‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 87 sur 294 · PAL · texte numérisé non relu

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UNE SÉANCE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE (Estampe anonyme de la Bibliothèque nationale).

Les séances se tenaient primitivement au Louvre. La salle réservée à l’Académie occupait l'aile du rez-de-chaussée, sous le pavillon de l’Horloge qui fait pendant, au Nord, à la salle des Cariatides. Seul le garde des sceaux qui préside a un fauteuil.

subsiste encore aujourd’hui, Le directeur qui les préside et le chancelier qui garde les sceaux sont nommés pour

trois mois : un secrélaire perpétuel lient les registres.

Chaque semaine, un académicien devait lire un discours sur telle matière qu'il lui plairait : Godeau parla « contre l’éloquence », Chapelain «contre l’amour », Racan « contre les sciences », Méziriac « sur la traduction », Gombaud « sur le je ne sais quoi ».

Mais la principale occupation de l’Académie fut le travail du Dictionnaire. Chapelain en rédigea le plan :

11 faloit faire un choix de tous les auteurs morts qui avoient écrit le plus purement en notre langue et les distribuer à tous les académiciens, afin que chacun lût attentivement ceux qui lui seroient échus en partage et que sur des feuilles différentes il remarquât par ordre alphabétique les dictions et les phrases qu’il croiroit françoises.

Le choix de l’Académie fut très large : on tint compte de tous les grands écrivains, sauf de Rabelais. La première édition du Dictionnaire parut en 1694. L'édition actuelle cst la huilième.

L'établissement de l’Académie n’alla pas sans soule-

Rôle de l’Académie. ver des réclamations et des critiques. Les quolibets commencèrent à pleuvoir ; des

pièces satiriques dont la meilleure est la Comédie des Académistes de Saint-Evremond, s’efforcèrent de la ridiculiser. À ces raiïlleries plus ou moins spirituelles, et dont la mode s’est continuée, la réponse était et reste facile à faire. Les ennemis de l’Académie la représentent comme une compagnie de l'arbitraire, régentant le vocabulaire à son gré et violentant la langue ; or, tout au contraire, l’Académie a reconnu dès le début la suprématie indiscutable de l’usage et a borné son rôle à en enregistrer les décisions : « Dès qu’une question sur la langue se présente, écrit Pellisson, ils ne font que chercher l’usage, qui est le grand maître en semblables matières, et conclure en sa faveur. » Le reproche qu’on serait en droit d'adresser à l’Académie serait bien plutôt le reproche inverse. S’il est vrai que sa raison d’être consiste à veiller sur l’état de la langue, à en ralentir

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l'écoulement et à la défendre contre toutes lés causes d'altération, on peut trouver qu’elle a souvent inontré trop dé complaisance pour telles créations de Tusage dont elle eût été bienvenue à faire justice.

RÉSUMÉ

118. Une nouveauté de grande conséquence pour l'avenir de la littérature est l’avènement de la vie de salon. L'Hôtel de Rambouillet (1620-1648) est la première de ces réunions par lesquelles la société polie influera sur le mouvement littéraire.

119. L'Hôtel de Rambouillet qui a rapproché les grands seigneurs et les écrivains, n'est pas un bureau d'esprit : c'est le trait qui le distingue d’autres réunions, telles que les Samedis de Mie de Scudéry (après 1640) où les écrivains donnent le ton, et où il est tenu registre de véritables journées littéraires.

120. Les Précieuses(vers 1650) ont encouru un juste ridicule par leur recherche de sentiments quintessenciés et leur affectation préter’ieuse en matière de langage ; toutefois, elles n’ont été inutiles ni à l’orthographe qu'elles ont simplifiée, ni à la langue qu’elles ont enrichie de locutions imagées et surtout qu’elles ont épurée,

121. L’Académie française est un salon officiel, Elle à pour origine les réunions qui se tenaient chez Conrart. C’est Richelieu qui en a fait un corps constitué (1635). Le travail le plus important de l’Académie est la rédaction du « Dictionnaire » (1694). Le rôle de l'Académie est de veiller à la conservation de la langue et d'en ralentir le perpétuel écoulement. Bien

Join de vouloir tyranniser les mots, elle ne se reconnaît d'autre droit que d’enregistrer l’usage.

LECTURES RECOMMANDÉES

Rœdcrer, Mémoire pour servir à l'hisloire de la Société polie. — V. Cousin, La Société française au xvrr® siècle. — Ch. L. Livet, Précieux el précieuses, — Rathery, Mademoiselle de Scudéry.

TEXTES A CONSULTER

Somaize, Dictionnaire des Précieuses (Livet, Bibl. elzévirienne). — Pellisson, Histoire de l’Académie (Livét).

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