‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 26 sur 294 · Hatif élourdi, — 2. Lépre · texte numérisé non relu

Hatif élourdi, — 2. Lépre

3. Le manuscril original de Joinville a été perdu, M. N. de Waïlly a pu le reconsliltuer à l'aide des pièces retrouvées à la chancellerie de Joinville, ét qui lui ont permis de fxer la grammaire el l'orthographe de l'historien, La partie de l'ouvrage consacrée au récit de la croisade a été formée par des mémoires personnels que Joinville avait rédigés dès 1273.

tère ; il raconte avec agrément : et les digressions auxquelles il s’abandonne volontiers ne sont pas le moindre intérêt de l’ouvrage. Il est homme à s'arrêter en plein

récit de guerre pour nous faire connaître les différentes

populations de l'Egypte et de l'Orient, nous parler des sources mystérieuses du Nil, placées dans le « Paradis Terrestre », et des crues du fleuve que la volonté de Dieu peut, selon lui, seule expliquer. Tout cela est instructif et charment.

Caractère honnête et droit, avec une tendance à moraliser, Joinville écrit d’abondance de cœur. Son récit ressemble à un épanchement. On aime en lui la bonhomie d’un narrateur à la fois naïf et réfléchi.

Villehardouin n'avait écrit

que des mémoires et Joinville

Froissart : les « Chroni- qu'une biographie. Froissart

ques », (1337-1410), a l'ambition de

composer une œuvre d'ensem-

ble et de raconter l’histoire

générale de l'Occident pendant trois quarts de siècle

(1325-1400), Dans ses Chroniques de France, d’Angle-

terre, d'Écosse, d’Espagne, de Bretagne, Gascogne,

Flandre et autres lieuw, il a entrepris de raconter « les

grans merveilles et les beaus fais d’armes advenus par

les grans guerres de France et d’Engleterre » : la guerre de Cent ans est le centre de son récit.

À la différence des chroni-

queurs précédents, Froissart

L’historien et le poète. est un auteur de profession. L’hôte des grands. Né à Valenciennes en 1337, attaché, en 1361, à la personne

de la reine Philippe de Hai-

naut, femme d’Edouard Il d'Angleterre, il profite de son séjour outre Manche pour visiter les lieux et inter-

roger les gens. Désormais, il consacrera toute sa vie à

réunir les matériaux de son œuvre, à les mettre en ordre, à en perfectionner la rédaction « faisant enquête

aux anciens chevaliers et écuyers qui avaient élé en faits d'armes, et aucuns hérauts de crédence pour vérifier et justifier toute matière ». Si la curiosité est la première qualité pour un historien, nul n’a eu plus que Froissart la vocation de l'historien.

LE COURONNEMENT D'UN PRINCE (d’après une miniature &@es Chroniques de Froissart, XV°S.).

Le couronnement d’un prince : un moine et un évêque lui posent la couronne sur la têle ; un messager s’agenouille et lui présente le sceptre. La scène se passe dans une église ont le porche s’ouvre sur un fleuve où est représenté un navire qui s'éloigne. Il semble que ce soil l’intronisation du prince de Galles comme régent de France, dans le chœur de Saint-Michel de Bordeaux s’ouvrant sur le paysage de la Gironde.

En même temps, il est poète, ct l’un des plus goûtés parmi les poètes du x1v° siècle. Ses compositions poétiques, les unes courtes, les autres interminables,

depuis l'Espinelte amoureuse et le Joli buisson de jeunesse jusqu’à Méliador, sont toujours romanesques et fades suivant le goût à la mode. Elles lui valurent des protections puissantes. Clerc de la chambre de la reine d'Angleterre, hôte du prince Noir, ami de monseigpeur Guy de Blois, accueilli à Orthez à la cour brillante de Gaston Phébus, comte de Foix, il passe d’une cour dans l’autre, remplissant auprès de maîtres différents des fonctions analogues.

C’est Surlout par les côtés brillants de [a vie d'alors, Le peintre de la société aventures et fêtes, chevalerie chevaleresque. el galanterie, que Froissart ; est attiré. Hôte des grands, c'est pour eux qu'il écrit :

ce sont leurs sentiments qu'il exprimera, et rien n'aura place dans son histoire qui ne soit de nature à les intéresser, Autant dire qu'il sera uniquement un narrateur de faits de guerre et de prouesses chevaleresques. En proposant aux capitaines de l’avenir les illustres exemples du passé, il les instruira de leur métier et leur apprendra à mieux valoir. Batailles rangées, assaut des places, pillage des villes ou simples escarmouches, chevauchées isolées et défis individuels, ce sont matières sur lesquelles il ne tarit pas. Il en donne d’abondantes et brillantes descriptions. Il nous les fait voir. Il montre les enseignes « qui bauloient au vent et venteloient et frételoient. » I1 compte les coups et nous fait entendre les cris des combattants. Non seulement il dessine le mouvement des troupes, mais il évoque el ressuscite l'âme même du combat. Appliqués au récit des grandes journées, telles que Crécy ou Poitiers, ces procédés aboutissent à des chefs-d’œuvre de narration militaire.

Le courage est la religion d’un siècle guerrier. Aux personnages qu'il met en scène Froissart demande uniquement de faire preuve de bravoure. Peu importe que cette bravoure soit inutile et folle, comme celle de ce

roi de Bohème, Jean l’Aveugle, qui, à Crécy, se fait 6Onduire au plus fort de la mêlée pour y mourir après avoir frappé de grands coups au hasard, où comme celle de Jean le Bon. Elle peut aussi bien se concilier avec la pire irnmoralité : Froissart ne fait pas toujours la distinction entre le métier d’hornme d’armes et celui de routier et voleur de grand chemin. Il éprouve une véritable compassion pour ces « povres brigands » qui gagnant leur vie à « escheler » les châteaux, dérober et piller, finissent parfois leurs jours dans les prisons ou sur l’échafaud. Il faut entendre avec quel enthousiasme un de ces redoutables chefs de bandes, Aymerigot Marcel, célèbre, dans les Chroniqués, cette vie de pillage et avec quelle éloquence attendrie il en régrette les beaux jours passés. « Il n’est temps, esbatemens, or, argent, ne gloire en ce monde, que de gens d'armes et de guerroier, ainsi que par cy devant avons fait ! Comment estions nous resjouis quand nous chevauchions à l'aventure et nous pouyons trouver sur les champs ung riche abbé ou ung riche prieur, ou ung riche marchant ! Tout estoit nostre ou raenchonné à nostre voulenté. Tous les jours nous avions nouvel argent... Par ma foy ceste vie estoit bonne et belle. » Froissart ne fait qu'un reproche à Aymerigot Marcel, c'est de s’être laissé prendre.

Ecrivain aristocratique, Froissart méprise les petits, bourgeois et gens du peuple. Il trouve tout naturel qu ‘ils paient les frais de la guerre. Aussi décrit-il, sans s’émouvoir, les plus épouvantables tueries. 11 lui suffit d'offrir à une société brillante et brutale une fidèle image d’ellemême.

Le procédé que Froissart

applique invariablement et

La méthode de l’infor- uniquement est celui de l’inmation personnelle, forrnation personnelle, Il intèrroge les témoins des faits

et enregistre leurs déposi-

lions. Sur toutes les routes de France et d'Angleterre,

d'Allemagne et d'Italie, en Flandre ou dans la sauvage Ecosse, on est sûr de rencontrer Jehan Froissart « en

- awroi de souffisant homme », juché sur sa haquenée grise, et menant en laisse son lévrier blanc. Ce qui le pousse à entreprendre ces voyages, c’est le besoin où il est de recueillir sur les lieux les matériaux de son histoire. Froissärt se renseigne auprès des témoins qui ont chance

- d’être le mieux informés. Il transcrit fidèlement leurs dépositions, sans y mêler rien de lui-même. Enfin, il ne les altère pas dans un intérêt de parti : à défaut de a véritable impartialité, 11 à du moins l'indifférence et l’absence de parti pris.

Ce qui a manqué à Froissart pour être tout à fait un historien à la façon dont nous l’entendons aujourd’hui, c'est le sens critique. Il a le goût de l’extraordinaire, du merveilléux et du fabuleux. Il est crédule. Ii ne sait pas contrôler les renseignements qu'on lui donne. Il ne discerne pas la valeur relative des -événements et ne sait pas apprécier leurs conséquences ni suivre leur enchaînement. Les épisodes brillants de l’histoire sont les seuls auxquels il s'attache. Il en mesure l'importance à l'éclat qu'ils ont eu et au bruit qu'ils ont fait : le lien qui les unit lui échappe. Froissart ne voit que l'extérieur ; l’intérieur lui reste fermé. Les personnages sont tout juste dessinés d’un trait et marqués d’une épithète : il ne sait rien de leurs intérêts et

- de leurs passions. fl ne sait pas davantage comprendre et juger les caractères les plus profonds de l’époque où il “il.

Comme Hérodote, à qui on l’a souvent comparé et

qui est tout plein des souvenirs d’Homère, Froissart est dominé par les souvenirs de la chansof de geste : son œuvre ést au confluent de déux genres : on y voit l’histoire sortir de l’épopée dont elle conserve encore lé mouvement et les vives couleurs.

= Le

Avec les Mémoires de Commynes, le départ des deux genres est entièrement consommé et l’histoire est traitée de façon déjà toute mo-

derne. Ce fut un homme habile que Philippe de Commynes. Flamand comme - Froissart, et né (vers 1445) d’une riche famille de

Comimynes : ses « Mémoires ». L’homme.

Le diplomate.

PiTiLIPPE DE UOMMYNES

(d’après une gravure du xvi® siècle).

Gelte figure rasée, ce masque massif et plein de finesse témoignent de l’avènement d’un nouveau monde, prosaïque et bourgeois, succédant au monde de la Ghevaterie dont Froissart a raconté les derniers exploits. C’est le Tiers Etat qui commence à gouverner la France.

bourgeois, il eut une éducation assez négligée, et fut d’abord attaché au service du comte de Charolais ; puis il passa avec la fortune du côté de Louis XI. La constante amitié du roi, auquel il rendit de grands services, lui valut une haute situation et d'immenses richesses. À la mort de Louis XI, il fut subitement disgracié, et, suivant son expression, lâta des

nr PR EST CT LE 3 nor Lies SRE EE à

fameuses cages de fer. Mais on pouvait difficilement se passer d’un conseiller et d’un diplomate qui, s’il ne savait pas le latin, connaissait à fond l'italien, l’espa-

gnol, le flamand, l’allemand. Charles VIII l’employa de

nouveau et le chargea d’une négociation à Venise. Sous Louis XII, il resta en faveur jusqu’au dernier mo-

ment (1511).

IH ne faut demander à Commynes aucune des qua-

L’historien philosophe. lités de ses prédécesseurs

chez lui toute la partie des-

criptive est faible ; il évite de se mettre lui-même en scène : il fait œuvre impersonnelle. D'ailleurs, il a vu Louis XI donner le coup de grâce’ à la chevalerie en la personne de Charles le Téméraire, et la diplomatie commencer son règne en Europe avec le début des guerres d'Italie : il a senti passer le souffle de temps nouveaux. Aïnsi, dans ses Mémoires, comprenant les Chroniques de Louis XI et de Charles VIII, et qui vont en réalité de 1454 à 11498, il nous fait assister à la fin des luttes féodales et à l’avènement de la guerre moderne. A l’inverse de Froissart, il méprise les grands coups d’épée et les prouesses héroïques. Ce qui l’intéresse, ce n’est plus le détail pit- toresque des événements, c’en est la suite et l’enchaînement logique.

Commynes est un connaisseur des âmes. Il sait analyser les caractères et juge avec une clairvayance impitoyable chacun des grands acteurs qu'il met en scène. , C’est un historien philosophe : il cherche surtout à comprendre les événements, à en découvrir les causes, à en mesurer la portée, à en prévoir les conséquences, et s'élève déjà à la conception des lois générales qui gouvernent l’histoire, C’est un historien moraliste : il voit naître les actions dans le mobile qui les inspire, et pour lui cet unique mobile de la conduite humaine est l'intérêt, comme l’unique mesure de nos actions est je succès : « À la fin du compte, qui en aura le prouffict en aura Re »

7A © LE MOŸEN AGE.

Voici une partie du portrait qu'il nous trace de Louis XI dont il admire profondément le génie politique :

Et entre (ous ceulx que j’ay jamais congneu le plus sage pour soy tirer d’un mauvais pas en temps d’adversité s’étoit le roy Loy XIe notre maistre et 16 plus humble en parolles et en habitz ; qui plus travailloit à gaigner ung homme qui le povait servir ou qui luy povoit nuyre. Et ne se ennuyoit point à estre reffusé une foys d’ung homme qu’il practicquoit à gaigner, mais y continuoit en luy promettant largement, et donnant par effect argent et estatz qu'il congnoissoit qui lui plaisoient, Et ceulx qu'il avoit chassez et deboutez en temps de paix et de prospérité, il les rachaptoit bien chier quant il en avoit besoing, et s’en servoit, et ne les avoit en nulle hayne pour les choses passées. Il estoit naturellement amy des gens de moyen estat, et ennemy de tous grans qui se pouoyent passer de luy. Nul homme ne presta jamais tant l’ortille aux gens, ny ne s’enquit de tant de choses comme il faisoit, ny ne voulut congnoistre tant de gens. Et ces termes et façons qu’il tenoit, dont j'ay parlé icy dessus, luy ont sauvé la couronne, veu les ennemys qu'il s’estoit lui mesme acquis à son advènement au royaulme, Mais surtout luy a servy sa grant largesse : car, ainsi comme saigement conduysoit l’adversité, à l’opposite, dès ce qu’il cuydoit estre asseur, où seullement en une trêve, il se mettoit à mescontenter les gens, par petiz moyens qui peu luy servoyent, et à gran pèyne pouoit endurer la paix. Il estoit legier à parler des gens et aussi Lost en leur présence que en leur absence, sauf de ceux qu’il craignoit, qui éstoient beaucoup, car il estoil assez craintif de sa propre nature. s

Commynes est moralement bien supérieur à son héros : il ne confond pas toujours la morale avec la politique. S'il désire que la royauté soit absolue, c’est pour le bien du pays et même du peuple. Il se fait une haute idée des devoirs de la royauté. Enfin, chrétien fidèle et sincèrement croyant, il discerne dans les affaires du monde l’action d’une volonté supérieure et l’intervention d’une Providence.

Commynes est un grand esprit, mais ce n’est pas un artiste. Son style n'a ni éclat ni relief ; du moins peut. on y louer des qualités de clarté, de précision et de solidité. "

C'est au x siècle que

nous voyons le roman en

Les conteurs. prose sortir, comme l’histoire,

de la poésie narrative. H ne

fait d’ailleurs que reproduire

les tendances épiques ou satiriques de cette poésie. Ces

premiers romans, qui ne sont guère qu’une mauvaise

adaptation en prose des chansons de geste ou des ro-

mans de la Table ronde, sont le plus souvent sans

mérite, écrits dans une langue fluide et prolixe, sans

art de composition, sans caractère. Il faut faire une

exception pour un charmant récit, du genre dénommé

chantefable, moitié en prose, moitié en vers, Aucassin

ct Naicoleite, roman des amours d’Aucassin, fils du

comte de Beaucaire, et d’une jeune Sarrasine, Nicolette.

L'opposition de race et de religion crée entre les deux jeunes gens toute sorte d’obstacles.

On trouve au xiv° siècle quelques nouvelles qui ne sont pas sans agrément. Mais le meilleur conteur du moyen âge est Antoine de la Salle. Il écrit au xv° siècle à la cour de Bourgogne. Dans les Gent Nouvelles nouvelles, attribuées, mais à tort, à Louis XI, il imite Boccace et Pogge. Dans la Plaisante chronique du Petit Jean de Sainclré, sorte de roman d’éducation, il trace le portrait du parfait chevalier selon les idées du temps. Antoine de la Salle est un écrivain qui sait toutes les ressources de son art. Héritier des fabliaux plutôt que des romans de chevalerie, il a de l’esprit, qu’il gâte par la liberté de son langage, et conte avec finesse.

Les traductions au moyen

âge ont par elles-mêmes peu

Les traducteurs. de valeur, mais elles ont servi

au progrès et à l’enrichisse-

ment de la langue. Les clercs,

qui en sont les auteurs, s’attachent d’abord à traduire les saints livres et des ouvrages religieux : la Bible, les Vies des Saints, les Pères de l’Église. C'est surtout du ane siècle et du règne de Charles V que date le grand

travail de traduction. On met en français Salluste, Suétone, Cicéron. Pierre Bersuire traduit Tite-Live ; Nicolas Oresme, une partie de l’œuvre d’Aristote. Cette deruière traduction est faite non sur le texte grec, mais d'après une version latine faite elle-même sur une version arabe d’une version syriaque : on ne saurait donc lui demander l'exactitude. Mais une pareille œuvre enseigne à la langue française à exprimer les idées abstraites et les raisonnements de la philosophie, et enrichit le vocabulaire technique de mots « savants » calqués sur le latin.

ë La nécessité de faire comprendre et pratiquer la reli- Les prédicateurs. gion par le peuple fit prêcher de bonne heure en langue vulgaire : c’est à propos de la prédication que nous est faite la première mention du « roman ». Il est hors de doute que les saint Bernard, les Pierre l’Ermite, les Foulques de Neuilly et tous les prédicateurs qui passionnèrent la foule et l’entrainèrent à la croisade, durent manier éloquemment la langue commune. Mais nous trouvons dès le xrr° siècle un recueil écrit, les sermons de Maurice de Sully, évèque de Paris, sorte de manuel de la prédication où l’Ecriture est expliquée d’une façon simple, sans subtilités allégoriques et scolastiques et grâce à des exemples bien choïsis, ce qui n’était pas leur moindre attrait pour le peuple. L'institution des. ordres prêcheurs, dominicains et franciscains, au x siècle, donne à l’éloquence religieuse un vaste essor. II nous est parvenu de cette époque de nombreux sermons, qui ont pour nous, outre leur importance littéraire, l’intérêt de documents sur la société dont les prédicateurs énumèrent les défauts afin d’en inspirer le dégoût.

Au siècle suivant la décadence se fait déjà sentir, l'usage des manuels favorisant la paresse et la médiocrité, et la scolastique multipliant les divisions et les subtilités. C’est pourtant à cette époque qu’appartient

le meilleur prédicateur dont les œuvres nous soient parvenues : Jean Charlier, dit Gerson (1353-1429), chancelier de l’Université et prédicateur de la cour.

Dans les soixante sermons que nous avons de lui, et qui vont de 1389 à 1414, on trouve à coup sûr tous les défauts du temps : emploi de l’érudition profane, abus de l’allégorie, mauvais goût. Mais la phrase chez lui est ample, le style abondant, et son éloquence nous émeut encore parce que nous y distinguons l’écho des souffrances du temps et des calamités publiques que déplorait l’orateur.

Au xv° siècle, deux franciscains, Menot et Olivier Maillard, ont dû leur célébrité aux -hardiesses d’une éloquence qui ne craint pas de parler au peuple sa langue, imagée et triviale. Tous deux s’attaquent aux grands, qu’ils qualifient d’« écorcheurs de pauvres » et

de « mangeurs de peuples ». Maillard, qui prêcha de 1460 à 1502, fit entendre à la cour de Bourgogne dé dures vérités.

RÉSUMÉ

27. L'histoire, qui débute au xr° siècle, s’essaie d’abord à des récits en vers, plus légendaires que réels. Sous le règne de saint Louis, les moines de Saint-Denis commencent à rédiger les « Grandes chroniques » qui furent menées jusqu’à l'avènement de Louis XI. C’est l’histoire officielle.

28. Le mouvement de curiosité produit par les croisades a déterminé la création de l’histoire entendue comme genre littéraire. Villehardouin (1160-1213), dans la « Conquête de Constantinople » (1207), raconte la quatrième croisade. Il écrit avec vigueur et sobriété. Il a créé le genre des Mémoires.

29. Joinville (1224-1317) conte l’ « Histoire de saint Louis » (1309), dans un livre charmant de simplicité et de bonhomie, Historien moraliste, il poursuit un but d’édification, à la manière des hagiographes.

30. Froissart (1337-1410) essaie le premier de composer une œuvre d'ensemble et d'écrire l’histoire générale de l'Occident, Brillant conteur, il a tracé dans ses « Chroniques » (1378-1410), un vivant tableau de la société chevaleresque et guerrière au xiv° siècle. Voyageur et questionneur infatigable, sa méthode est celle de l'information personnelle. Il répète en écho fidèle ce qu’on lui a dit, mais manque totalement d’esprit critique.

31. Commynes (1445-1511) traite l’histoire d'une façon toute moderne, Politique et diplomate attaché au duc de Bourgogne, puis à Louis XI, il nous a laissé des « Mémoires » (1494-1511) sur le règne de ce dernier. C’est déjà un historien philosophe s’occupant de tirer de la suite des faits les lois qui les expliquent et les régissent.

32. Le roman en prose, qui se dégage au xmm° siècle de la poésie narrative, est trop souvent plat et prolixe. Il à produit cependant quelques œuvres naïves et fraiches, comme « Aucassin et Nicolette », ou spirituelles, comme les récits d’Antoine de la Salle (xv° siècle).

33. Les traductions de Tite-Live par Pierre Ber- suire, d'Aristote par Nicolas Oresme, ont servi au progrès de la langue. |

34. La prédication a jeté un grand éclat pendant tout le moyen âge. Parmi les sermons très nombreux qui nous sont parvenus on distingue ceux de Gerson

(xiv® siècle) pour leur science et leur onction; ceux de Menot et Maillard (xv° siècle) pour leur hardiesse et leur saveur populaire.

LECTURES RECOMMANDÉES Debidour, les Chroniqueurs français. — Sainte-Beuve, Lundis VIIT (Joinville) IX (Villehardouin, Froissart). —

Mary Darmesteter, Froissart (grands écrivains de la France). — ÆEecoy de la Marche, la Chaire française au xx siècle,

TEXTES A CONSULTER

Exlrails des chroniqueurs français du moyen âge (Petit

de Julleville). — Villehardouin (de Wailly). — Chronique de Robert de Clary (Riant). — Joinville (de Waïilly), — Récils d'un ménestrel de Reims (de Waïlly). — Froissart (Siméon Luce, Soc. de l’Hist. de France). — Commynes (Dupont, Id). — Nouvelles en prose du x el du

xive siècle (Moland et d'Héricault, Bibl. elzévirienne). — Aucassin el Nicolelle (G. Paris).

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