forte de la lâcheté de l’homme et de.
son aveuglement dans l'amour, la femme est en train de « faire sa révolution », et d’usurper une place qui ne lui appartient ni suivant l’ordre de la nature, ni suivant le plan de toute société bien organisée. Ces théories, auxquelles il faut joindre d’ardents plaidoyers en faveur du fils naturel et de la fille séduite, constituent la « morale » de: Dumas. Il n'y manque ni de bon sens, ni de générosité, ni même d'’évangélisme. Il est regrettable seulement que la forme employée par Dumas pour soutenir des idées, même justes et saines, soit si souvent paradoxale et presque toujours scabreuse,
{ Dumas a au plus haut degré les qualités qui font l'homme de théâtre. Possédant une admirable entente de la scène, il s’impose au public, il le heurte de front, le violente, le domine. Il a le mouvement, l’action. l'allure rapide, enfiévrée. Son dialogue est plein de verve, éblouissant d’esprit. Son théâtre, auquel il faut joindre les Préfaces si curieuses qu'il a mises en tête de chacune de ses pièces, est une œuvre d'ordre composite, souvent éloquente et parfois déclamatoire, bizarre, irritante, toujours originale et émouvante. | ) L'œuvre d'Emile Augier ; É (1820-1889) à un caractère Émile Augier. plus uni. Celui-ci est un bourgeois, représentant accompli de l'esprit bourgeois dans ce qu'il a de plus solide et de plus vraiment traditionnel. Toute sa biographie, comme il aimait à le répéter, tient dans ces quelques mots : il ne lui est jamais rien arrivé. I] n’a éu à souffrir ni de la vie, ni de l’ordre social. Il appartenait à une famille aisée ; il a eu des débuts faciles, une carrière heureuse. Il s’est toujours tenu en belle humeur et en belle santé. I] remarque qu'il n’y a de vraiment bons que les gens bien portants. Or, la bonté, non celle qui est faite d’une humeur facile à l’apitoiement, mais celle qui vient de l'équilibre de toutes les forces, est un élément de la justesse de l’observation et une garantie d’impartialité.
La faculté qui domine chez Augier est le bon sens. Il est un homme de bon sens dans toute la force du terme. Tout ce que comporte de clairvoyance et de justesse dans l'observation, le bon sens, — uni, il faut bien le dire, à une certaine étroitesse d'esprit, — on le noterait chez Augier. Homme de bon sens, Augier l’est surtout en tant que le bon sens est le sens commun. Il n’est aucunement porté vers les opinions singulières. « La force du théâtre, écrit-il, consiste à être l'écho retentissant des nchottone de la société,