‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 219 sur 294 · LE MOUVEMENT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT RELIGIEUX

officielle. Son système est « l’éclectisme », qui consiste à prendre dans toutes les doctrines ce qu'elles ont de meilleur, système aujourd’hui tombé dans un entier discrédit. Mais Cousin a le mérite d’avoir défendu avec cualeur les idées spiritualistes. Il est, chez nous, l’un des créateurs de l’histoire de la philosophie. Enfin, ce philosophe est un écrivain. Son traité, Du Vrai, du Beau et du Bien (1853), a été longtemps un ouvrage classique. Qu'il expose sa philosophie, qu'il étudie Pascal, où qu'il fasse revivre Lx société du xvu‘ siècle, il est toujour: éloquent ; il à au plus haut degré les qualités oratoires ct procède par développements abondants et larges périodes. Parmi ses disciples, à côté de Théodore Joufjfroy (1796-1852), Garnier (1801-1864), Saisset (1814-1863), un ‘des plus populaires fut Jules Simon (1814-1896) qui à pris également place parmi les meilleurs orateurs de notre siècle.

D'autre part, un important mouvement d'idées souveut confuses et chimériques mêlait les théories philosophiques aux utopies sociales. Saint-Simon, Fourier, auxquels viendront se joindre les Pierre Leroux, Îles Enfantin, les Considérant, posent Îles principes du socialisme, Enfin, Auguste Comte (1798-1857) organise le positivisme dont l’influence sur la seconde moitié du siècle sera considérable. Cette doctrine, consistant essertiellement en une nouvelle classification des sciences, à été souvent défigurée par des disciples qui l’ont tirée à tort vers le matérialisme. Et puisqu'il s’agit ici de littérature, n'oublions pas de dire qu’Auguste Comte est un détestable écrivain : le style du Cours de philoso-

* phie positive est barbare.

En même temps que la Le mouvement reli- philosophie quittait les voies gieux. Joseph de Mais- où elle s'était engagée au tre. Lamennais. xvine siècle, il se produisait dans la littérature religieuse un grand mouvement provenant de la renaissance de la foi. Nous trouvons ici deux écrivains de race : Joseph de

Maistre et Lamennais.

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Joseph de Maistre, né à Chambéry avant l'annexion de la Savoie à la France (1754-1821), resta fidèle à son souverain dont il fut pendant quinze ans le représentant à la Cour de Russie. Ecrivain dogmatique, d’une éloquence impérieuse et amie de l'hyperbole, d’une logique qu'il se plaît à pousser jusqu’à l'extrême limite où elle côtoie le paradoxe, il s’est fait, dans les Considé-

Cliché J. Lançon,

JOSEPH DE MAISTRE (D'après ‘un portrait appartenant à la famille), De la hauteur, de la noblesse, Ge la gravilé, un grand air de certi-

tude, ainsi nous apparaît l’impérieux avocat de la Providence en qui ses lettres révèlent un homme plein de bonté et d'esprit.

ralions sur la France (1796), dans le livre Du Pape (1819), mais surtout dans les Soirées de Saint-Pétersbourg (1821) l'avocat de la Providence et de son gouvernement temporel, Rien, d’après lui, n’arrive dans le monde qu'elle n'ait voulu, Ainsi en a-t-il été de la Révolution française, Ainsi en est-il d’une loi générale comme celle de la Guerre, à laquelle il assigne une origine divine, C’est

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la théorie, parfois même la manière de Possuet, à côté de qui c’est son honneur qu'on puisse le citer. Sa page uneuse sur le bourreau, résume en quelque sorte ses qualités et ses défauts d'écrivain : vigueur saisissante, mais aussi recherche de l'effet. La publication de sa correspondance a été une révélation. Tandis que ses

Archives photographiques.

LAMENNAIS (D'après le portrait d’Ary Scheffer).

Figure méditative, absorbée dans l’amère tristesse d’une situation insoluble ; orgueil humilié, conscience déchirée, toute la vie engagée sur une voie fausse qui mène au gouffre.

écrits étaient d’un esprit entier, autoritaire et qui parfois rebute par ses outrances, ses lettres à sa famille sont d’un homme plein de bonté qui nous charme par sa tendresse de cœur et son bon sens, par son esprit et

sa bonhomie.

T1 nous en voudrait de ne pas faire à côté de lui une

place, — si effacée qu'elle soit, à son frère Xavier

(1763-1852), le sensible auteur du Lépreux de la Cité |

d’Aosté et l’humoriste du Voyage autour de ma chambre.

De Bonald (1754-1840), avec une réelle profondeur de pensée, mais aussi une raideur dogmatique, a formulé dans sa théorie du pouvoir politique les principes d’une société qui serait une sorte de théocratie.

Félicité de Lamennais -— M. Féli, comme lappelleront ses disciples, groupés autour de Jui à La Chènaie, -- est né en 1782, à Saint-Malo. En IRO8, à propos du Concordat, il écrivit ses Réflexions sur l'élal de l'Eglise. Trois ans plus tard, il se fit prètre sans que sa vocation fût bien affermie. En (1817, il publia l’Essai sur l'indifférence en matière de religion, qui eut un grand retenlissement. En 1830, avec Lacordaire, Montalembert ct l'abbé Gerbet, il fonda le journal l’Avenir, pour défendre les idées du catholicisme libéral : le journal fut condamné par la cour de Rome et dut disparaître, Depuis l’année 1834, où il publia les Paroles d'un croyant, Lamennais, interdit par le pape, s’écarte de plus en plus de l’orthodoxie religieuse et, en politique, incline vers le socialisme. Il est mort à Paris en 1854.

Lamennais, compatriote de Chateaubriand, à des rap-

ports d’esprit et de caractère avec ce dernier. Nature.

ardente, incapable de subir une discipline, il est à la merci d’une imagination de visionnaire. Par là s’expliquent et la hardiesse de ses idées et sa destinée aventureuse. Mais c’est un remarquable écrivain. Son style est plein de relief, avec des étrangetés et des tons heurtés.

Dans la chaire, qui depuis cent ans avait cessé de jeter L'Actu son ancien éclat, des voix éloquentes se faisaient entendre. Sous l’Empire, l’abbé Frayssinous (1765-1842), plus tard évêque in partibus d'Hermopolis, avait inauguré le genre nouveau des Conférences, que devait reprendre un grand orateur, le Père Lacordaire.

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