L'ÉLOQUENCE PARLEMENTAIRE
à Rome, en 1832, il entra à l'Univers dont il resta jusqu'à sa mort le rédacteur en chef. C’est dans ce journal, destiné à combattre les principes de la Révolution, qu'il se signala par l’âpreté de sa polémique contre les ennemis de la religion, mais aussi, par un fâcheux manque de logique, contre d’admirables chrétiens, auxquels il reprochait, étant catholiques, de ne pas l'être de la même manière que lui. À travers les trivialités d’une forme volontairement outrancière et brutale, on devine un écrivain de race.
Rappelons enfin les grands noms de Mgr Dupanloup (1802-1878), orateur d’une chaude et généreuse éloquence, du cardinal Perraud (1828-1906), qui fut un historien et un philosophe, du P. Didon (1840-1900) aussi émouvant peut-être dans ses Lettres que dans ses Conférences. et du P. Monsabré (1823-1907, professeur et théologien plutôt qu'orateur.
Le régime parlementaire, qui a été depuis 1815 celui de la France, x favorisé le développement de l’éloquence politique. De grands orateurs se sont fait entendre dans toutes nos assemblées. Sous la Restauration, ce sont : Royer-Collard (1763-1845), le chef des doctrinaires ; le comte de Serre (1776-1824), l’ardent défenseur des dioits de la presse ; Benjamin Constant (1767-1830), et le général Foy (1775- 1825), qui représentent l’opposition libérale,
Sous la monarchie de Juillet, où le gouvernement constitutionnel n’est plus en danger, les débats de la tribune se réduisent souvent au dialogue des deux grands ministres, l’un Guizot, dont la parole, toujours pleine de dignité, est souvent hautaine et non sans raïideur, l’autre Thiers, qui fait contraste avec lui par la souplesse de son talent et la fertilité de ses expédients. Casimir Périer (1775-1832) a l’énergie, Dupin aîné (1783- 1865) la verve et la bonhomie, le duc de Broglie (1785- 1869) la politesse aristocratique, Montalembert (1810-
L’éloquence parlementaire.
1870) l'élévation d’une parole chrétienne, Mais le plus | grand orateur de cette période est Berryer (1757-1840) il a le mouvement, l'imagination, la passion qui vient | de fortes convictions. |
Odilon Barrot, Ledru-Rollin et surtout Lamartine, opposés au doctrinaire Guizot, allaient jouer un grand rôle pendant la République de 1848.
Sous le second Empire. Rouher (1814-1884) est l’orateur du pouvoir ; Emile Ollivier (1825-1913) et Jules Favre (1809-1880), dans l'opposition, se font remarquer, le premier par une parole d’une rare séduction, le second par une pureté de forme toute classique.
RESUMÉ
316. La critique profite du mouvement des études historiques. Si Désiré Nisard (1806-1888) reste fidèle à la méthode de la critique idéaliste et dogmatique, Villemain (1790-1867) fait de la critique un tableau d’histoire ; Sainte-Beuve (1804-1869) y introduit la biographie et tend à faire de la critique un chapitre de l'histoire naturelle des esprits. Ses Causeries du Lundi (1850-1869) sont un modèle de finesse pénétrante et de souple intelligence. Son Port-Royal (1840-1860) est un | des grands livres du xrx° siècle.
317. La philosophie spiritualiste, dont l’initiateur fut Maine de Biran (1766-1824) trouve en Victor Cousin (1792-1867) un mañtre éloquent.
318. Les études religieuses jettent un éclat tout nouveau. Joseph de Maistre se fait l’avocat de la Providence dans des livres d’une prose forte et savoureuse. Lamennais (1782-1854), défenseur du catholicisme libé. ral, est un écrivain d’esprit tourmenté et d’imagination hardie ; Lacordaire (1802-1861), qui transporte le
romantisme dans la chaire et le P. de Ravignan (1795- 1858), d’une éloquence plus simple, ont illustré la chaire de Notre-Dame. Mgr Dupanloup (1802-1870), le cardinal Perraud (1828-1906), le P. Didon (1840-1900), le P. Monsabré (1823-1907) ont continué leur brillante tradition.
319. Nos assemblées politiques entendent les paroles éloquentes de Royer-Collard, Casimir Périer, Guizot, Thiers, Berryer, Jules Favre, Emile Ollivier.
LECTURES RECOMMANDÉES
Sainte-Beuve, Portrails contemporains. — Brunetière, L’Evolulion des genres. — Ravaisson, Rapport sur la philosophie au XIX° siècle. — Faguet, Poliliques el moralistes cu XIXe siècle, — Alfred Roussel, Lamennais. — F. Duine, Lamennais. — Victor Giraud, La vie tragique de Lamennais. — Michaut, Sainte-Beuve avant les Lundis.
Giraud, Le Port-Royal de Sainte-Beuve (Coll. des chefsd'œuvre expliqués). — Bellesort, Sainte-Beuve el le XIX° siècle. — Jules Simon, Victor Cousin (Grands écrivains français). — D’Haussonville, Lacordaire (ibid.). — Jules Le-
maitre, Les contemporains (sixième série).
TEXTES A CONSULTER
Nisard, Hisloire de la liltéralure française. — Viliemain, Tableau de la littérature française au XVIII siècle. — Saint- Marc-Girardin, Cours de lilléralure dramatique. Sainte- Beuve, Porlrails littéraires. Causeries du lundi. Nouveaux lundis. Port-Royal. Mes poisons. — Taine, Essais de crilique el d’hisloire. Histoire de la litléralure anglaise. —- Victor Cousin, Du Vrai, du Beau el du Bien. Eludes sur la Société française au XVIIe siècle. — Lamennais, Lacordaire, Louis
Veuillot (Œuvres).