‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 98 sur 294 · I. — LES JANSÉNISTES · texte numérisé non relu

I. — LES JANSÉNISTES

La littérature, au xvu° siècle, est remplie tout entière par l'étude de l'homme intérieur, et il n’est pas un grand écrivain chez qui on ne pût trouver les matériaux d’un recueil de pensées ou de maximes, comme on les trouva dans les fragments de l’œuvre inachevée de Pascal. On s'occupe partout des questions de morale : au cloître et dans les salons on en a même souci, et souvent on les traite de la même manière.

Un premier groupe de moralistes se rattache à la célèbre maison de Port-Royal, abbaye cistercienne de + femmes fondée au x siècle dans la vallée de Che- ’vreuse, réformée en 1608 par une jeune abbesse, Ja mère Angélique, fille de l'avocat Arnauld, et transportée À Paris en 1626. Sous l'impulsion de son directeur, Du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, elle était devenue le foyer du jansénisme, doctrine qui prétendait épurer le christianisme en le ramenant à sa doctrine primitive. À l’exemple de ces saintes femmes. plusieurs hommes, à la tête desquels était le grand Arvauld, frère de la mère Angélique, s’en allèrent \ivre en solitaires dans l’abbaye primitive, désignée

Jepuis lors sous le nom de Port-Royal des Champs. Moralistes et éducateurs, ils fondèrent les Petites-Ecoles de Port-Royal dont Racine fut l’élève. Persécutés pour des raisons où la politique à autant de part que la religion, l’histoire de leurs démêlés avec le pouvoir et : avec la Sorbonne emplit tout le règne de Louis XIV.

En 1640, Jansénius, évêque d’Ypres, avait publié son Augustinus, ouvrage dont il prétendait avoir trouvé la substance dans saint Augustin. Imbus de cette doctrine, les Jansénistes professent, sur la question de la grâce, une théorie nettement opposée à l’enseignement de l'Eglise. Persuadés que la nature humaine est foncièrement mauvaise, ils ne se fient pas à elle et tiennent que, pour être sauvé, rien ne sert d’avoir. la bonne volonté, si la grâce ne s’y ajoute. Tandis que l'Eglise enseigne que chaque homme reçoit tout au moins les secours nécessaires pour faire son salut, que la grâce peut être méritée et que Dieu la proportionne au besoin, les jansénistes admettent limpuissance radicale de l'homme à obtenir la grâce, s’il n’y à pas été prédestiné. Privé de la grâce, le pécheur, et c’est le point particubier au jansénisme, se trouve dans l'impossibilité de bien faire et n'en est pas moins responsable de ses mauvaises actions, De à, une source d'angoisse et un sujet de tremblement perpétuel.

Cette théorie de la grâce a fait le sujet de longues discussions au xvir® siècle, et on en retrouverait la trace dans nombre d'œuvres de pure littérature. Doctrine aristocratique au sein de la religion, le jansénisme a attiré à lui quelques âmes d'élite éprises de dévotion difficile, non sans une arrière-pensée de se faire distüinguer. Condamné par l'autorité, il a, pour se défendre, l’incontestable grandeur morale de, représentants tels qu'un Arnauld et le génie de son Pascal.

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