‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 86 sur 294 · rherengete 6e ana · texte numérisé non relu

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tiennent surtout à la bourgeoisie. C’est d’abord M Cornuel, « cette bourgeoise du Marais, dit Saint-Simon, dont’ l'esprit lui avait acquis quantité d'amis de considératiôn et une Sorte de tribunal chez elle. Elle était pleinè de bons mots qui sont des apophtegmes ». C’est elle qui appelait Beaufort et ses amis « messieurs les impôrtänts », et les jansénistes « les importants spirituels ». Puis, M Robineau, M” Arragonais, M'e Bo: quet. Aussi, le premier rang revient ici aux écrivains

Conrart, Chapelain, Sarrazin, Pellisson. Ils donnent le ton : ils le recevaient à l'Hôtel de Rambouillet. Tout ce monde fait assaut de petits vers galants et y attache un peu plus d'importance que de raison. Il est tel samedi dont on nous à laissé le compte rendu : c’est uné preuve que l’on tenait registre, et que les choses tournaient à la réunion littéraire. On voit qu'il y a déjà décadence. La société est d'un niveau moins élevé, l’air est plus bourgeois, l’allure s’est raidie : c’est une première atteinte de pédantisme et de mauvaise préciosité.

À mesure que Ja mode du

bel esprit se répandait et

Les Précieuses. devenait plus générale, les défauts s’accentuèrent et le

ridicule s’en mêla, En 1656,

l'abbé de Pure écrit dans son roman, la Précieuse ou le Mystère des Ruelles : « Le mot de précieuse est uu mot du temps... et qui s'applique à certaines person- , nes du beau sexe qui ont su se tirer du prix commun et ont acquis une espèce et un rang tout particuliers. Elles sont une secte nouvelle, » Elles sont une secte, en effet, et forment une société à part. Somaise pourra faire un dictionnaire de leur langage. Elles font profession de bel esprit. « La première partie d’une précieuse est d’avoir de l'esprit, ou Ja prétention d’en montrer. » Cet esprit, il faut l'appliquer à lire des romans ou des vers, à critiquer et à écrire. « Elles censurent les mauvais vers et corrigent les passables. Elles jugent des beaux discours et des beaux ouvrages : elles en font elles-mêmes. » Elles causent moins qu’elles ne dissertent, « À qui, des

sciences ou de la poésie, est due la prééminence ?... L'histoire doit-elle être préférée aux romans ?... Corneille est-il supérieur à Benserade ? » Les questions de langue et d'orthographe tiennent une grande place dans ces conversations de salon. Ces excès justifieront suffisamment les attaques de Molière et de Boileau.

Cependant, tout n’était pas mauvais dans l’œuvre des précieuses. Le premier service qu’elles nous ont rendu, ct qui, à vrai dire, est inappréciable, a été de faire la guerre aux termes bas et grossiers et d’enseigner une fois pour toutes aux écrivains le respect de leur plume. Mais en outre il s’en faut qu'elles se soient trompées dans. toutes leurs innovations. En orthographe, elles tiennent pour un système plus rapproché de la prononciation, et contribuent à faire disparaître quelques-unes des lettres inutiles dont les savants du siècle précédent avaient surchargé les mots. En matière de langue, la préciosité n’est que l’exagération d’une tendance fort légitime en soi, le désir de trouver à la pensée une expression aussi ingénieuse que possible. Nombreuses sont les locutions des précieuses qui ont prouvé leur droit à l'existence en restant dans’ la langue, dont elles font désormais partie. Certes, il est ridicule de dire « Contentez, s’il vous plaît, l’envie que ce siège a de vous embrasser », où d'appeler un miroir le « conseiller des Grâces ». Mais nous disons encore : « faire figure dans le monde », « avoir l'intelligence épaisse », « avoir l'âme sombre », «avoir un procédé irrégulier », « perdre son sérieux », « la force des mots », « des termes de corps de garde », etc... Ces locutions, plus imagées et plus expressives que les termes abstraits qu’elles ont remplacés, nous sont venues des précieuses et perpétuent leur influence parmi nous.

C’est encore un salon que l’Académie française, un salon officiel, investi d'une mission régulière à l’effet de veiller à la conservation de la langue, L'idée de cette institution n’était pas nouvelle,

L'Académie française ; sa fondation.

L'Italie avait déjà des académies célèbres. En France, sous la protection de Charles IX et de Henri III, une académie avait tenu des séances au Louvre. Au début du

Archives photographiques.

RICHELIEU (D’après le portrait en pied par Philippe de Champaigne au Musée du Louvre).

En fondant l’Académie française le grand ministre poursuivail son dessein général qui était le rétablissement de l’ordre et de l’unité dans les esprits comme dans le gouvernement de l'Etat.

xvu° siècle, diverses réunions se tenaient chez des particuhiers, chez M de Gournay, chez Colletet, chez Chauveau le graveur, au bureau d'adresses fondé par Renau-

\ 278 LE XViie SIÈCLE. a dot ; elles contenaient en germe l'institution académique : l’idée était dans l'air.

C’est aux réunions qui se tenaient chez Conrart qu'il faut rattacher l’origine de l’Académie. Depuis l’année 1629, écrit Pellisson qui s’en fait l’historiographe f, des « gens de lettres d’un mérite fort au-dessus du commun », Godeau, Gombaud, Chapelain, Giry, Habert, de Serizay, l’abbé de Cerizy, de Maleville, se réunissaient chez Conrart. |

Là ils s’entretenoient familièrement, comme ils eussent fait en une visite ordinaire et de toutes sortes de choses, d’affaires, de nouvelles, de belles-lettres. Que si quelqu'un de la compagnie avoil fait un ouvrage, comme il arrivoit souvent, il le com-

muniquoit volontiers à Lous les autres, qui lui en disoient librement leur avis.

Le secret, d’abord bien gardé, finit par s’ébruiter. Boisrobert, abbé, poète, nouvelliste, et homme à tout faire au service de Richelieu, parla de ces réunions à son maître. Richelieu s’y intéressa, « car il avait l'esprit naturellement porté aux grandes choses et il aimait surtout la langue française en laquelle il écrivait lui-même fort bien ». Il lui parut en outre qu'il pouvait y avoir là un moyen pour élendre aux choses de la littérature cel esprit de discipline qu'il faisait triompher dans la politique. Aussi, fit-il demander par Boisrobert « si ces personnes ne voudraient point faire un corps et s’assembler régulièrement et sous une autorité publique ». Les amis de Conrart auraient souhaité refuser. Tls pressentaient que leurs réunions, en devenant officielles, allaient perdre de leur charme ; ajoutez que plusieurs d’entre eux appartenaient à des grands seigneurs ennemis du cardinal. Ils cédèrent néanmoins, sachant « qu’ils avoient affaire à un homme qui ne vouloit pas médiocrement ce qu'il vouloit ». Richelieu leur laissa d’ailleurs une entière liberté pour l’organisation de la compagnie et la rédaction des statuts.

1. Pellisson (1624-1692), l'ami de MIE de Scudéry, est connu pour avoir fait un

bon ouvrage, Histoire de l'Académie française (1653), eLinne honne action, la défense de Fouquet dont il avail GLé le commis, eL pour qui il composa d'éloquents

mémoires.

LA SOCIÉTÉ. LA FONDATION DE L'ACADÉMIE, 279 On s’occupa d’abord de

fixer le nombre des membres Ses statuts ; ses travaux. qui dut être de quarante. On choisit un nom, le plus simple, celui d'Académie française. En janvier 1635, le

LES PREMIERS MEMBRES DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE (D’après une estampe de la Bibliothïque nationale). - Chacun des rayons de cette étoile allégorique porte les noms des

fondateurs de l’illustre compagnie. On y voit ceux de Ghapelain et le Vaugelas, de Gonrart et de Voiture,pas encore celui de Corneille.

01 accorda des lettres patentes reconnaissant aux menif û û er A4 à , 2 res de Ja nouvelle compagnie certains privilèges, L’Aca-

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démie était fondée. Elle devait se recruter elle-même par l'élection. L'ordre des séances était réglé tel qu'il

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