ALPHONSE D'AUDET ET SA FILLE
(D’après le tableau de Carrière).
C’est le Daudet des dernières années, amaigri, päli, spiritualisé par la souffrance, non plus le peintre de Tartarin et des évocations ensoleillées de son Midi, mais l'écrivain d’exquise sensibilité qui s’est penché sur la misère des humbles.
çale et par la tristesse de ses débuts dans la vie. Débarqué à Paris, il n’y oubliera pas sa Provence natale, dont les choses et les gens reviendront souvent dans ses récits ; mais il s’appliquera surtout à peindre la vie parisienne dans ses aspects variés et ses contrastes. Après le Petit Chose (1868), dont la première partie est
une autobiographie, et Tartarin de Tarascon (1869) sont venus : Jack (1876), Fromont jeune et Risler aîné (1878), Le Nabab, les Rois en exil (1879), Numa Roumestan (1880), l’Immortel (1888), romans d’«histoire contemporaine », composés de tableaux détachés, qui se succèdent plutôt qu'ils ne se suivent et ne s’enchaïnent. L’'Evangéliste (1883) et Sapho (1884) sont d’une manière différente, vigoureuse et serrée.
Ce qui caractérise cet écrivain charmant, c’est le concours d’une imagination ensoleillée de méridional et d'une sensibilité qu’émeuvent toutes les formes que prend la souffrance dans des existences sacrifiées. Ses romans, qui reflètent la vie moderne la plus brillante, ouvrent en même temps des perspectives sur de lamentables coins de misère. Avec une sorte de tendresse mouillée qui l’a fait comparer à Dickens, Alphonse Daudet a su dire la destinée des humbles, des malchanceux, de tous ceux qui sont victimes de notre vie fiévreuse et surchauffée. Il a observé le type bien moderne du déclassé, ou, comineé on dit, du « raté » : tels sont le faux poète Amaury d’Argenton et surtout le comédien Delobelle, Enfin Alphonse Daudet a incarné dans le personnage de Tartarin la nature méridionale, avec ses enthousiasmes faciles, ses illusions, son perpétuel mirage. Il a créé ainsi un type devenu populaire et dont le nom propre est devenu un nom commun.
Au théâtre, il a donné un chef-d'œuvre d’art sobre et d'émotion : l’Arlésienne (1872). Outre ses grands romans, on doit encore à Alphonse Daudet de petits contes tout brillants de grâce et de sensibilité, Lettres de mon moulin (1869), Contes du lundi (1873), qui sont bientôt devenus des classiques de la nouvelle.
Quoique reléguée au se- À cond plan, la tradition idéa- Le roman mondain.
; liste et romanesque, celle
Octave Feuillet. FPS de l’œuvre de George Sand,
s'est -perpétuée au temps
même où dominait le courant opposé. Elle à pour
Frincipal représentant Octave l'euillel (1821-1891). Ecrivain d’une grande noblesse de sentiment, d'esprit vraiment aristocratique, Octave Feuillet a débuté par des Scènes et proverbes (1851) qui peuvent encore se
Archives photographiques OGTAVE FEUILLET (D’après une photographie de Pierre Petit, lithographiée par C.-J. Fuhr).
Le maître du roman romanesque dans le Roman d’un jeune
homme pauvre, devenu le peintre de la société aristocratique dans Monsieur de Camors et celui de la passion dans Julia de Trécœur,
lire, même à côté du théâtre de Musset dont ils procèdent.
La partie de son œuvre la plus originale est celle qui comprend le Roman d'un jeune homme pauvre (1858) er l’ Histoire de Sibylle (1862). L’urbanité du ton, l1 qualité des sentiments toujours élevés, l’optimiste conception de la nature humaine s’y réunissent pour en
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faire les précieux spécimens d'un genre auquel convient tout spécialement le qualificatif de romanesque. Sans doute, il n’y faut pas chercher une peinture de la vie réelle, mais bien ce que l’auteur a voulu y mettre : l'expression d’un rêve dont on doit souhaiter qu’il continue à hanter les jeunes imaginations. L'’humanité a beau vieillir, elle aime toujours les contes de fées. Peau d'âne, la Belle au bois dormant sont des récits qu’on peut toujours recommencer, à condition d'en modifier le décor et d’en rafraîchir les costumes.
Dans les romans qui ont suivi, Feuillet a subi l’influence du réalisme. Il a voulu y faire preuve de vigueur, sans toutefois renoncer à l'élégance dont il ne se départira jamais ; il y a réussi surtout dans M. de Camors (1867), étude de psychologie très pénétrante, portrait d’un Don Juan moderne, et dans Julia de Trécœur (1872), étude de femme possédée par la passion qui la mène au suicide, — Dans ses dernières œuvres, Histoire d’une Parisienne (1881), La Veuve (1884), La Morte (1886), Honneur d'artiste (1890), il a exagéré sa manière qui, d’un livre à l’autre, devient de plus en plus nerveuse et fébrile.
Octave Feuillet peut être considéré comme le type du « romancier mondain », à condition qu'on prenne cette définition dans son meilleur sens. Presque tous nos romanciers, sans en excepter Balzac, ont échoué dans la peinture de la société aristocratique, Mœurs, sentiments, principes, usages de cette société revivent dans les récits de Feuillet. En outre, l’élégance dont il ne s’écarte jamais, fait qu’on lui a contesté injustement certains mérites. On a parlé de la fadeur de ses romans. On n’a pas su voir, dans ceux qui se sont succédé depuis M. de Camors, des études de passion troublante et fatale qui sont en quelque façon « raciniennes ». Ajoutons que Feuillet à, au plus haut degré, l’art du récit, la clarté et l’aisance du style.
La « nouvelle » a trouvé dans l’école naturaliste un Guy de Maupassant. représentant, qui, avec des
qualités très différentes de celles de Mérimée et d'Al phonse Daudet, peut être tenu pour un des maîtres du
Cliché Bulloz
GUY DE MAUPASSANT (D'après l’âäquarelle de J.-B. Guth).
Un gros garçon qu’on ne s’étonnerait pas de rencontrer dans le monde de petits bourgeois, de campagnards, de çanotiers et autres joyeux compagnons dont il nous conte en traits si pittoresques les aventures vulgaires. Mais de cette œuvre, d’un puissant réalisme, se dégage une vapeur de folie et de mort qui l’enveloppe d’un halo de tristesse désespérée.
genre. Formé par les conseils de Flaubert, Guy de Maupassant (1850-1893) avait appris de lui le souci de
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l'exactitude dans l’observation et de la précision vigoureuse dans la forme. Anecdotes empruntées à la vie réelle, paysages de Normandie ou tableaux de la banlieue parisienne, types de campagnards, de fermiers, de petits rentiers, remplissent ses nouvelles, remarquables par l'intensité de la vision, la puissance du rendu et la qualité de la langue, puisée à la meilleure source traditionnelle. Il est regrettable seulement qu’à ces nouvelles tantôt joviales et tantôt tragiques. s’applique trop souvent et trop exactement l’épithète de « littérature brutale », que J.-J. Weiss dans un article célèbre, daté de 1857, avait appliquée au réalisme de Flaubert et de Baudelaire.
RÉSUME
292. Le roman a pris au xix° siècle une extension considérable et s’est plié à toutes les formes, à commencer par le roman d'analyse que représentent le « René » (1804) de Chateaubriand et l’ « Adolphe » (1816) de Benjamin Constant.
293. Au genre du roman historique inspiré des romans de Walter Scott appartiennent le «Cinq Mars » (1826) d’Alfred de Vigny, et la « Chronique du règne de Charles IX » (1829) de Mérimée, et se rattache la « Notre-Dame de Paris » (1831) de Victor Hugo, évocation du Paris du xv° siècle autour de la cathédrale, ainsi que l’énorme composition des « Misérables » (1862), à la fois roman feuilleton, roman social, roman d’histoire et épopée.
294. Le roman idéaliste a pour principal représen* tant George Sand (1804-1876). On distingue dans l’œuvre de George Sand quatre manières : romans lyriques, romans à tendances socialistes, romans champêtres, romans simplement romanesques. Génie opti-
miste, elle excelle dans l'idyllique et le romanesque.
295. Henri Beyle (Stendhal) (1783-1842) est un héritier de la philosophie du xvrr° siècle. Psychologue subtil et paradoxal, il a créé dans « Le Rouge et le Noir » (1831), le type de Julien Sorel, le plébéien envieux et haineux.
296. Prosper Mérimée (1803-1870), sceptique, pessimiste et ironique, est le représentant le plus qualifié de l’art de la nouvelle.
297. Balzac (1799-1850) est le grand maître du roman. Il à, dans sa « Comédie humaine » (1829-1850), créé une société imaginaire aussi vivante que la société réelle et incarné dans des types d’un relief intense toutes les passions, tous les vices, tous les travers de son temps et de tous les temps.
298. Gustave Flaubert (1821-1880) a combiné les éléments du romantisme et ceux du réalisme. Il passe tour à tour du roman d’actualité, « Madame Bovary » (1857), au roman d'archéologie « Salammbô » (1862). La composition est chez lui très savante, le style d’une correction et d’une harmonie très étudiées.
299. L'école naturaliste essaie indûment de faire entrer dans la littérature les procédés de la science. Elle gâte le réalisme par un parti pris de trivialité-et ne produit que Ja caricature du réel.
300. Émile Zola (1840-1902), chef de l’école naturaliste, en a appliqué les théories dans une série de romans « Les Rougon-Macquart » d'une lourdeur parfois puissante, et toujours d’une révoltante grossièreté.
301. Les frères de Goncourt (Edmond, 1822-1896 ; Jules, 1830-1870), lettrés délicats, curieux de Part du xvuit siècle et de l'histoire des murs, ont donné des
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romans d'un modernisme aigu. Ils sont les inventeurs de l'écriture artiste qui est une forme nouvelle de la préciosité.
302. Alphonse Daudet (1840-1897), né à Nîmes, est le peintre du Midi et des Méridionaux, dont il a dessiné dans « Tartarin de Tarascon » (1869) un type devenu populaire, Il a donné des Contes exquis et, au théâtre, « l’Arlésienne » (1872) chef-d'œuvre d’art sobre et d'émotion.
303. Dans ses romans « d'histoire contemporaine » il a su, à côté. des existences brillantes, faire place à celle des humbles et des ratés.
304. Octave Feuillet (1821-1891) continue la tradilion du roman idéaliste. Il est surtout le peintre de l'âme romanesque.
305. Guy de Maupassant (1850-1893) a excellé dans la nouvelle réaliste.
LECTURES RECOMMANDÉES
Sainte-Beuve, Portraits contemporains. — Lundis I, I, IX. — Taine, Essais de critique et d'histoire. — Faguet, Le XIX° siècle. — Brunelière, Balzac. Le roman naturaliste. Essais sur la littérature contemporaine. — Paul Bourget, Essais de psychologie contemporäine. :- Jules Leinaitre, Les contemporains. — Edouard Rod, Stendhal (Grands écrivains fran- Çais). —- Caro, George Sand (ibid.). — Augustin Filon, Mérimée (ibid.). — Parigôt, Alexandre Dumas père (ibid.). — Faguet, Gustave Flaubert (ibid.). — R. Doumic, Portraits d'écrivains, Ecrivains d'aujourd'hui. Les Jeunes. George Sand. — Bellessort, Essai sur Balzac.
TEXTES A CONSULTER
Victor Hugo (Ed. ne varietur). — À. Dumas père, George Sand, Stendhal, Mérimée, Balzac (Œuvres. Calmann Lévy). — G. Flaubert, E. et J. de Goncourt, Emile Zola, A. Daudet (Œuvres. Fasquelle). —— Octave Feuillet (Ofuvwres. Calman Lévy). — Guy de Maupassant (Ollendorff).