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CHAPITRE XLIV

Le Théâtre naturaliste : Henri Becque, Antoine et le théâtre libre. Le théâtre de l’'Œuvre.

La Comédie sentimentale et psychologique : Jules Lemaitre, Georges de Porto-Riche, Maurice Donnay, Ilenry Bataille. La Pièce à thèse et le Théâtre d’idées : Paul Hervieu, Eugène

Brieux, François de Curel.

La Comédie d’observation : Henri Lavedan, Alfred Capus, de

Flers. et Caillavet.

Le Théâtre en vers : Edmond Rostand.

Le théâtre, au xix° siècle comme presque toujours, suit l’impulsion donnée par le roman. Il s’était fait réaliste après la mort de Balzac et sous l'influence de son œuvre ; de même, on le vit obéir aux formules et à l’esprit du naturalisme, au moment même où les

romanciers commençaient à secouer le joug de cette

école.

À la scène, le naturalisme

est d’abord une tentative Le Théâtre naturaliste. ayant pour objet de diminuer

la part de la convention dans

la comédie de mœurs, Nous avons vu qu'Augier et Dumas fils avaient fait de l’intrigue à la manière de Scribe le support de leur comédie. C’est cet élément d'’intrigue, jugé inférieur, que s'efforce d'éliminer Henri Becque (1837-1899). Au lieu d’une intrigue ingénieusement machinée, on se contentera d’un lien, aussi mince soit-il, entre des scènes reproduisant, au moins en apparence, l'exactitude, patiemment observée, de la vie quotidienne. Il s’agit uniquement de « faire vrai », et, suivant le mot d'Emile Zola, de faire entrer « par la toile de fond le grand air libre de la vie réelle ». Le dialogue entre les personnages

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doit donner au spectateur l'impression qu'il l'entend ivdiscrètement, l'oreille appliquée au trou d'une invisible serrure, | :

A cet art épris de réalité ne sauraient convenir qu des sujets empruntés à la vie de tous les jours. La veuve

HENRI BECQUE (D'après la gravure de Quesnel).

L'âpre observateur à qui on doit un douloureux chef-d'œuvre, es Corbeau, el qui à déterminé le courant réaliste au théâtre à la fin du x1x° siècle.

d'un industriel et ses trois filles défendent péniblement leur héritage contre les entreprises de fripons et d'’aigrefins ; elles succomberaient à la coalition des convoilises et des fourberies, si l’une des filles ne se dévouait pour épouser l’un de ces coquins : voilà Les Corbeaux (1882). Cette sombre pièce, beaucoup plutôt que la

Parisienne (1885), qui, par son titre, généralise fâcheusement la peinture d’un cas d'exception, est le chefd'œuvre d'Henri Becque. Cet ait pessimiste choisit à dessein les laideurs de la vie et des âmes pour les étaler sur la scène ; l'effet, à la représentation, est pénible ; mais on ne saurait en contester la vigueur, ni refuser à cette peinture de nos mœurs une part de vérité.

Le mouvement, dont Henri Becque venait de donner le signal, inspire à André Antoine, l’idée de fonder le Théâtre Libre (1888). Antoine, groupant autour de lui des artistes amateurs, se proposait de fournir à l’école naturaliste un « laboratoire d'essais ». Beaucoup des essais qui y furent tentés étaient un défi aux convenances et au goût. La preuve était faite, au bout de quelques années, que le « théâtre naturaliste » étaH un théâtre impossible. Mais cette expérience n'avait pas été inutile : Antoine et ses collaborateurs avaient travaillé à « faire monter la vérité sur les planches ». S'ils avaient exagéré leur principe, confondu trop souvent le vrai avec le réel et le réel avec le trivial, si, par réaction contre la manière jugée trop solennelle des artistes de la Comédie-Française, ils étaient allés jusqu’à permettre à l’acteur de jouer en tournant le dos à la salle, il reste à leur actif qu'ils ont libéré la scène de beaucoup de conventions et aidé au rajeunissement de la comédie.

Ajoutons que, délaissant le naturalisme qui avait fait

son temps, Antoine s’est rapproché des auteurs symbolistes et des dramaturges étrangers et qu’il à révélé au public parisien les pièces du norvégien 1bsen. Parallèlement au Théâtre libre, le théâtre. de l'Œuvre, fondé par Lugné Poe, se consacre à nous faire connaître, à mesure qu'elles se produisent, les œuvres les plus marquantes du théâtre étranger.

Trois auteurs, entre 1890 et la fin du siècle, s’appliquent à renouveler la comédie de sentiment.

Jules ‘Lemaitre, de critique devenu auteur dramatique, fait applaudir des comédies

La Comédie sentimentale et psychologique.

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fines, discrètes, qui content de délicates histoires d’amour (Révoltée, 1889 ; Mariage blanc, 1891 ; le Pardon, 1895 : l'Aînée, 1897). Ces pièces, de l'observation la plus pénétrante, du dialogue le plus nuancé, où court une ironie indulgente, sont un régal pour les lettrés.

Georges de Porto-Riche (1849-1931), dans ses trois pièces principales (Amoureuse, 1891 ; le Passé, 1897 ; le Vieil Homme, 1911), a composé une sorte de trilogie qui fait éclater la fatalité de l'amour, mais d’un amour où l'instinct a autant de place que le cœur, amour aux exaltations tristes, aux joies douloureuses, dont les conséquences peuvent devenir tragiques.

Maurice Donnay est le plus charmant, sinon toujours le plus indulgent des peintres de l’amour, dans Amants (1895), la Douloureuse (1897), l’Affranchie (1898). Puis, dans le Retour de Jérusalem (1903), dans Oiseaux de passage (1904, en collaboration avec Lucien Descaves), et dans les Eclaireuses (1913), il aborde l’étude des malentendus sociaux en des pièces qui séduisent par l’esprit et la grâce du dialogue.

Henry Bataille (1872-1922) a mis à la scène, avec une subtilité maladive, les erreurs de l’amour habile à semer le trouble et le désordre : (L’Enchantement, 1900 ; la Marche Nuptiale, 1905) ; une note morbide se dégage de ces pièces où le dialogue affecte par endroits un Îyrisme qui sonne faux.

Sous l'influence du théâtre de Dumas fils, Paul Hervieu (1857-1915), est revenu à la « pièce à thèse »

que Je naturalisme avait anathématisée ; il s’est attaqué aux importants problèmes que soulèvent le mariage et le divorce ; âpre logicien, il a montré l’opposition entre la contrainte des lois et la volonté passionnée des individus (les Tenailles, 1895 ; la Loi de l’Homme, 11897 ; l’Enigme, 1401 ; le Dédale, 1903). Ces pièces d’une marche, en quelque sorte, rectiligne, méritent le nom, que Brune-

La Pièce à thèse et le Théâtre d'idées.

LE TIÉATRE. g4i

tière leur a donné, de « tragédies en prose ». La plus justement fameuse est la Course du Flambeau (1901). Les fatalités auxquelles s’y heurte le sentiment humain ne viennent pas de lois plus ou moins éphémères, mais

de ces lois « non écrites » qui dominent tous les temps

Cliché Nadar,

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