PIERRE DE RONSARD
(d’après une gravure du xvi°s.).
Noble figure de poète à qui convient le costume antique et pour qui le laurier semble une parure naturelle.
dans une hôtellerie, l’emmène à Coqueret, prépare avec lui le projet de la Défense. En 1550, il publie son premier recueil : Les quatre premiers livres des Odes de Pierre de Ronsard, Vendômois, dont le succès fut immense, L'école était fondée : elle le fut au milieu d’une faveur générale, et les héritiers de Marot ne résistèrent que faiblement.
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Ronsard, protégé par Henri Il, puis par Marie Sa réputation. Stuart, atteint à l’apogée de
la réputation sous le règne de Charles IX. Il est aussi célèbre à l'étranger qu'il'est admiré en France : le Tasse, en 1575, vient lui faire hommage de ses premiers vers. Cette immense réputation, qui n’a peut-être pas d’égale dans l’histoire des lettres, fut sans lendemain. Henri III réserve ses préférences pour les faiseurs de petits vers. Des gloires rivales s'élèvent en face de celle du maître, Et Ronsard avait fait l'épreuve de l’abandon lorsqu'il mourut le 25 décembre 1585 dans son abbaye de Saint-Cosme (Tours). Le cardinal du Perron prononça son oraison funèbre au collège de Boncour. C'était déjà un panégyrique officiel, et qui ne trouvait plus d’écho. Malherbe devait bientôt commencer l'attaque en règle, Boileau porter les derniers coups. Ce n'est qu'au début du xix° siècle que Ronsard retrouvera des admirateurs. Les romantiques le prônent, Sainte-Beuve l’étudie (1828). Depuis, le mouvement de réhabilitation ne s’est pas arrêté : aujourd'hui nous mettons Ronsard au rang de nos plus grands poètes.
L'ambition de Ronsard est
de se hausser aux grands
Les « Odes ». genres encore inconnus à la
poésie française. Dans les
Odes, dont les quinze pre-
mières sont divisées en strophes, antistrophes, épodes, il
prétend à être notre Pindare. Il y célèbre les grands de la
terre, rois, princes et princesses. Mais l’imitation du
lyrique thébain l’a moins porté et guidé qu'égaré. I se
croit tenu, à son exemple mal compris, d’affecter la
« fureur poétique » et fait abus de la mythologie et de
l’érudition.
Ronsard à l'honneur d’avoir acclimaté en France le
genre de l’ode. Il à trouvé le rythme de notre grande strophe lyrique :
Comme un qui prend une coupe Seul honneur de son trésor,
Et de rang verse à Ia troupe
Du vin qui rit dedans l'or ; Ainsi, versant la rosée
Dont ma langue est arrousée Sur la race des Valois,
En son doux nectar j’abreuve Le plus grand roi qui se treuve Soit en armes ou en lois
L'Ode à Michel de l'Hopital, où Ronsard, sous le voile de la fiction, expose la conception qu'il se fait de ‘la poésie, est animée d’un beau souffle. Toutefois ce que nous goûtons aujourd’hui dans les odes de Ronsard,
plus que l’enthousiasme souvent artificiel des grandes compositions, c’est l’expression de ses émotions personnelles, de l’amour que lui inspire son pays natal : odes à la forêt de Gâtine, à la fontaine de Bellerie.
Ronsard n’est pas davantage
notre Homère. La Pléiade
La « Franciade ». attachait la plus grande im-
portance à la production d’un
«long poème ». Du Bellay
provoque en termes pompeux la venue du futur poète
épique : c’est celui-là surtout qui pourra enrichir la lan-
gue, lui faire « hausser la tête et d’un brave sourcil s’éga-
ler aux superbes langues grecque et latine ». Ronsard, qui
partage ces idées ou ces illusions, songe dès 1550 à sa
lranciade, et ce n’est qu'après vingt-deux ans de travail
,qu'il en publie les quatre premiers chants. La date (1572)
était malencontreuse ; bientôt le poète perdait en
Charles IX son plus chaud protecteur ; et d’ailleurs, fati-
gué lui-même de cette entreprise de longue haleine, il laissa l’œuvre inachevée.
Le sujet qui nous paraît aujourd’hui pédantesque et factice, sans racines dans le sentiment national, lui était fourni par une croyance, universellement répandue dans le monde savant au xvi° siècle. Érudits et annalistes admettaient l’existence d’un fils d’Hector, nommé
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Francus, venu de Troie en Gaule, pour conquérir le pays qui, en souvenir de lui, s’appellera la France. Autour de ce personnage sans réalité et sans vie, Ronsard a groupé des épisodes empruntés à Homère et à Virgile, afin de donner ainsi à la France en un seul poème, l’Iliade et l'Odyssée et l’Énéide. Comme l’a dit juste- . ment J. J. Jusserand, c’est moins un poème qu'une « marqueterie », à laquelle ne s'appliquent que trop bien ces vers de Ronsard lui-même :
: Les Français qui mes vers liront, S'ils ne sont et grecs et romains, Au lieu de ce livre ils n’auront Qu'un pesant faix entre les mains.
D'autre part, Ronsard, qui manie si vigoureusement l’alexandrin, a eu le tort inexplicable de lui préférer ici le vers de dix syllabes.
Reconnaissons toutefois que la Franciade ne laisse pas d’avoir son intérêt. Ronsard y a le mérite d’être revenu aux sources mêmes de la poésie épique, c’est-à-dire à Homère que le moyen âge avait délaissé pour de mauvais compilateurs
Je veux lire ex lrois jours l’Jliale d’'Ifomère.
L'ouvrage en lui-même n'est pas, comme on le prétend, une composition lourde et indigeste ; il séduit au contraire par sa grâce facile : les détails charmants n’y sont pas rares. La Franciade, c'en est à la fois l’éloge et la critique, est une œuvre fort agréable, où rien nc se trouve de ce qui fait de l’épopée une poésie nationale.
C’est dans la poésie amou-
reuse et dans le sonnet que
Les « Amours ». Ronsard a excellé. Les trois livres de ses Amours sont la