‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 25 sur 294 · Elait — 2, Nefs, — 3, Galères · texte numérisé non relu

Elait — 2, Nefs, — 3, Galères

et des uissiers 1 ; et prislrent port, el aahcrérent lor vaissiaus.

Or poëz savoir que molt essardèrent Constantinople eil qui onques mais ne l’avoient veüe ; que il ne pooient mie cuidier que si riche vile peüst estre en tot le monde, com ils virent ces halts murs et ces riches ors, dont ele ert close tot entor à la reonde, ét ces riches palais et ces haltes yelises, dont il y avoit tant que

nuls nel poïst croire, se il ne le veiïst à l’ueil, et le lone et le lé 2 de la vile qui de toutes les autres ert soveraine, Et sachiez que il n’i ot si hardi eui la chars ne fremist ; et ce ne fut mie merveille, que onques si gran affaires ne fu empris de nule gent, puis que li monz fu estorez à.

L'Histoire de la conquête de Constantinople, ou Chronique des Empereurs Baudoin et Henri de Conslantinople par Geoffroy de Villehardouin, embrasse la période qui va de 1198 à 1207, Rien n'est plus curieux que le récit de cette expédition commencée pour des mobiles religieux, que l’esprit mercantile des Vénitiens fait dévier, et qui se termine par la conquête de l’Empire byzantin, Certes, Villehardouin n’a pas tout vu ; méconnaissant la politique de Venise, il se peut qu'il fasse dans la marche des événements une trop grande part à l'esprit d'aventure ; mais il raconte fidèlement ce qu’il a vu. Son récit fait songer à une chanson de geste où tout serait non pas imaginé mais réel. Il s’en dégage une peinture de la société féodale prise sur le vif ; on y voit tour à tour les chevaliers lutter les uns contre les autres par simple jalousie, puis se réconcilier sur un mot du Pape, et, au nombre de vingt mille, attaquer Constantinople, défendue par trois cent mille hommes et réputée imprenable. Ce qui frappe surtout, c'est le contraste entre la civilisation byzantine et l’inculte rudesse des Croisés qui, avides de richesses autant que de gloire, mettent en pièces des chefs-d’œuvre de l’antiquité pour emporter des morceaux d’or et d'argent.

L'Histoire de Villehardouin a été continuée par Henri de Valenciennes ; la même croisade a été racontée par Robert de Clari, simple chevalier picard, qui rapporte lui aussi ce qu’il a vu et ne craint pas de critiquer ses chefs.

1. Vaisseaux dont le flanc était percé d’une porte, — 2, Large, — 3. Dépuis que

le monde fut créé.

LE ROrT SAINT Louis (d’après le manuscrit de l'Histoire de Saint Louis, xtv° siècle).

Le Saint roi, — dont la tête est déjà entourée de l’auréole, — est représenté en grand costume d’apparat : sceptre, couronne et manteau

fleurdelysé. T1 porte sur Ja main, voilée en signe de respect, le modèle de la Sainte Chapelle,

Nous retrouvons la croisade avec le sire de Joinville (1224- Joinville : l’« Histoire 1317) et son Histoire de saint de saint Louis ». Louis. Joinville a terminé son livre en 1309. À cette date, il a quatre-vingt-cinq ans : il appartient donc en réalité au siècle qui précède. Champenois comme Villehardouin, il fut élevé à la cour du comte Thibaut IV, roi de Navarre et poète, dont il fut l’écuyer tranchant. Devenu sénéchal de Champagne, il partit pour Ja septième croisade ; c’est à Chypre qu'il rencontra le roi de France dont il devint le conseiller et l’ami ; il le suivit pendant toute cette croisade (1248-1254), mais refusa de s’embarquer à la suivante. Philippe III lui confia, vers 1283, l’administration du comté de Champagne pendant la minorité de Jeanne de Navarre. Cette princesse, devenue femme de Philippe le Bel, lui ayant demandé d'écrire l’histoire du saint roi, Joinville accepta cette mission avec joie et, à l’aide de ses souvenirs, de ses notes, et aussi d’écrits antérieurs, il éleva-à la mémoire de son maître le monument d’une pieuse admiration.

L'ouvrage de Joinville comprend deux parties de très inégale longueur. « La première partie si devise comment il se gouverna tout son tems, selon Dieu et selon l'Eglise et au profit de son règne. » Et ce ne sont pas les moins charmants que ces quelques chapitres où l’auteur, dans une pensée d’édification, rappelle les qualités de son maître, piété, loyauté, prud’homie, et esquisse cette physionomie morale d’un roi modèle.

11 m’apela une foiz et me dist : « Je n’os! parler à vous pour le soutil ? senz dont vous estes, de chose qui touche à Dieu... » La demande fut leix % : « Seneschaus, fist-il, quex chose est Diex ? » EL je li diz : «Sire, ce est si bone chose que mieudres 4 ne puet estre. » = Vraiement, fist-il, c’est bien respondu... Or vous demant-je, fis!il, lequel vous ameriés miex, ou que vous fussiés mesiaus ?, ou que vous eussiés fait un péchié mortel ? » Et je, qui onques ne li menti, li respondi que je en ameroie miex avoir fait trente, que estre

4. N'oser — 2, Sublil. — 3, Telle. — #, Meilleure. — 5. Lépreux.

mesiaux... Et il me dist : « Vous deistes comme haslis niusarz 1ecar vous devez savoir que nulle si laide mezelerie ? n’est comme d’estre en p chié mortel, pour ce que l'âme qui est en péchié mortel est semblable.au dyable : par quoy nulle si laide mezelerie ne puet

estre. »

« La seconde partie dou livre si parle de ses. granz chevaleries et de ses granz faiz d'armes... » C’est l’ouvrage même. Il faut faire une place spéciale à la croi-

JOINVILLE UVEFRE AU ROI SON Histoire Ge Saint Louis. (d’après une miniature du xrv® siècle).

Le vieux sénéchal de Champagne, introduit par les massiers

dans la chambre de Louis le Hulin, lui offre le livre de souvenirs et d’édification qu'il a composé.à la gloire du saint roi.

sade où Joinville avait accompagné saint Louis : pour les faits qui précèdent et qui suivent, le récit est soùvent iuexacts,

Joinville n'a pas la qualité d’esprit d’un Villehardouin, Ni homme d'Etat, ni capitaine, il a peu d'idées ; et on ne trouve pas dans son style la vigueur que possédait son prédécesseur. Mais ce style plaît par sa simplicité el son aisance : à un siècle d'intervalle, la langue est devenue plus souple, Joinville sait tracer un carac-

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