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ROBERT DE FLERS. GASTON DE CAILEAVET

Les deux écrivains dont la brillante collaboration fait pendant à celle de Meilhac et Halévv.

les mauvais instincts, cupidité, bassesse, lâcheté surgissent du fond des âmes. Nulle élévation morale, mais une glorification de l’énergie pour elle-même dans ces drames vigoureusement charpentés, qui secouent les nerfs plus encore qu'ils n’émeuvent.

La même brutalité caractérise la comédie d’Octave Mirbeau : Les Affaires sont les affaires (1903), où l’homme d'argent, Isidore Lechat, un parvenu de la descendance de Turcaret, est campé en sinistre lumière,

L'argent encore, et avec lui l'ambition, jouent le

rôle principal dans les pièces âprement satiriques d'Emile Fabre (l'Argent, 1895 : la Vie publique, 1902 ; les Ventres dorés, 1905 : la Maison d'Argile, 1907).

Le théâtre en vers parais- | sail en assez mauvaise pos-

Le Théâtre en vers. ture dans la seconde moilié

du xix° siècle, Certes les no-

bles efforts de Henri de Bornier (1825-1901) dont la Fille de Roland (1875), représentée au lendemain de la guerre franco-allemande, sonne le réveil des espérances françaises : de François Coppée (Le Passant, 1869 ; Severo Torelli, 1883 : Pour la Couronne, 1895) ; de Théodore de Banville (Riquet à la Houppe, 1885 ; le Baiser, 1888) ; de Jean Richepin (le Flibustier, 1888 ; le Chemineau, 1897) réussirent à faire applaudir quelques drames héroïques, quelques comédies fines ou tendres ; mais ils échouèrent à rendre la vie au drame romantique qui, depuis la chute des Burgraves (1843), semblait avoir été frappé d’une condamnation sans appel. Fallait-il donc se résigner À la mort du théâtre poétique ?

La représentation triomphale de Cyrano de Bergerac (décembre 1897) fut la réponse à cette question, L'œuvre éblouissante d’Edmond Rostand (1868-1918), à qui on devait déjà deux comédies en vers d’une délicate invention (les Romanesques, 1894 ; la Princesse lointaine, 1895), apportait la rénovation attendue et souhaitée. Elle marquait une lumineuse réaction en faveur de l'idéalisme et. de l’enthousiasme. Cyrano devenait, aux yeux de tous, le symbole de l’âme française, éprise de lumière, ardente et généreuse.

Le drame situe, à l’époque de Louis XIIT, dans un milieu mi-parti de préciosité et de burlesque, le type très idéalisé de Cyrano de Bergerac. Pauvre et se sentant ridiculé Cyrano aime sa cousine, la belle précieuse Roxane ; il pousse l’ainour jusqu'au sacrifice, en prè- Lant son esprit et son talent au bellâtre qu'elle préfère... Générosité, belle humeur jetant le défi à Ja mau-

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vaise fortune, galanterie, verve brillante, culte de l’honneur gt goût du beau langage, comment toutes ces qualités n’eussent-elles pas séduit un public français ? Elles étaient servies, au surplus, par une virtuosité poétique, qui semblait unir à l’éclat du vers de Hugo la souplesse

Cliché Nadar,

EDMOND ROSTAND Le poèle dramatique qui a renoué avec éclal la cnaîne du théàtre en vers el, dans son élincelant Cyrano de Bergerar, a sonné le réveil de l'âme française el le re‘our aux vertus traditionnelles de sénérosilé, de bravoure et de dévouement chevaleresaue.

de celui de Banville. Cyrano réalisait en lui l'alliance du sublime et du grotesque rêvée par les romantiques. La pièce enfin achève de plaire par son action vive, son intrigue habile, ses actes agréablement contrastés. C’est une date dans l'histoire du théâtre ; el gardons-nous

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d'oublier que c'en est une dans l'histoire de lime française.

L’Aiglon (1901) ne déçut point les admirateurs de Rostand ; la destinée du fils de Napoléon y était peinte avec émotion ; les beaux vers y abondaïent ; et un type de grognard, le bientôt légendaire Flambeau, résumant } héroïsme à toute épreuve et la courageuse bonhomie des humbles acteurs de l'épopée impériale, contribua pour une large part au succès populaire de la pièce.

Accueilli plus froidement, Chantecler était loin de marquer une décadence (1910). Sous des noms d’aniiaux, Rostand peignait les plus beaux et les pires des sentiments humains ; Chantecler, le coq, c’est le poète, l: créateur, qui doute de son propre génie, et qui à besoin de l’amour et de l’amitié pour recommencer chaque jour le miracle de faire lever, par son cri, le soleil. Noble symbole qui ne fut pas compris de tous. Bien que la pièce contint d’admirables morceaux lyriques (l’Hymne au Soleil, la Prière des Oiseaux), on prit prétexte, pour la critiquer, des concelti que l’auteur v avait semés avec prodigalité.

L'exemple d’Edmond Rostand a orienté plusieurs poètes vers le théâtre. C’est ainsi que André Rivoire v fit applaudir une charmante fantaisie : Il était une Bergère (1905) et une pièce d’une remarquable virtuosité : te Bon Roi Dagobert (1908) ; — que François Porché, dans les Butors et la Finette (1916) et dans le Chevalier ‘de Colomb (1922) a retrouvé l'inspiration généreuse de la Fille de Roland.

RÉSUMÉ

348. Henri Becque (1837-1899) a donné dans une comédie amère « les Corbeaux » (1882), le chefd'œuvre du théâtre naturaliste.

349. André Antoine par la fondation du Théâtre libre, a puissamment aidé à la rénovation de l’art

dramatique.

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350. Jules Lemaitre dans ses fines comédies, du tour, le plus litiéraire, met à la scène de délicates analyses de sentiment.

351. Paul Hervieu (1857-1915) reprend, avec moins de brillante fantaisie et plus de sévère logique, le genre de la pièce à thèse inauguré par Dumas fils.

352. Esprit généreux et vigoureux dramaturge, Eugène Brieux (1856-1932) a donné des pièces à tendarces sociales de grande portée.

353. François de Curel (1854-1932), avec un tour d'imagination romantique, agite à la scène les plus graves problèmes qui se posent à la pensée moderne.

354. Henri Lavedan reprend, dans des comédies d’un esprit cinglant, quelques-uns des thèmes classiques de la comédie de mœurs et de caractère.

355. De Maurice Donnay et d'Alfred Capus (1858- 1922) à Robert de Flers (1872-1927) et G. de Caillavet (1869-1915) se continue la veine légère et charmante de la comédie parisienne.

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