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DEPUIS LA GUERRE

Les écrivains morts pour la patrie. — Livres de guerre. — Tendances nouvelles.

À quelle phase de son développement en est arrivée notre littérature et dans quelles voies s’engagera-t-elle au cours du xx° siècle ? Il serait vain de chercher à le deviner. Au surplus, ce genre de vues aventureuses n'entre pas dans le cadre d’un livre d'enseignement, qui a le devoir de ne pas quitter la terre ferme.

Ce qui est hors de doute, c’est qu’à l’origine des mouvements nouveaux, quels qu'ils puissent être, on devra retrouver l'influence profonde et durable de cet événement aux lointaines conséquences qu'a été la guerre de

Tout d’abord, la guerre a privé nos lettres d'un grand nombre de jeunes écrivains qui se sont glorieusement sacrifiés pour le pays. Certains s’étaient déjà distingués par la valeur de leurs œuvres, comme les romanciers Paul Acker (le Soldat Bernard), Alain Fournier (le grand Meaulnes), Adrien Bertrand (l’Appel du sol), les critiques Pierre-Maurice Masson, Pierre Gilbert, Ernest Psichari, le noble auteur du Voyage du Centurion, surtout le poète Charles Péguy, un des meilleurs guides de la jeunesse d’alors, auteur de ces beaux vers où il semble, d'avance, avoir inscrit son épilaphe :

leureux ceux qui sont morts dans une juste guerre !... JHeureux les épis lourds el les blés moissonnés ! D'autres commençaient à se faire connaître ; d’autres éveillaient de justes espoirs. Qui mesurera toutes ces

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954 LA FIN DU XIXe SIÈCLE ET LE DÉBUT DU XX° SIÈCLE.

pertes ? Qui sait si la grande voix du siècle ne devait pas s'élever parmi le chœur de toutes ces voix qui, hélas ! se sont tues ?

La guerre, d’autre part, en faisant éclater aux yeux du monde les magnifiques qualités de bravoure, d’endurance, d'esprit de sacrifice et d’héroïsme, traditionnelles en France, ne manquera pas de marquer la littérature d’une profonde empreinte, Mais il faudra attendre un certain temps pour que l’âme s’en dégage. Un recul est nécessaire ; souvenons-nous que l'épopée impériale n’a trouvé d’interprètes dignes d'elle que parmi les fils de ceux qui en avaient été les acteurs.

Cependant la guerre de 1914 a pu inspirer déjà des livres qui, en même temps que de belles œuvres d’art, seront des témoignages importants auprès des gémérations à venir. Le Dixmude, de Charles Le Goffjie, Les Derniers Jours du Fort de Vaux, de Henry Bordeaux, l'Effort français, de Joseph Bédier, retracent quelques épisodes émouvants de la lutte immense. G. Hanotaux, Louis Madelin, Victor Giraud ont commencé de dessiner les grandes lignes des événements. De jeunes romanciers, René Benjamin (Gaspard), « reporter » narquois et plein de verve, Roland Dorgelès, témoin pathétique (les Croix de Bois), J. Kessel, dans un livre simplement ému, l'Equipage, André Maurois dans ses ironiques Silences du colonel Bremble, ont emprunté aux spectacles de la guerre le thème de leurs récits. Fran: çois Porché, dans les Butors et la Finette, André Obey, dans Bataille de la Marne, ont porté à la scène des images stylisées de la guerre. Edmond Rostand, enfin, mort au lendemain de la victoire (1918), a consacré aux souflrances et aux grandeurs de la guerre un recueil d’admirables vers (le Vol de la Marseillaise) dont 1} faut souhaiter que certaines pièces, le Faucheur basque, les Ruches brûülées, soient dans toutes les mémoires.

Mais c’est surtout indirectement que la guerre exercera son influence. À peine a-t-elle pris fin, on s'est aperçu qu'elle avait: creusé un abîme entre l’époque qui avait précédé et l'ère nouvelle qui s'ouvrait, Pendant

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