II, — LE THÉATRE AU TEMPS DE CORNEILLE
Corneille a fixé pour un temps la forme de la littérature dramatique. Des écrivains qui ont débuté avant lui, et ceux-là même qui l’avaient combattu, subissent son influence. Jean de Rotrou (1609-1650) est parmi ceux qui lui doivent le plus ; du moins, eut-il le bon goût de se montrer disciple reconnaissant.
Nature généreuse, caractère aventureux, Rotrou vit en dissipateur, et meurt en héros : Dreux, sa ville natale, étant ravagée par une épidémie, Rotrou y rentra et mourut à son poste de magistrat. Il avait donné sa première pièce, l’Hypocondriaque, en 1628, un an avant Mélite. Mais, doué de peu d'originalité, il se contente de suivre les courants à mesure qu'ils se succèdent. Il s’essaie d’abord dans le genre romanesque ; après
Rotrou. Du Ryer.
Thomas Corneille.
Mairet, il se tourne vers la tragédie à sujets antiques ; après Corneille, il aborde le drame religieux et donne
JEAN {ROTROU (D’après une estampe de E. Desrochers).
Poète charmant, homme de grand cœur, mort en héros, le seu qui ait su marcher sur les traces de Corneille.
le Saint-Genest (1646) : cette pièce est, avec Venceslas
(1647), son chef-d'œuvre.
Du Ryer (1600-1658) fournit une carrière analogue. Il
débute par des pastorales, continue par des comédies
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dans le genre de élite, traite des sujets religieux (Saül, Esther) et doit aux Romains de Corneille l’inspiration de son meilleur ouvrage : Scévole (1647).
N'oublions pas Thomas Corneille (1625-1709), frère du grand Corneille, que nous retrouverons au chapitre de la comédie. Doué par-dessus tout de facilité, habile à se plier au goût du jour, il est l’auteur de Timocrale (1656) dont il faut savoir que le plus grand succès de théâtre au xvrr° siècle ne fut ñi le Cid, ni Andromaque, mais bien Timocrate, représenté six mois de suité et que les acteurs $e lassèrent de jouer avant que le public fût las de l'entendre.
Corneille, le grand Corneille, domine ces écrivains de toute la hauteur de son gémie. Il est le maître du théâtre de son tétnps. Pour le détrôner, il faudra modifier profondément la conception qu'il s'était faite de la tragédie et inaugurer un at tout différent du sien.
RESUME
128. Alexandre Hardy (1569-1630), en s'inspirant du théâtre espagnol, inaugure en France l’ère du théâtre, fait pour la représentation et non pour la lecture et qui, par l'importance donnée à l’action, porte directement sur le public.
129, Théophile de Viau (1590-1626), qui se met à l’école de l'Italie, donne dans la tragédie de « Pyrame et Thisbé » (1617), œuvre d’un art plus délicat, l'exemple du langage qui convient à l’amour.
130. Mairet (1604-1686) inaugure le théâtre régulier. par la représentation de « Sophonishe » (1629).
131. Pierre Corneille (1606-1684) crée la tragédie dont le cadre existait avant lui, mais à qui il manquait une âme. Il débute par des comédies qui tranchent sur la
= bouffonnerie à la mode et reflètent le ton de la conversation des honnêtes gens. Après « Le Cid » dont là date, 1636, est celle de la naissance de notre tragédie classique, se pressent les chefs-d’œuvre : Horace,
Cinna (1640), Polyeucte (1643) et « Le Menteur » (1644), chef-d'œuvre sinon de la comédie de caractère, du moins de la comédie d’intrigue.
132. Mais le poète s’engage dans une voie dangereuse, cellé de la complication de l'intrigue. Après l’échec de « Pertharite » (1652), il quitte momentanément le théâtre, y revient avec Œdipe (1659), et le quitte définitivement, après l’échec de « Suréna » en 1674.
133. Le génie de Corneille a pour trait distinctif la grandeur : son théâtre a pour inspiration principale l'héroïsme.
134, Ce théâtre repose sur le pathétique d’admiration. Dans un milieu historique s’encadre le développement des sentiments nobles et géréreux, honneur. patriôtisme, clémence, esprit de sacrifice, ou des passions fortes telles que l’ambition et la vengeance. I] n’accorde à Jl’amour qu'une place secondaire. Corneille se soumet aux trois unités mais en protestant contre l’étroitesse de ces règles qui le gênent.
135. Son style, — où l’on peut relever des traces de mauvais goût et d’emphase qui sont les défauts du temps, — est d’une mâle beauté : il a l’éloquence dans les grands morceaux oratoires, la promptitude à la
riposte dans le dialogue dit cornélien, le relief dans l'expression des idées morales enfermées dans des vers frappés en médailles.
136. Rotrou (1609-1650), dont les meilleures pièces sont « Saint-Genest » (1646) et « Venceslas » (1647),
et Du Ryer (1600-1658), dont le chef-d'œuvre est « Scévole », Thomas Corneille (1625-1709), auteur de Timocrate (1656), le plus grand succès du siècle, doi-
vent le meilleur de leur talent à l’imitation du grand Corneille.
LECTURES RECOMMANDÉES
Eug. Rigal : Alexandre Hardy ct le théâtre français. —l'icot, Bibliographie cornélienne. — Sainte-Beuve, Portraits littéraires I. — Port-Royal I. — Nouveaux Lundis VII. — >runetière, Les époques du théâtre français. — Etudes critiques VI. — Marsan, La pastorale dramatique. — J, Lemaitre, Corneille et la Poétique d’Aristote. — Impressions de théâtre IIT et V. — Bousquet, Points obscurs de la vie de Corneille. — Lanson, Corneille (Grands écrivains français). — E. Faguet, En lisant Corneille. — G. Reynier, Le Cid (Collection des chefs-d’œuvre expliqués). — L. Person, Le Saint-Genest, le Venceslas de Rotrou. — L. Curnier, Jean Rolrou.
TEXTES À CONSULTER
Corneille (Marty Lavaux. Collection des Grands écrivains de la France). Rotrou (Hémon). |