‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 41 sur 294 · ÜNE IMPRIMERIE AU XVI SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÜNE IMPRIMERIE AU XVI SIÈCLE

(d’après une miniature du xvi® siècle).

C'est du xve siècle (1450) que date l'invention de l'imprimerie, grâce à l’idée qu'eut Gutenberg d’employer des caractères mobiles. Voici une imprimerie avec le matériel qui fut en usage pendant trois siècles : la cuve aux caractères, le tas de feuillets découpés prêts à passer sous la planche que serre la vis de bois, le mailleL à fixer les cadres, le compas à mesurer les marges. Le correcteur, assis à droite, relit l'épreuve toute fraîche. Qui dirait que cette légère machine, de manœuvre calme et familiale, apporte avec elle une révolution ?

constances, $es œuvres allaient rester ignorées jusqu'au xvin° siècle.

Charles d'Orléans à composé des ballades, des ron-

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deaux, des chansons. Initié déjà à la culture italienne, il n’apporte pourtant rien de nouveau dans notre poésie : il en' est ‘encore aux allégories du Roman de la Rose. Voici ses premiers vers :

Ou temps passé, quand nature me fit

En ce monde venir, elle me mit

Premierement tout en la gouvernance D'une Dame qu’on appeloil Enfance.

Il délaisse Enfance pour Jeunesse. Celle-ci le conduit au dieu d'amour et à ses ministres, Bel-Accueil ct Plaisance. Charles d'Orléans a seulement porté à sa perfection cette poésie des allégories délicates. Son style aisé et clair est plein de grâce : il est simple dans l’expression d'idées raffinées. On s’est étonné que dans cette poésie d’exil le poète parle moins de ses malheurs vrais que des chagrins de ses amours fictives. Mais d’abord, dans cette âme douce, la douleur se tourne naturellement en mélancolie :

En regardant vers le pais de France Ung jour m'’avint, à Dovre sur la mer, Qu'il me souvint de la double plaisance Que souloye ou dit pais trouver,

Si commencçcay de eueur à souspirer, Gombien certes que grant bien me faisoit, De veoir France que mon cuer amer ! doit.

Ensuite et surtout, pour Charles d'Orléans la poésie est œuvre de convention, propre bien moins À traduire les sentiments les plus intimes qu'à divertir l'esprit c'est un jeu très élégant.

Entre Charles d'Orléans

el Villon le contraste est

Villon : sa vie. absolu. Homme « de povre et

de petité extrace », celui-ci

vient du peuple, et sa poésie

en vient comme lui. Il rejette bien loin toutes les bagatelles soi-disant poétiques, et ne demande ses sujets qu'aux émotions de sa vie. François de Montcorbier ou des Loges ost né en 1431 à Paris, « emprès Pontoise ». I]

{. Aimer

LA POÉSIE AUX XIVe ET XVe SIÈCLES. 113

doit son surnom de Villon à maître Guillaume de Villon, chanoine, qui l’avait pris sous sa protection et fut pour lui « plus doulx que mère ». Sa jeunesse est celle de Fécolier du moyen âge, bruyant, indiscipliné, débauché. Il obtient le grade de maître ès arts, et parvient jusqu’en 1455 sans avoir été « attaint, reprins ne convaincu d’aucun autre villain cas, blasme ou reproche ». Mais s'étant pris de querelle avec un certain Philippe Sermoise, il eut le malheur de blesser mortellement son adversaire et dut quitter Paris où il ne rentra que l’année suivante. A cette date se place la composition du Petit Testament, énumération bouffonne des legs que l’auteur fait à ses amis et à ses ennemis. Il y a là bien des allusions dont le sens est perdu pour nous. Marot, qui donne une édition de Villon en 1533, déclare déjà ne pas tout comprendre.

Ce sont probablement les conséquences de ce crime involontaire qui ont jeté Villon hors du droit chemin. Sans ressources et obligé, pour vivre, de recourir aux étranges moyens qu’un contemporain a décrits dans les Repues franches, Villon s'associe à une bande de voleurs. Vers 1458, il est condamné à la potence (Ballade des pendus), mais Sa peine est commuée en celle du bannissement (Ballade de l’appel). Nous le retrouvons en 1461 à Meung-sur-Loire, dans les prisons de l’évêque d’Orléans, Thibault d’Aussigny. Par bonheur pour lui, Louis XI, monté sur le trône cette année même, remet leurs peines aux prisonniers, dans les villes où il passe après son sacre. Depuis lors, nous perdons la trace de Villon ; nous savons seulement qu'il était mort lorsque parut en 1489 le Grand Testament qu'il avait composé en sortant des prisons de Meung.

Ce recueil, auquel est atta-

chée la gloire de Villon, Le «Grand Testament». contient des pièces de dates

et surtout de nature très diverses, les unes grossières, d’autres gracieuses ; d'au-

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tres enfin sont admirables par la profondeur du sentiment, La composition en est très lâche. Le poète se

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