‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 32 sur 294 · LE JUGE · texte numérisé non relu

LE JUGE

11 n’y a rime ni raison

En tout quant que vous rafardez ?, Qu'est cécy 2 Vous entrelardez

Puis d’ung, puis d’autre : somme toute Par le sang bieu, je n’y voy goutte.

Le juge s'adresse à Aignelet, et n’en tire que cette réponse : Bée, bée... Pathelin plaide la folie et fait absoudre son honnête lionime de client. Il à bien gagné ses honoraires, Mais Aignelet à profité de la leçon, et, tout. comme aux questions du juge, il ne répond aux réclamations de Son avocat que par son éternel : Bée. C'est tout le paiement qu’en aura Pathelin.

Peut-être tirerait-on de cette farce cette morale qu’un trompeur trouve toujours son maître. Mais il est permis de croire que l’auteur n’y a pas songé. Ses personnages sont à peu près tous malhonnèêtes : Pathelin qui prend du drap avec l'intention formelle de ne point le payer, Guillemette complice de la fourberie de son mari, Aignelet qui tue les moutons qu'on lui a confiés. Quant à maître Guillaume c’est un sot ; or notre vieille littéralure n’est pas tendre à la sottise et à la crédulité, Il suffit que tous ces personnages soient vivants, que l'in: trigue soit plaisante, et que dans toute la pièce circule un courant de gaieté spirituelle.

La Moralité ne vaut pas la

farce. C’est une pièce comique

La Moralité. à intentions morales. Pédante

par soft but, elle fait en outre

un constant usage de l’allé-

gorle : or, ce procédé, toujours détestable, l’est surtout au théâtre où il s'agit de faire mouvoir des êtres vivants. Elle met en soène la lutte des bons et des mauvais ins- Uncis qui se disputent un cœur, Parfois elle embrasse une vie Loule entière, el oppose au bonheur des-gens de

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