‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 50 sur 294 · I. — LES THÉORIES · texte numérisé non relu

I. — LES THÉORIES

La réforme, ébauchée par Maurice Scève et les poètes de Lyon, va être hardiment menée par une école jeune et enthousiaste, celle de la Pléiade, dont Ronsard est le chef et Du Bellay le porte-parole. On ne saurait lui faire une trop grande place, ni surtout trop brillante, dans la suite de notre poésie. Elle a relevé la conception ellemême de la poésie, dont elle a pénétré la divine essence et inspiré le culte au poète. Et par le retour à l’antiquité considérée comme le modèle d’une perfection absolue et valant pour tous les temps, elle a renoué la chaîne de la tradition, créé l’humanisme et préparé la littérature classique.

1. Le soupe do sept poètes appelé d’abord la Brigade, puis la Pléiade, est

composé de Ronsard, bu Bellay, Baïf, Belleau, Jodelle, Pontus de Tharyd et baurat,

C’est Du Bellay qui, en La « Défense et Illus- 1549, rédige le programme tration de la langue de l’école nouvelle. Dans

française ». ce bruyant manifeste, il

prend la défense de notre langue contre ceux qui en contrarient les progrès et en réclame contre eux l'illustration. Ces mauvais Français sont de deux sortes. Ce sont d’abord les poètes courtisans qui, ignorants et d’esprit futile, laissent la langue s’appauvrir chaque jour. Ce sont ensuite les érudits « qui déprisent et rejettent d’un sourcil plus que stoïque toutes choses écrites en français » et préfèrent écrire en latin. Notre langue n’est pas assez « copieuse et riche » : c’est une raison, non pour la déserter, mais pour travailler à l’enrichir.

A cet effet, il faut rompre résolument avec le passé ; ces novateurs se posent en révolutionnaïres. Du Bellay supprime d’un trait toute notre ancienne poésie : « Laissez toutes ces vieilles poésies françaises aux jeux floraux de Toulouse et au puy de Rouen, comme rondeaux, ballades, virelais, chants royaux, chansons, et autres telles épisseries.. » À la place devenue libre on installera les genres renouvelés de l’antique : épigrammes, élégies, odes, la satire, l’églogue, la tragédie et la comédie, le sonnet, « docte et plaisante invention italienne », surtout le poème épique. Cette substitution des genres de l’antiquité à ceux du moyen âge est ici le trait essentiel, la grande et féconde nouveauté.

Pour remplir ces larges cadres, c’est encore aux anciens qu'il faut demander une inspiration dont les modernes ne se sont pas montrés capables : on devra s'approprier les résultats des littératures latine et grecque. Imiter, tel est le procédé que Du Bellay ne cesse d2 recommander. « La plus grande part de l’artifice est contenue en l’imitation. » Cette imitation ne sera d’ailleurs ni superficielle ni servile. Il faut choisir les meilleurs auteurs, se «transformer en eux, les dévorer, el, après les avoir bien digérés, les convertir en sang et

nourriture ».

138 LE XVIe SIÈCLE.

Ce renouvellement des genres et de l'inspiration en äppelle un analogue concernant la langue. Le poète ne craindra pas « d'inventer, adapter et composer à Pirilation des Grecs quelques mots françois ». Il reprendra dans la vieille langue des mots qu’on a le tort de laisser perdre (anuyter, asséner, isnel1), et il les enchâssera dans son œuvre, ainsi qu'une pierre précieuse et rare. Îl créera des tournures nouvelles : l’infinitif pour le nom (l'aller, le chanter, le vivre), l'adjectif pour le nom (le liquide des eaux, le vide de l’air), ou pour l’adverbe : (ils combattent obstinés, il vole léger). Il donnera plus de précision et d'éclat à la langue poétique en y introduisant les termes techniques

t Encoïe Le Veulx je advertir de hanter quelquefois non seulement les savants, mais aussi Loute sorte d'ouvriers et gens mécaniques, cornme mariniers, fondeurs, peintres, engraveurs et autres, savoir leurs inventions, les noms des matteres, des outilz, et les

Léermnes usités en leurs arts et mestiers pour tirer de li ces belles comparaisons et vives descriptions de toutes choses. »

Suivent quelques conseils assez lâches sur la rime, qui doit être « riche », sans tomber dans les excès et les superstitions des rimeurs de la vieille école.

La Défense se termine par une conclusion dont le ton belliqueux fait sourire :

« Là donqg, Françoys | marchez couraigeusement vers cette superbe cité romaine, el des serves dépouilles d’elle ornez vos Leémples et autels. Donnez en cette Grèce menteresse, et y semez

encore un coup la fameuse nation des Gallo-grécs. Pillez mOi sans conscience les sacrés thrésors de ce templé délphique.… »

Véritable sonnerie de combat, par laquelle Du Bellay convie les jeunes poètes à l'assaut de l’antiquité.

Certes, il y a dans ce zèle

quelque - indiscrétion, Mais

Erreurs de la Pléiade. les reproches que mérite li Pléiade ne sont pas ceux

qu’on à couture de lui

adresser. Une critique, sentinientale plus que raisonnéé,

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