DIT TER NU
habillé en juge, Sot trompeur en marchand, Sotte folle, personnifiant les femmes. Elle aborde toutes les questions politiques et sociales, et les traite avec une hardiesse qui nous surprend. Le pouvoir tolérait cette liberté de la sotie ; il fit plus : un Louis XIT l’encouragea :
Le roy Loys douziesme desiroit
Qu’on les jouast à Paris, et disoit
Que par tels jeux il sçavait maintes faulles
Qu'on lui celoit par surprinses trop caultes.
En fait Louis XII, comprenant l'influence que la sotie pouvait exercer sur les esprits, voulut s’en servir au profit de sa politique. Lors de sa lutte avec le pape Jules IT, il chargea les Enfants sans souci de mettre l'opinion de son côté. C’est ainsi que Pierre Gringoire, au carnaval de 1512, donnait la Sotie du Prince des sots, où mère Soite paraissait « habillée par dessoubz en mère sotte et, par dessus son habit, ainsi comme l'Église », C'était donc la papauté qu’on jouait sur les tréteaux des Halles ; mais on la jouait avec permission du roi.
Le théâtre de comédie ne va pas, comme le théâtre de drame, disparaître, sans laisser de traces, au souffle de la Renaissance. La première comédie à l’antique composée au xvi° siècle, l’'Eugène de Jodelle, n’est au fond qu'une farce. Bien plus, entre telle comédie de Molière et les meilleures pièces du moyen âge, la différence, si grande soit-elle, réside surtout dans la valeur littéraire. De la farce à la comédie on n'observe pas la même solution de continuité qui s’est produite entre le mystère et la tragédie. Il n’y a point ici deux systèmes opposés. Tout au contraire, une même tradition comique se perpétue à travers tout notre théâtre. La comédie du moyen âge se survit à ellemême, et pénètre la comédie moderne.
La tradition du théâtre comique en France.
RESUME
35. Le théâtre au moyen âge, sous sa double forme, drame et comédie, a produit des œuvres nombreuses, importantes, qui ont soulevé l’enthousiasme d’un immense public populaire.
36. Le drame est né dans l’Église. I] fait primitivement partie du culte, n’est autre chose que l'office même. Tel est le drame liturgique du xr° siècle. Peu à peu le drame liturgique s’altère, la langue vulgaire et la versification se mêlent au texte consacré. Le théâtre sort de l'Église. Ce changement est déjà un fait accompli au xnr° siècle, ainsi qu’on le voit par le « Jeu d’Adam ».
37. Du xru° siècle il nous est resté le « Jeu de saint Nicolas » par Jean Bodel d’Arras, et le « Miracle de Théophile » par Rutebeuf. Au x1v° appartiennent les Miracles de Notre-Dame, qu'on peut définir : la mise à la scène d’un événement miraculeux produit par l'intervention de la Vierge.