PASCAL
; | Blaise Pascal est né à Clerss Imont-Ferrand le 19 juin 16923.
Sa vie. Son père, second président à la Cour des aides, vendit sa charge et vint s'établir à Paris (1631), où il se trouva en relations avec tous les savants de l’époque, Le P. Mersenne, Roberval, Carcavi, . Le Pailleur. Il fut le premier maître de son fils. « Sa principale maxime dans cette éducation, mous dit M°* Périer dans la Vie qu’elle nous a laissée de son . frère, était de tenir toujours cet enfant au-dessus de son ouvrage. » C’est dire qu'il voulait que Fenfant acquit de lui-même, et par un effort de raisonnement, ce que les autres apprennent machinalement et par un cffort de mémoire. Cette méthode à pu contribuer à développer chez Pascal la vigueur de lFesprit, comme l'éducation à pu favoriser chez un Montaigne le penchant à Fa mollesse.
De très bonne heure, Pascal domme les marques d'une étonnante puissance d'esprit. À douze ans, avec « des barres e6 des ronds », il retrouve la géométrie jusqu’à la trente-deuxième proposition d'Euclide. À seize ans, il compose un traité des sections coniques, où Descartes se refusait à voir l'œuvre d’um adolescent. A dix-huit ans, il imagine la machine arithmétique, pour faciliter le travail de son père devenu intendant des tailles en Normandie. En 1647, il renouvelle les expériences de Torricelli sur le vide.
Quelques événements font date dans la vie de Pascal, à cause de l’importance que lui-même y attacha. Son père s'étant cassé la jambe, deux gentilshommes de Rouen, qui fréquentèrent la maison à cette occasion, y apportèrent des livres jansénistes. De cette époque date ce qu'on à appelé la première conversion de Pascal (1646).
La santé de Pascal avait toujours été déplorable ; ses
maux! de têle et d’estomac s’aggravalent : les médecins lui conseillèrent le divertissement. Pascal se rapproche alors de quelques amis qui faisaient partie de la haute
MASQUE MORTUAIRE DE PASCAL (Gollection Gazier).
Ce masque au puissant relief, a quelque chose de tragique. La fierté du vaste front, l’amertume de la lèvre, la noblesse de ce profil d’aigle nous renseignent sur ‘âpre génie de l’auteur des Pensées. |
société, le duc de Roannez, le chevalier de Méré, le hbertin Miton. C’est la période mondaïne de sa Mie
en y ratlache la Composition du Discours sur les pas-
TA
sions de l'amour, qui a servi de point de départ à l'invention d’un prétendu «roman de Pascal ».
Un accident vint changer les dispositions de Pascal, qu plutôt hâter le travail qui se faisait en lui. Ses chevaux s’emportèrent en peur le pont de Neuilly et furent précipités dans le fleuve : les rênes ayant cassé, le carrosse fut arrêté sur le bord, et Pascal préservé par miracle. C’est la date de la Ne conversion (1654).
Pascal se rapproche de Port-Royal et, pour défendre cette maison, compose les Provinciales (1656-1657). Le miracle de Ja Sainte- Epine, par lequel la fille de M Périer avait été guérie d’une fistule à l’œil, lui semble alors une nouvelle faveur et un avertissement de la Providence. Il se met à la composition de son grand ouvrage sur la religion. Mais ses souffrances redoublent au point de lui interdire tout travail. Les quatre dernières années de sa vie sont remplies par ces souffrances au'il supporte avec une patience admirable et en redoublant d'exercices de piété.
Sur les derniers jours de sa vie, FE sortit de sa maison pour laisser la place à un malade qu'il avait recueilli : il n’y rentra pas. Il mourut à trente-neuf ans, le 19 août 1662.
L'œuvre de Pascal a été
très diversement interprétée ;
L’homme. aussi est-il d’un intérêt tout
particulier de fixer quelques-
uns des traits qui, ressortant
incontestablement de la seule biographie, nous permet-
tront de nous placer au point de vue le plus exact pour apprécier la signification et la portée de l’œuvre.
Pascal est d’abord un croyant. — On s'est plu longtemps à parler d’un Pascal torturé par le doute, ct on entendait par là un doute œui ne s’arrêtait pas même devant la religion : c’est en désespéré qu'il se serait rattaché à la croix. Au moins faut-il avouer qu'aucun trait de sa vie ne met sur le chemin d’une telle inter-
1. On a conteste que Pascal füt l'auteur de ce Discours. L'opinion la plus probable est qu'il faut lui en conserver l'attribution,
prétation. Cette vie ne laisse point d'espace vide où le doute aurait pu se glisser : elle nous offre, au contraire, le spectacle d’un progrès continu vers la perfection chrétienne, et c’est bien improprement qu'on en a désigné les étapes sous le nom de conversions. Pascal ‘ trouve la foi établie dans sa famille, et établie sur cette maxime (« que tout ce qui est l’objet de la foi ne le saurait être de la raison et beaucoup moins y être soumis ». En 1646, cette foi se précise et devient le jansénisme. En 1651, Pascal écrit à M? Périer, au sujet de la mort de leur père, une lettre qui nous étonne parce qu’au lieu des effusions de la nature, nous n'y trouvons qu'une sorte de sermon jansémiste : le ton de cette lettre nous fait bien comprendre à quel point la croyance a pénétré l’âme de Pascal et l’a façonnée. Après l'accident du pont de Neuilly, Pascal a sa nuit de révélation (23 no-: vembre) dont il a noté les illuminations sur un papier qu'on a retrouvé cousu dans la doublure de son habit : « Certitude. Certitude, Sentiment. Joie. Paix. Joie, joie, joie, pleurs de joie, etc. » Depuis longtemps, il s'efforce de n'avoir plus de pensées que pour là religion, et à cette préoccupation exclusive il à fait le plus coûteux des sacrifices, celui de ses travaux scientifiques. I porte en lui-même le dessein de son ouvrage sur la religion ; ct les fragments dans lesquels on veut voir la morsure du doute, ïl les écrit lorsque le miracle de la Sainte- Lpine vient d'apporter une preuve de plus à sa foi et une occasion nouvelle à sa reconnaissance.
Pascal est un malade. — Il ne s’agit pas ici de cette prétendue maladie mentale dont la légende n’a commencé à courir qu'après la mort, non de Pascal seulement mais de M°° Périer, et dont on se plaît à parler au xvin° siècle, sans faire attention que cette « folie » de 1654, par laquelle on veut expliquer certaines étrangetés des Pensées de 1658, rendrait inexplicables les habiletés et l'ironie contenue des Provinciales de 1656. H s'agit de ces souffrances physiques qui, depuis l’âge de dix-huit ans, ne laissent pas à Pascal un jour de répit. 11 v a dans les Pensées un écho de ces souffrances, et
LES MORALISTES : PASCAÏ. 331
quelque chose de cette ardeur raaladive commune à tous ceux dont les jours sont comptés.
POrRT-ROYAL DES CHAMPS (D'après une estampe du xvrre sièçle).
Ancien couvent de Bernardines dont la fondation remonte à 1204 el œui fut rasé en 1709 sur l’ordre de Louis XIV. On voit ici l’église du xzr1° siècle, le cloître des religieuses appuyé au midi, le logis de l’abbesse joignant le chevet de l’église. À gauche de la gravure, au premier plan, le bâtiment et le jardin des Messieurs ; au fond ke bâtiment des Dames, de M2 de Longueville et de Mie de Vertus. Qu'on se rappelle la description aussi exacte que charmante de Racine dans la Promenade de Port-Royal :
Je vois le cloître vénérable
Ces beaux lieux du Ciel bien aimés, Qui de cent temples animés
Sachent la richesse adorable.
Que ces vieux royaumes des ombres, Ces grands bois, ces noires forêts, Cachent de charmes et d’attraits Dessous leurs feuillages si sombres !
Pascal est un géomètre. — Il l’est d’instinct et par l1 tournure naturelle de son esprit : alors même qu'il
s'efforce de n’appartenir qu'à la religion, la science a des retours offensifs et reprend ses droits. Cet esprit géométrique, Pascal le portera dans la foi ; c’est guidé par lui, qu’il sera conduit à choisir pour ses raisonnements une direction qui sera parfois la plus subtile, el à pousser ses principes jusque dans ces conséquences extrêmes où la logique semble un défi porté au bon sens. Pascal est encore un ascète, — II s’est réjoui des souffrances de son corps, et il les a augmentées volontairement. Il préférera à toute autre une foi en lutte avec Ja pature. — Il est un apôtre. Il répand son zèle autour de lui. — À partir de 1654, on cherche quel motif aurait pu lui mettre la plume à la main, sinon le désir de faire servir à la cause de la vérité et du bien les dons d’esprit que la Providence lui avait départis.
Pascal trouva une première occasion dans l’état des affai- Les « Provinciales ». res de Port-Royal. Le jansénisme venait d’être con- | damné en Sorbonne et à Rome. C’est alors que Port-Royal songea à s'adresser au public pour prouver que ce qu'on lui reprochail n’était rien qui eût quelque gravité, et surtout qui allât contre la religion. Arnauld tenta d'é écrire une lettre en ce sens ; mais il lui sembla que Pascal, qui venait du monde, réussirait mieux dans cette polémique destinée à convaincre les gens du monde. La première lettre, datée du 3 janvier 1656, parut sous Île litre de « Lettre écrite à un provincial par un de ses amis, sur le sujet des disputes présentes de la Sorbonne ». Dix-huit lettres arurent à divers intervalles et furent réunies en 1657 : « Les Provinciales, où Lettres écrites par Louis de Montalte ! à un provincial de ses amis et aux R. P. jésuites le sujet de la morale et de la politique de ces pères. »
Les trois premières lettres sont consacrées à la ques-