II, — POÉSIE DIDACTIQUE
Si le moyen âge est peu savant, il aime beaucoup la science. Il nous a transmis un grand nombre d'ouvrages Uidactiques, dus pour la plupart à des clercs qui s’efforcent de mettre en langue comimune les enseigneinents contenus dans les livres latins. Quelques-uns de ces trailés prétendent à embrasser l’universalité de la science : ainsi le Trésor de sapience de Brunelto Latini, en prose. D’autres se bornent à une partie spéciale de la science : ainsi les Lapidaires, les Bestiaires, les Volucraires, consacrés aux pierres, aux animaux, aux oiseaux. L'Image du monde, de Gautier de Metz, est une véritable encyclopédie cosmogonique, &éo-
graphique et astronomique. Il est vrai que la science y est traitée d'assez étrange façon. Le moyen âge ne considère le monde matériel que comme un symbole du monde spirituel : aussi, pour lui, toute description scientifique se complète par une allégorie et se termine par une interprétation morale.
Parmi les poèmes spécialement consacrés à la morale, plusieurs ne sont que la traduction des ouvrages les plus faciles de la décadence latine : les Distiques de Caton, œuvre d’un grammarien du vi° siècle mise par lui sous le nom de Caton le Censeur, la Consolation de Boëce, etc...
Ceux qui nous intéressent le plus sont ceux où l’auteur cherche à enseigner la perfection, et à retracer l'idéal de la politesse (le Doctrinal de courtoisie, le Castoiement ou Chastiement des dames). La poésie morale confine souvent à la satire (les Etats du monde). Enfin, certains ouvrages, les Dits, sont purement descriptifs (les Dits des rues, des moustiers, des crieries de Paris, des fèvres, des laboureurs, des taverniers, du bachelier).
Le Roman de la Rose est,
Le«Romandela Rose ». dans son ensemble, la réu-.
Guillaume de Lorris. nion de tous ces courants
isolés : c'est un art d'amour
(tels que sont la Clef d'amour, le Remède d'amour, le
Bréviaire d'amour), ct c'est aussi une encyclopédie, une composition morale, satirique, allégorique. -
I comprend deux parties composées à quarante années de distance par deux auteurs différents, et qui se suivent en se contrariant.
Guillaume de Lorris, à qui revient l'honneur de l'invention, à fait les quatre mille premiers vers. Il écrivait vers 1236. On suppose qu'il était jeune à cette époque et que ce fut la mort qui interrompit son œuvre. Vrai poète, il est doué de toutes les qualités aimables ; il parle une langue dont la mollesse a de la grâce ; sa pensée délicate et subtile, et naturellement maniérée, revêt d'elle-même là forme de lallégorie.
Le Roman de la Rose,
He se ae d'après le plan de Guillaume L Ein ne de Lorris, nest qu'un art F d’aimer :
Ci est le Rommant de la Rose Où l’art d’amors est tote enclose.
L'auteur se propose de décrire l’amour et ses effets,
<t d'indiquer quels sont pour un amant les moyens de réussir. Son idéal est celui du xur° siècle, déjà bien différent de l'idéal chevaleresque : au culte exalté de
la femme a succédé la galanterie de ‘société. Il suppose qu'il a eu un songe : il en dédie l’histoire
à celle qui
. tant est digne d’être aimée Qu’el doit être rose clamée.
La Rose, en effet, en dépit des interprétations pénibles auxquelles s’est plus tard livré Marot, n’est dans notre poème que le symbole de la femme aimée. C'était au mois de mai : ik sembla au poète qu'il arrivait près du domaine du dieu d'amour. Sur le mur extérieur sont
- peintes les choses hideuses de la vie : Haine, Félonie,
Vilenie, Convoitise, Envie, Tristesse, Vieillesse, Papelardie et Pauvreté ; à l’intérieur, les vergers, les plaisirs, Déduict et Liesse, les danses. Introduit par Dame Oiseuse, le poète rencontre le dieu d’amour qui je
- frappe de cinq flèches et l’instruit de ses commande-
ments : c’est un véritable manuel de la courtoisie, où l’on trouve des conseils sur l’élégance du costume comme des préceptes sur l’agrément des manières :
Et si dois ta robe baillier
À tel qui sache bien Laillier
Et face bien séans les pointes
Et les manches joignans et cointes 1.
Solers à las ? ou estiviausÿ,
Aies sovent frès et noviaus.….
Ne sueffre sor toi nul ordure, Lave tes mains et tes dents cure ;