‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 23 sur 294 · Restor, — 2. Piquer. — 3, Excuse · texte numérisé non relu

Restor, — 2. Piquer. — 3, Excuse

vient le théâtre du poème. C'est l'analyse psychologique qui fait son apparition dans notre littérature.

Le continuateur de Guil-

Jean de Meung. laüme de Lorris, Jean Clopi-

nel, est né à Meung, vers

1245. IF écrivit vers 1275. Riche et Mé avec les aTands, :l'est lui-même un personnage.

Jamais, du reste, deux hommes n’apportèrent à une

même œuvre des qualités et des dispositions plus dis-

JEAN DE MEUNG ÉCRIVANT LE Roman de la Rose (d’après une miniature du Roman de la Rose).

Vêtu de sa robe élégante et de sa douillette d’hermine, le poète

, est dans sa chaire, écrivant auprès de sa bibliothèque tournante

aux plateaux chargés de livrés. Chez celui qui fut le Voltaire du

moyen âge, oh remarque cette physionomie acérée et pleine de feu, qui fait songer au Voltaire de Houdon.

semblables. Jean de Méung ést un poëte énergique, violent, brutal, autant que Lorris était aimable et élégant : sa langue est rude autant que celle de son prédécesseur était fluide et doux-coulante. Tandis que Lorris cherchait à faire de l’amant un homme qui saura

plaire, Jean de Meung, qui hait les femmes, tend à en faire un pédant tel qu'il est lui-même. Et tandis que le premier écrivain ne savait guère du monde que les choses de l’amour et semblait vivre dans une sorte de rêve, Jean de Meung, esprit pratique, s’est mêlé à la société de son temps, et il en connaît à fond les ridicules, les travers et les tares.

À u Aussi Jean de Meung peut-il

Analyse de la seconde bien avoir repris le poème au

partie du « Roman point où il s'arrêtait et de la Rose ». conservé les personnages et le cadre général, la ressemblance n'est qu'extérieure : au fond, tout est changé. L'amant, dont il s’agissait de peindre les sentiments, n’a plus d’autre rôle que d’écouter d’interminables discours. C’est d’abord Dame Raison qui, dans une tumultueuse harangue, lui parle de l’amour, de la justice, de la fortune, du bien et du mal, un peu de tout, et de tout longuement. C’est l’Ami qui décrit l’âge d’or et l’origine des sociétés. C’est Dame Nature qui, dans une confession générale à son chapelain Genius, traite de physique et de philosophie. Finalement, et après plus de vingtdeux mille vers, l’amant, qui a bien gagné sa récompense, cueille la Rose.

Ce qui aujourd'hui encore donne un intérêt vivant à Satire de la société. cette seconde partie du Roman de la Rose, c’est la hardiesse d’une satire qui n’épargne personne. Jean de Meung ne se borne pas à reprendre contre les hommes d'argent et les gens de justice des attaques fréquentes au moyen âge :

Tex juges fait le larron pendre Qui miex deüst estre pendus.

Il discute le fondement même des institutions politiques et sociales. Voici comment il représente l’origine de la royauté :

Un grant vilain entre eus eslurent, Le plus ossu de quanque tils furent Le plus corsu et le graignor ?,

Si le firent prince et seignor.

L'établissement de la propriété est, d’après lui, la source d’une infinité de maux :

Bien furent or dolors creües As chetis de mauvais eür 5, C’onc puis ne furent asseür ; Que ce qui commun ert 4 devant, Comme le soleil et le vent, Par convoitise approprièrent.

Un long épisode dirigé contre les ordres mendiants contient ce portrait de Faux-Semblant, personnification de l'hypocrisie qui semble annoncer déjà T'artufe :

— Tu sembles estre uns sains hermites.

— C’est voir 5 mès £e sui ypocrites.… — Tu vas preeschant novreté.

— Voir mès riche sui à plenté 6...

Les deux parties du Roman de la Rose ont, à cause de

Succès et influence. leur différence même, égale-

ment contribué au succès de

l’œuvre : la première auprès des jeunes gens et des femmes, la seconde auprès des clercs et des bourgeois. Ce roman sera très attaqué au siècle suivant, par Gerson au point de vue de la moralité, par Christine de Pisan à cause de ses railleries contre les femmes ; mais, pour l’attaquer, on lui empruntera sa forme même, l’allégorie. C’est la meilleure preuve

, de son succès, attesté au moyen àge par une traduction

flamande, une traduction italienne toute en sonnets, et une traduction anglaise, longtemps attribuée à Chaucer. Ce succès se continuera jusqu’en plein xvi° siècle, grâce à l'édition rajeunie qu’en donne Marot en 1527. Enfin, le Roman de la Rose sera seul à trouver grâce auprès des réformateurs d’alors, dédaigneux de notre vieille poésie.

4. Autant que. — 2. Le plus grand. — », Heur, malheur. #. Elail. — 9. Vrai,

— 6, En abondance. + d)

RÉSUMÉ

18. Les fabliaux sont de courts récits d’un caractère plaisant, uniquement destinés à faire rire.

19. Petits chefs-d’œuvré d’observation malicieuse, ils contiennent une peinture très réaliste de la société contemporaine et une fidèle image de l’esprit gaulois.

20. Le moyen âge possède un grand nombre de fables, de provenances diverses, mais il les attribue toutes à Ésope. Marie de France est l’auteur du plus ancien recueil de fables en vers ou « Ysopet ».

21. De là est venue la première idée du « Roman de Renart ». Ce vaste poème est l’œuvre collective des provinces du Nord. Il à été rédigé en plusieurs langues. Le texte que nous en possédons est un remaniement da la fin du xu° siècle. Ce roman a pour sujet la lutte épique et comique de Renart contre Ysengrin : il est la première apparition de l'esprit bourgeois dans notre littérature.

22, Parmi les autres genres saliriques, il faut mentionner : les débats, les bibles, la fatrasie.

23. Le meilleur poète satirique du moyen âge est Rutebeuf, un ancêtre de Villon pour la sincérité de l’inspiration.

24. La poésie didactique à donné lieu à des encyclopédies scientifiques, à des traités spéciaux, les lapidaires, les bestiaires, les volucraires, à des traités de morale, à des œuvres descriptives.

25. Le « Roman de la Rose » réunit en lui tous ces genres. Il comprend deux parties composées à un long

intervalle par deux auteurs très différents. La première,

due à Guillaume de Lorris (1236), est un art d’aimer écrit avec facilité et avec grâce. La seconde, due à Jean de Meung (1275), contient à la fois une encyclopédie savante et une violente satire de la société.

26. Le « Roman de la Rose » est une allégorie continuée pendant plus de vingt-deux mille vers. L’immense succès de ce roman atteste le goût déplorable du moyen âge pour cette forme littéraire.

LECTURES RECOMMANDÉES

- Lenient, La Satire en France au moyen âge. — J. Bédier, Les Fabliaux. — G. Paris, Les Contes orientaux dans la littéralure française du moyen âge. — L. Sudre, Les Sources du roman de Renart. — G. Paris, Le Roman de Renart (Journal des Savants, 1893), — Lucien Foulet, Le Roman de Renart. — E. Langlois, Origines et sources du Roman de la Rose, —— Paulin Paris, Jean de Meung (Hist. litt., t. XXVIII). — L. Clédat, Rutebeuf (les Grands écrivains français).

Recueil de Fabliaux (de Montaiglon et Raynaud). — Robert, Fables inédites des XII°, XIII et XIVe siècles. — Ro- quefort, Poésies de Marie de France. — A. Jeanroy, Le - Roman de Renart, — Le Roman de Renart, mis en nouveau langage (Paulin Paris), — Le Roman de Renart (Martin). — Le Roman de la Rose (Langlois, Société des anciens textes).

, Œuvres de Rutebeuf (Kressner).

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