u^.- '. ''t meurt dans iiiio |»i('uso relrnile
11. — Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans (21 août h;7<». :i Saint-Denis, eu présence du grand Condé).
Texte : Vanitas vanitafum. et omnia va ni /as (Ecclésiaste, i, i). . Vanité des va,nités, èl tout est V-anité. »
Exorde : tout ein vàîh en l'hottime, si l'on considéré Ce qu'il donne aà môiide; tout^ au Contmir«j est précieux et important, si l'on considère ce qu'il doit à DiéU.
Division : Voyons ce qu'une mort, soudaine lui a tavi; voyons c^ qu'une sainte mort lui a donné. , ^>
Première partie : Grandeur de sa naissance. — Ses qualités d esprit et de cœur. Services qu'elle rend à la ÎPranCe. — Sa mort soudaine H Saiut-CloTid. Ce qui rosle d<e nous daU^ î*b lombeaU.
D'après l'ipstampe de Jean Lepautre (1648-1682},
il 2 LITTÉRATURE FRANÇAISE
Deuxième partie : Celle mort est une grâce pour la princessr. Dieu Ta protégée dès le berceau. — Courage et confiance qu'elle témoigne à ses derniers moments; elle quitte une vie pleine <1<' périls.
Péroraison : L'exemple de cette mort soudaine est une exhort;i tion à vous convertir.
III. — Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France (1" septem bre 1683, à Saint-Denis, en présence de Monseigneur le Dauphin
Texte : Sine macula enim suntante thronum Dei (Saint Jean, Apoc. lypse, »4v, 5). - Ils sont sans tache devant le trône de Dieu. •>
Exorde : Assemblée des âmes pures dans la Jérusalem céleste : la reine a mérité d'y être admise.
Division : 1» Il n'y a rien que d'auguste dans sa personne; 2" il n'y a rien que de pur dans sa vie.
Première partie . La maison d'Autriche et la maison de Fran(( — Famille et éducation de Marie-Thérèse. — Son mariage av Louis XIV; paix des Pyrénées. — Éloge de Louis XIV.
Deuxième partie : La reine est semblable à la colonne mysti(|t: où Dieu a écrit trois noms : a) le nom de Dieu, loi, humilité, ch rité«Ie Marie-Thérèse; b) le nom de C Église : sa dévotion, sa sou mission au Saint-Siège : c) le nom nouveau du Seigneur, l'cuchciristie.
Péroraison : Comparaison de sa' mort avec celle d'Anne d'Autriche. Nécessité de se préparer à bien mourir. . IV.— AnnedeGonzaguedeClèves, princesse palatine (9aoùtl6sr). dans l'église des Carmélites du faubourg Saint-Jacques, en présciuc du duc d'Enghien).
Texte : Apprehendi te ab extremis tet^rœ... (Isaïc, xli, 9). « -le t'ai pris par la main pour te ramener dés extrémités de la terre... >
Exorde : Dieu donne un exemple de sa grâce dans le salut d' cette princesse. Les pécheurs ne doivent pas y rester indifférenis.
Division : l°D'où la main de Dieu l'a tirée; 2° où la main de Dieu l'a élevée.
Première partie : Enfance d'Anne, à Faremoutiers, à Avenay. Sa vie mondaine, son veuvage ; ses succès à la Cour. — Ses ambitions politiques. Elle secourt sa sœur, reine de Pologne. — Première conversion ; elle retombe dans l'incrédulité. — Les libertivs.
Deuxième partie : Les deux songes de la princesse. — Sa conversion définitive. Sa charité. Sa pénitence. — Sa mort.
Péroraison : Bossuet engage les pécheurs à profiter de « l'image de ses vertus et des exemples de sa vie ».
V. — Michel Le Tellier, chancelier de France (25 janvier 16<S(;, à Saint-Gervais, en présence du Nonce du Pape).
Texte : Posside sapientiam, acquire prudentiatn... (Proverbes iv, 1) « Possédez la sagesse, et acquérez la prudence... »
E.rorde : La vraie sagesse s'attache aux biens éternels.
Division : Grâce à cette sagesse Le Tellier a été modéré ot dévoué : 1" comme magistrat, 2° comme homme politique^ 3» conmie clief suprême de la justice.
Première partie: Le Tellier, magistrat. Il devient ministre de la justice, puis ministre de la gueri-e, enfin chancelier.
Deuxième partie : Conduite de Le Tellier pendant la Fronde. — Services qu'il rend à Anne d'Autriche et à Mazarin.
Troisième partie : Son rôle comme chef de la justice. Il rét'oiiue le conseil d'État. Il fait respecter les droits de l'Église. Il signe la révocation de l'édit de Nantes. — Sa mort chrétienne.
Péroraison : Grâce à ses vertus, le jour de sa mort a été « le plus beau, le. plus triomphant, le plus heureux jour de sa vie ».
VI. — Louis de Bourbon, prince de Condé. (10 mars 1687, à Notre-Dame, en présence de M. le Prince.)
Texte : Dominus tecum, virorum, fortissime... Vade in har fortitudine tua... Ego ero tecum (Juges, VI, 12, 14, 16). « Le Seigneur est avec vous, ô le plus courageux de tous les hommes. Allez avec ce courage dont vous êtes rempli, je serai avec vous. »
Exorde : L'orateur se sent écrasé par une si lourde tâche. Mais toutes les qualités du prince ne seraient rien sans la piété : c'est à démontrer cette vérité que Bossuet va s'appliquer.
Division : Condé a possédé : 1° les qualités du cœur, 2" les qualités de l'esprit, 3° la piété qui est « le tout de l'homme ».
Première partie : Le cœur. Courage de Condé : Rocroi, Fribourg. — Il est modeste et loyal. — Ses fautes, qu'il a lui-même regrettées. — Sa bonté pour lei«f siens. — Sa vie privée à Chantilly.
Deuxième partie : L'esprit. Son génie militaire fortilié par l'étude. Senef, Dunkerque, Lens. - Parallèle de Condé et de Turenne.
Troisième partie : La pieté. Elle vient se joindre aux autres qualités. — La vie de Condé pendant ses dernières années. — Sa mort.
Péroraison : Bossiïet appelle au catafalque de Condé tous ses amis, tous les])rinces, tous les peuples. Il dit adieu lui-même au prince, et au genre de l'oraison funèbre.
Originalité de Bossuet dans l'Oraison funèbre. — Nous n'avons pas à apprécier ici séparément des discours aussi célèbres, mais seulement à définir et à caractériser le génie de Bossuet dans l'oraison funèbre.
C'est malgré lui, et toujours par reconnaissance ou par obéissance, que Bossuet s'est exercé dans un genre presque compromis, avant lui, par des défauts qui en semblaient inséparables. De ce genre il sentait vivement la difficulté. Dans l'oraison funèbre du P. Bourgoing, il dit : « Je vous avoue que
414 LITTÉBATURK PRANÇAISB
j'ai coutume de plaindre les prédicateurs lorsqu'ils font les panégyriques funèbres des princes et des grands du monde. Ce n'est pas que de tels sujets ne fournissent ordinairement de nobles idées... Mais la licence et l'ambition, compagnes presque inséparables des grandes fortunes, mais l'intérêt et Tinjustice, toujours mêlés trop avant dans les grandes affaires du monde, font qu'on marche parmi les écueils ; et il arrive ordinairement que Dieu a si peu de part dans de telles vies, qu'on a peine à trouver quelques actions qui méritent d'éti^ louées par ses ministres. » — Bossuet s'est donc préoccupé de purifier, de sanctifier, de rendre digne des autels, « devant lesquels, dit-il, il ne donne point de fausses louanges », ce genre de panégyrique si déprécié. Et il y arrive, en le transformant par Vhistoire et par le sermon.
1» L'histoire. — Avant de juger Bossuet historien dans les oraLsons funèbres, observons qu'il n'a pas toute la liberté du livre. 11 parle devant la famille du défunt, dans une cérémonie qui est un honimage à sa mémoire, et il est limité par les convenances que lui imposent les circonstances. De plus, l'éloquence officielle use, à toutes les époques, et surtout quand elle est emprisonnée par une étiquette, de certaines formules qui peuvent, ailleurs et plus tard, être prises à contresens. Les compliments et les éloges de Bossuet doivent être replacés à leur date, dans leur milieu, et ainsi rectifiés. — Bossuet s'est toujours scrupuleusement documenté sur les. personnages dont il avait à prononcer l'éloge. 11 demande à M™^ de Motteville un mémoire sur Henriette de France ; — il en reçoit un du chanoine Feuillet sur Madame ; — il se fait communiquer des lettres d'Anne de Gonzague; — - il interroge tous les témoins ; — mais surtout il connaît personnellement presque tous ses héros : Madame, Marie- Thérèse, Le Tellier, Condé, et il peut apporter sur eux des détails intimes très précieux pour l'histoire. — Bossuet profite du rôle joué par ces princes, par ces princesses, par ces reines, qui tous sont historiques au sens le plus complet du mot, pour donner une sorte de tableau des événements au milieu desquels ils ont joué leur rôle : révolution d'Angleterre, Fronde, guerres de Louis XIV, révocation de l'édit de Nantes, etc.. Il trace des portraits qui contribuent à aug-
B0S6UET ET LES PR*>OTCATEURS é'iîï
menter rim])ression de vie que «donné son discoïirs : €romwell, Mazarin, Tïn^nne(i). — M^ais il veut que cette partie de l'waison funèb<pe reste instructive «6t aiorâle. 11 subordonne l'histoire à la reli,s:ion. La théorie de la Providence, <^ui anim-é le Discours sur l'histoire universel^, se retrouve dans toutes ses oraisons funèbres. — D'ailleurs il ne s'interdit pas de rappeler, ae fût-ce qUé par dies allusions très vivement senties par i«s contempiôî'aîns, cé-jrtaînès fautes politiques (Coîidé), certaines faiblesses (Charles I"*), certains excès réparés par la pénitence (Anne de GonzâJgue), Souvent, son silence, ou le tour de ses élog«e'«, ^st une -leçon ; étudiez, à ce point de vue, son oraison funèbr^e de Mari-e-Ttiérèse.
2" Lp sermon. — Mais chaque oraison funèbre est surtout un sermon, où le défent sert d'illustre exemple. La Harpe a cru rabaisser celle d'Anne de Gonza^ue en l'appelant « le plus sublime des sermons » : il a caraotérisè en même tem-ps toutes les autres. Bossuet se propose avant tout l'instruction et l'édification de ses auditeurg. Aussi peut-on rapprorcher chaque oraison funèbre d'un ou de plusieurs sermensoélèbres. Et Bossuet a souvent utilisé telle et telle partie d'un sermon déjà prononcé, pour l'insérer dans une oraison funèbre. *— Ainsi l'éloge d'Henriette de France est un sermon surfw Providence et sur les Devoirs des rois; celui d'Henriette d'Angleterre, un sermon sur là Mort (la division correspond exactement au eélèbre sermon de 1062) (2); celui d'Anne de Gonzague, un sermon sur l'ImpénUence fmate, sur VEnéktrcissement, sur la Pi\)mdence, etc. ; celui de Marie-Thérèse, un sermon sur fe Pureté; celui de Condé, un sermon sur V Ambition^ sur VHonnmir du monde, etc.. Bref, on ne perd jamais de vue, au milieu des louanges et de l'histoire, le but principal de l'orateur qui veut et doit rester un prédicateur.
Le style des Oraisons f une hrex^st plus travaillé, pins achetié que celui des Serinons. Il est, en général, d'une gravité et d'une noblesse soutenues. Mais on aurait tort d'en oublier les parties simples et familières: la deuxième partie de l'ôraison d'Henriette de France, un t^rand nombre <!<» passagee de lîeHe
(1) iW'Or<'eaw.r rltoisis, I*''" cyclr, p, 183.
(2) Morcennx ctwisis, !•" c^^clCi ISO.
4^6 i.ITTÉRATURE FHANÇATSE
(l'Anne de Gonzague, la troisième partie de celle de. Condé. Quelques-unes, comme celle de Marie-Thérèse, sont d'un ton qui rappelle les Méditations sur l'Évangile. Ainsi, dans' ces œuvres d'apparat, et où Bossuet se sentait obligé à une certaine égalité de style, on trouve encore une étonnante variété.
Bossuet précepteur du Dauphin et historien. — Si Ton veut savoir comment Bossuet a compris son rôle et ses devoirs de précepteur, il faut lire la lettre latine qu'il adressait, le 8 mars 1679, au pape Innocent XI. Le programme comprenait : — l'étude de la religion, par la lecture commentée de récriture sainte, et l'histoire de l'Église; — celle du latin : grammaire, exercices, lecture d'auteurs, entre autres Virgile, Térence, César, Cicéron (remarquons ici que Bossuet ne fait pas lire à son élève les auteurs latins par parcelles, mais en entier, de suite, t étant certain, dit-il, que chaque endroit ne s'entend jamais clairement, et ne paraît avec toute sa beauté, qu'à celui qui a regardé tout l'ouvrage commaon regarde un édifice, et qui en a pris tout le dessein et toute l'idée »); — la géographie, où il fait une grande place à l'étude des mœurs ; — l'histoire, et surtout celle de la France. Bossuet préparait lui-même chaque leçon d'histoire, et l'exposait au Dauphin. « Nous lui en récitions de vive voix, dit-il, autant qu'il en pouvait facilement retenir; nous ne lui faisions répéter : il l'écrivait en français, et puis il le mettait en latin; cela lui servait de thème, et nous corrigions aussi soigneusement son français que son latin. Le samedi, il relisait tout d'une suite ce qu'il avait composé durant la semaine ; et, l'ouvrage croissant, nous l'avons divisé par livres, que nous lui faisions relire très souvent. » — Ajoutez à ces matières la philosophie, le droit romain, de l'histoire naturelle, de la physique et des mathématiques. — Pour remplir ce vaste programme, Bossuet n'était pas seul. M. de Montausier, gouverneur du Dauphin, lui avait adjoint des collaborateurs : Huet et Fleury, pour les lettres et l'histoire, et Blondel pour les sciences. Mais, sauf pour les sciences (encore étudia-t-il l'anatomie), Bossuet fit tout par lui-même ; il se remit à l'étude de la grammaire et des auteurs, rédigea des cours d'histoire qui témoignent pour le temps d'une sérieuse connaissance
ROSSUET ET LES PREDICATEURS 41/
(les sources, et il se trouva en mesure, cette éducation finie, do publier le Discours su?- l'Iiistoire universelle (1681). — La Politique tirée de l'Écriture sainte, le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même qu'il avait également écrits pour le Dauphin, parurent après sa mort, en 1709 et 1726. — Le résultat de ces efforts fut, on le sait, presque négatif. Le Dauphin avait l'esprit lourd et apathique, et semble avoir peu profité des leçons d'un tel précepteur (l).
Le Discours sur l'histoire universelle (1681) n'est qu'une partie du vaste cours d'histoire écrit par Bossuet pour le Dauphin ; la suite, annoncée dans la lettre à Innocent XI, et qui devait aller de Charlemagne au dix-septième siècle, n'a pas été rédigée : nous n'en possédons que des notes. — Le Discours (latin : discursus, exposé méthodique et suivi, sans aucun sens oratoire) embrasse les temps qui se sont écoulés, depuis la Création jusqu'à Charlemagne. Une première partie, intitulée les Epoques et divisée en douze chapitres, est un résumé chronologique et synchronique des principaux événements (2) ; — dans une deuxième, intitulée la Suite de la religion, Bossuet expose comment, depuis Moïse, la religion chrétienne est préparée, et comment tout, dans l'ancienne loi comme dans la nouvelle, aboutit par une suite ininterrompue au triomphe de l'Église ; — dans la troisième partie, les Empires, Bossuet étudie l'action de la Providence sur les grands empires de l'antiquité, et comment, absorbés l'un par l'autre, ces empires formèrent, sous le joug des Romains, l'unité nécessaire à la diffusion de l'Evangile. — Bossuet historien reste toujours, ne l'oublions pas, théologien et éducateur ; il le proclame lui-même au début et à la fin de son Discours. Mais, cette réserve faite, on ne peut nier la solidité de sa documentation, la puissance et la largeur de ses vues, la sûreté avec laquelle il a analysé la Bible, et caractérisé le peuple romain. Nous ne concevons plus l'histoire traitée de la sorte; mais nous devons rendre hommage à la loyauté et à la profondeur de Bossuet, qui, philosophe de
(1) Morceaux choisis, 1^' cycle, p. 185.
(2) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 412.
DES Granges. — Littérature. » Ki
41^ LinÉRATUKE FKANÇAISK
l'histoire, est, malgré la différence des moyens et du but, nii véritable précurseur de Montesquieu.
Nous n'avons pas à insister sur ia PolUiquc iirvr de l'Erri turv sainte j publiée seulement en 170U, cinq ans après la mort de l'auteur. C'est là <|ue Bossuel s'étaldit le théoricii^n du pouvoir absolu et du droit divin. (Ui parle beaucoup de cet ouvrage; on le lit [)eu. De là, quelques erreurs courantes à son sujet. Il faut seulement retenir qu'en fondant le pou voir des rois sur la religion, Bossuet leur impose biçn plutôt des devoirs qu'il ne leur reconnaît des droits. A cçux que la longueur de ce traité rebuterait, nous recommandons le sermon sur les Devoirs des rois ('166'2), qui en est une soVte de puissante esquisse.
Bossuet controversiste. — Nous avons déjà dit quelle place tient dans l'œuvre de Bossuet la controverse, c'est-à-dire ia polémique contre tous ceux qu'il considère comme des ennemis de la foi. Cette place est si importante, qu'on pourrait affirmer que tous ses ouvrages sont plus ou moins animés par la controverse, Bossuet étant toujours « sur la brèche ». Ainsi tel sermon ou telle oraison funèbre, quand on les regarde attentivement à leur date, sont des actes, et correspondent à tel mouvement de l'opinion ou à la publication de tel ouvrage, et Bossuet eût dit justement, comme Voltaire : « J'ai écrit pour agir (1). » Mais nous ne pouvons entrer dans cette étude détaillée, et nous nous bornons ici aux grands ouvrages de controverse.
1« Le Protestantisme. — Rappelons que le premier ouvrage imprimé de Bossuet est la Réfutation du catéchisme de Paul Fer ri (Metz, 1655). Plus tard, quand il travaille à la conversion de Turenne (1568-1669), Bossuet compose une Exposition 4e la foi catholique, qu'il publie en 1671. En 1682, c'est encore contre les protestants que Bossuet donne le Traité de la eomrmmiQn som les deux espèces. Enfin, en 1688, il publie
(1) Ai^si V Oraison Junèbre 4'jinne de Gc(niagiue (1685) e^t diffgçe contre les Libertins. La deuxième partie du Discours sur L'histoire universelle (1681) doit être lue surtout comme une réponse aux tentatives d'exégèse ra tionaliste de Richard Simon, dont Bossuet, en 1678, avait t;i\t supjrriiner l'ouvrage. L'Orat.son /"uné^c de Le /V/ùer (1686). devient, trc', iutér»'ssHJil.c, si l'on iioageque Bossuet préparait alors son Histoire des uariulioiis {lébSj,ctC'
BOSSUET ET LKS l'UKDK'.ATEURS 419
en deux volumes son HisTcitpiE des vARiAtîùNs tits églises PROTESTANTES, à laquelle il faitt joindre les six A'oorlùiiemenlii 1689-1691) et la Dé ferme de VHùtoire des variatiom (1091). Tout le monde est d'accord pour admirer la cofiscieffice et la sûreté avec lesquelles Bossuet a documenté &on histoire ; il y a travaillé plusieurs années, cherchant "par lui-même et par l'intermédiaire dé savants atoîs, tous les 'testes sur lesquels il voulait fonder son argttmëntaition (1). Et il suffit (l'ouvrir ces deux volumes, dans l'édition originale de 1688, pour être frappé de rabondatice des notes et renvois, tttis en manchette. Bossuet tenait essentiellement à tîèquê ses adversaires fussent obligés de s'incliner devant ses pireuvés matérielles; et, de faît, dans les polémiques qui s'engagèrent, on attaqua ses idées eft ses conclusions, et non pas ses documents ou sa méthode historique. — Quel est le but de Bossuet? C'est de prouver aux protestants, ^ar Un tableau des variations de leurs Églises depuis Luther, qu'il leur manque cette unité qui est le caractère fondamental de la véritable Kglise. La conclusion s'imposera, le retour au catholicisme, qui est seul en possession de Vunité dans la continuité. Si Bossuet n'est pas arrivé à ce but qu'il désirait passionnément atteindre (car dans cette discussion il est apôtre, et < il a plus d'amour que de haine »), il a laissé du moins une de ses oeuvres les plus profondes et les plus vivantes. — Dans les quinze livres qui la composent, il suit l'ordre historique, et l'on peut y signaler les passages suivants : Au livre P'', le portrait de Luther; au livre II, ses disputes avec Carlostmll <^ Zwinglp : au livre III, le portrait de Mélanchtou (2); au livre VII, les révolutions d'Angleterre, portrait de Henri VIll : au livre IX, le portrait de (lalvin..., etc. Tous ces personnages tout à fait distincts, admirablement plantés, agissent et (ronduisent, en quelquo sorte, le développement de la Kéforme. On finit par s'intéresser à ce qu'il y a de plus ardu dans la partie théologique de l'ouvrage, tant l'analyse des doctrines fait corps avec le récit et l'explique (3).
(1) Cf. A. PiHBF.Li.iAi', Bossurl kUtorien (luprotestnntùmr. Paris, 1891,
(2) Morceaux choisis, 2'" (•ycle, p. Wi.
(;i) Sur l'ensemble de rouMM^;e. \ï. V. Hkmh\, Cours ilr nil/rnUirr. Hos suet, p. 2f).
420 LITTÉRATURE FRANÇAISiî
2« Le Quiétism^. — Nous remettons au chapitre de Fénelon l'exposition de cette polémique; nous y citerons les œuvres des deux adversaires.
3<> Maximes et réflexions sur la comédie (1694). — Un religieux théatin, le P. Caffaro, avait écrit à Boursault une lettre que cet auteur avait publiée, sans signature, en tête d'une édition de son théâtre. Ce religieux soutenait que les anathèmes de l'Église contre la comédie ne pouvaient plus s'appliquer à celle du dix-septième siècle, devenue morale. Bossuet vit dans cette affirmation un système qui engageait l'autorité de l'Eglise, et il répondit au P. Caffaro par une brochure dont le ton nous paraît aujourd'hui trop violent, mais où l'on sent, une fois de plus, l'ardente conviction d'un prêtre qui ne croit point devoir, comme Fénelon dans sa Lettre à l'Académie y prendre des détours pour exposer et pour défendre la doctrine traditionnelle de l'Église (1).
40 La Défense de la tradition et des saints Pères, contre Richard Simon, le premier qui ait introduit l'exégèse dans l'étude de l'Ecriture sainte (publiée seulement en 1753) (2).
Autres ouvrages de Bossuet. — Nous ne pouvons même énumérer les nombreux ouvrages de Bossuet; mais il faut encore citer ceux qui prouvent l'étendue et la variété de son génie : les Méditations sur l'Évangile, et les Élévations sur 1rs Mystêi-es. Ces ouvrages furent écrits par Bossuet pour les religieuses de la Visitation de Meaux, en 1694 et 1695. lis ne furent publiés que par son neveu, l'abbé Bossuet, en 1727 et 1731 . Dans ces pages à la fois précises, sensées, et inspirées, apparaît, sous sa forme la plus achevée et la plus haute, le lyrisme de Bossuet (3). — En 1731, fut également publié son Traité de la Concupiscence, dont quelques pages atteignent au sublime (4). Enfin, il reste de Bossuet une vaste correspondance, des plus précieuses pour la connaissance de l'homme, qui y paraît avec sa droiture, sa loyauté, son dévouement absolu à ce qu'il estime être son devoir du moment.
(1) Voir l'édition des Maximes donnée par M. Gazier (Paris, Belin).
(2) Cf. Calvkt, Bossuet (Hatier), p. 593.
(3) Cf. Calvet, Bossuet (Hatier), pp. 534 et 545. Ci) Morceaux choisis, 2» cycle, p. 410.
BOSSUET ET LES PRÉDICATErRS 421
Ses plus bcUos lettres sont ses lettres de direction, écrites pour la plupart à des religieuses de son diocèse de Meaux (1).
Bossuet écrivain. — Nous avons déjà indiqué les sources et les éléments du style de Bossuet : l'Ecriture, les Pères, l'antiquité latine. Mais combien d'autres, à la même époque, ont fait les mêmes lectures, se sont nourris de la même moelle, et ne donnent, en aucune façon, l'impression du style de Bossuet. Toutes les définitions sont donc presque superflues : ('lies confondent Bossuet avec ses contemporains, loin de le distinguer. Ce que l'on peut dire de moins vague, quand on cherche à caractériser ce style, c'est qu'il satisfait pleinement ce besoin de propriété qui est notre première exigence, et qu'il est toujours, par conséquent, aussi naturel que varié; c'est encore qu'il est à la fois, dans le sens le plus profond du mot, celui d'un orateur et d'un poète. — Son vocabulaire est des plus riches; sa syntaxe suit le mouvement de la pensée; ses figures n'ont jamais l'air d'être plaquées ou ajoutées, mais sortent du fond même de son sujet. — A Bossuet, enfin, plus qu'à personne, s'applique la définition du style donnée par Buffon : « Bien penser, bien sentir, et })ien rendre. »
ni. — Bourdaloae (1632 1704).
Bossuet prêcha sa dernière station à la cour en 1669. Le jour même où il descendait de la chaire royale, le 25 décembre, Bourdaloue se faisait entendre à Paris pour la première fois, dans la chapelle de la maison professe des Jésuites. Dès ses débuts, il obtint un prodigieux succès. Aussi fut-il immédiatement appelé à la cour, pour l'Avent de
La Prédication à la cour. — Chaque année, pendant VAvent (de la Toussaint à Noël), pendant le Carême, et aux grandes
(1) Calvet, Bossuet (Hatier), p. aso. — Voir Touvrage de M. Tabbé Beli,o\. Bossuet directeur de conscience. Paris, 1896; — G. Lanson, Lettres choisies du dix-septième siècle, p. 39.3. — Correspondance de Bossuet, publiée par MM. Urbain etLévêque, dans la coUection des Grands écrii^ains de Ui France (Hachette).
't~Z LITTERATURE FRANÇAISE
fêtes comme l'Ascension, la Pentecôte, l'Assomption, la cour tout entière assistait à des sermons, dans la chapelle du château où elle résidait, (le Louvre, Saint -Germa in, Versailles,) — Louis XIV choisissait lui-même ses prédicateurs. A la fin de chaque Carême, le grand aumônier lui présentait une liste des sermonnaires les plus suivis. Le Roi examinait les noms et les titres, écoutait les recommandations, prêtait l'oreille aux bruits du dehors (1). Enfin, il désignait deux orateurs, l'un pour l'A vent, l'autre pour le Carême. Ceux-ci conservaient le titre de prédicateur duBoi (2) .
Succès de Bourdalotie. — U était d'usage de ne pas appeler plus de trois fois le même prédicateur à la cour. Bossuet y. prêcha quatre fois, le Carême en 1662 et en 1666, ot l'Avent en 1665 et 1669. Bourdaloue y revint jusqu'à dix fois. Il prêcha devant le Roi les Avents de 1670, 1684, 1686, 168Î), \mi et 1693 — et les Carêmes de 1672, 1674, 1675, 1680 et 1682. — Nous avons peine à nous expliquer que le dix-septi-ème siècle ait préféré Bourdaloue à Bossuet. Ce dernier occupe aujourd'hui si incontestablement le premier rang, qn'nn éprouve une véritable déception en constatant que "Bourdaloue obtint, comme sermonnaire, un succès beaucoup plus \if. Quelle explosion d'enthousiasme à l'apparition de Bourdaloue ! On le voit surtout par la correspondance de M"^*' de Sévigné. Ne disons pas que c'est là peut-être un caprice de goût de l'incomparable marquise. Car, avant d'avoir entendu Bourdaloue, elle ne fait que rapporter les bruits de la CA)ur et de la ville, les on dit : « Il passe toutes les merveilles passées... il prêche divinement... // semblait que personne n-eût eneure prêché! » Elle redouble d'admiration quand, ! devenue une de ses habituées, ^-Ue va en Bowdaloue. « Il m'a souvent été la respiration, dit-elle, par l'extrême attention avec laquelle on est pendue à la force et à la justesse de ses discoure; et je ne respirais que quand il lui plaisait i
(1) C'est aiosi que Louis XIV demanda un jour à Boileau : — « Qu'est^e ] 4pïic que ce P. Le Toumîën'x qui prêche à Paris, font, le monde y va. — Sire, répondit le satirique, on court toujours h la tiouveauté ; c'est tin préélcateur ^ qui prêche l'JÉvahgile. »
(2) Voir l'ouvrage de l'abbé Hi kel, les Orateurs sacrés à la cour de Iram XIV, 2 vol., Didier.
de tiuip. » Et ailleurs : •> Bon |)ieu, tout «si au-dessous <les louungps qu'il inérite ! m Elle admire bey,ucoup Boi^suet, mais jamais eUe n'en parle en ces terme^if. Il f^ut donc bien, encore une t'ois, admettra que le dU-Meptieitie siècle aprél^xé [^k sermons de Bourdaloue ^ o^mx de Bo^i^uet. Cette opinion est ji'ailleur^ confirmée par Voltaire:, qui dit (^Uçlei de Lùui^ -V/V'. ciiap. XXXII) : % Un des pi'emi^rs qui étaU dans la çWre une raison tpuJQurt^ éloiquenie, fut le P. Bp,ur4aloue, vers Ï66§... Qua^i.d Baur(ialpU€? parut, Bossuet ne passa plus pour le premier pr^iicateur. »
Raisoni^ (l^ ce suçoès. — Pour expliquèrent^ préférence, il y a des raisons très claires. La première, c'est que Bourda loue écrivait avec soin son discours d'un bout à l'autre, et le récitait avec beaucoup d'art. Il emportait même avec lui son manuscrit pour le consulter au besoin. De là, une grande sûreté de parole, aucune de ces négligences qui échappent dans l'improvisation à l'orateur le plus exercé. Or, l'auditoirç était très difficile squs ce rapport; il y avait là tous ('eu3f qui, la veille, fréquentaient claez M""® de Rambouillet, et qui applaudissaient Racine. Le goût, sous l'influence des Précieuses et des écrivains formée à leur école, s'était épuré jusqu'au raffinement.
D'autre part, Bourdaloue se place au niveau de ses auditeurs; au lieu de chercher à les entraîner avec lui, d'un élan, jusqu'aux suprêmes contemplations, U descend au milieu d'eux ; il leur dit : « Je vous connais ; voici quelles sont vos passions, quels §ont vos vices, vos travers, vos lâchetés... » Et il fait des portraits, il analyse les cœurs, il prend sur le vif l'existence du courtisan pour y opposer les leçons de l'Évangile. Or, qu'est-ce que la cour? un milieu où chacun se connaît, se critique, se dénigre. Inutile de décrire ce pays, après La Fontaine et La Bruyère.
Non pas, certes, que l'austère et vertueux jésuite ait jamais cherché la vaine gloire de ce monde. Il était convaincu qu'en mettant à nu les plaies de l'âme, en traçant, d'après son expérience de confesseur, des portraits fidèles et vivants de tous les vices, et en indiquant les moyens de panser ces plaies et de guérir ces passionij, il convertirait un
plus grand nombre de ses auditeurs. Est-ce sa faute si, au lieu de dégager et de s'appliquer à eux-mêmes la leçon morale qui était la conclusion de tout le sermon, les courtisans étaient à I affût des moindres allusions, et cherchaient un plaisir mondain, une satisfaction souvent haineuse, dans des paroles qui prétendaient ne leur enseigner que la charité et la vertu ? Toutefois, l'actualité vouhie tient une grande place chez Bourdaloue, comme nous le verrons en énumérant ses principaux sermons. M™« de Sévigné disait : € Il frappe comme un sourd... Sauve qui peut! » Parfois il fit scandale. Quelques-uns se récriaient contre des leçons qui semblaient les viser trop directement. Mais ce scandale même était une raison de succès..
Ce n'est pas tout, et ce qui nous gâte Bourdaloue le rendait plus admirable encore pour les auditeurs de 1670. Il raisonne toujours ; il raisonne trop, disons-nous. Rien pour l'imagination • rien pour le cœur. On ne sait en vérité si c'est là deréloquencu ou de la géométrie. Bourdaloue excelle à diviser un sermon ; il pousse même cet art si loin que ce qui devrait secourir lauditeur finit par l'embrouiller. La Bruyère, dans son chal.itre De la Chaire, et Fénelon, dans ses Dialogues sur l'éloquence et sa Lettre à l'Académie, font allusion à ce défaut de Bourdaloue. Or, dans la seconde koitié du dix-septième siècle, la raison était l'idéal de tous les esprits ; sous l'influence do Descartes, le sentiment lui avait peu à peu cédé la place. Mais raison et raisonnement sont différents et parfois contradictoires. Ce fat l'erreur des contemporains de Bourdaloue et d'Arnauld ; ils dirent le Grand Bourdaloue et le Grand Arnauld ; ils n'ont pas dit le Grand Bossuet, ni le Grand Racine.
Les Sermons de Bourdaloue. — Parmi ses meilleurs sermons, il faut citer : la Pensée de la mort, le Respect humain, V Ambition, le Devoir des pères (où il s'élève avec force contre les vocations imposées aux cadets de famille) (1), V Hypocrisie (discussion très intéressante de la question du Tartuffe, c'està-dire de l'opportunité d'attaquer au théâtre l'hypocrisie) (2),
(1) Morceaux choisis, 2" cycle, p. /i25.
(2) Morceaux choisis^ 2« c le, p. 421.
/Aiimônp, le Pardon des injtires, la Sévérité évangélique (où I ou voulut voir le portrait de M. de Tréville, capitaine des mousquetaires, qui venait de se retirer à Port-Royal), la Médisance (réponse 3lUX Provinciales), le Jugement dernier (l), les Divertissements du monde (2)^ la Restitution i^). En tout, nous avons de lui quatre-vingt-cinq sermons, dont le texte, publié après sa mort par le P. Bretonneau, n'offre pas d'absolues garanties d'authenticité.
W. — Autres Prédicateurs.
Fléchier (1632-1710), dabord professeur dans les collèges des Pères de la Doctrine chrétienne, se forma le goût à l'Hôtel de Rambouillet, à l'époque où la préciosité n'était plus guère qu'un défaut. Emmené en Auvergne par M. de Caumartin, comme précepteur de son fils, il assista aux séances des Grands-Jours d'Auvergne, en 1665. De là, son premier ouvrage, d'une lecture encore très piquante, Mémoires sur les Grands-Jours d'Auvergne (4). — A partir de 1670 environ, il se mit à prêcher, et il apporta dans la chaire un style délicat et raffiné, qui n'exclut ni la sûreté théologique ni la belle morale, mais qui devait charmer plutôt que convaincre et toucher.
Bien qu'il ait prêché deux stations à la cour, il est surtout resté célèbre comme auteur à' oraisons funèbres. Il en prononça sept, avec grand succès, à l'époque même où Bossuet triomphait dans ce genre ; et quelques-unes des siennes supportent encore la lecture. Les deux plus remarquables sont celle de la duchesse de Montausier (Julie d'Angennes, fille de M™« de Rambouillet) : c'est un document pour l'histoire de la préciosité (1672) (5), — et celle de Turenne (1676), dont on citera toujours quelques passages (6). — Fléchier a laissé une importante correspondance, qui fait le plus grand honneur à son
(1) Morceaux choisis, l»' cycle, p. 188.
(2) Morceaux choisis, l*"" cycle, p. 189.
(3) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 424. (!i Morceaux choisis, 2<' cycle, p. 438.
(5) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 4S6.
(6) Morceaux choisis, l»"^ cycle, p. 191} 2" cycle p. liiU.
426 UTTF.HATURE FtlANÇAtSE
oRprit et à son coeur (1). Il avait été nommé, en K}K\ MM^quo dé Lâvàur, et, en 1687, ér^qUè de Nîmes : dans cette dernière résidence, il fut uh administrateur zélé et charitable, à travers Ifes luttes des catholique^ et des protestâttts.
Mascaron (1634-1703) appartenait à la congrégation de TOratoire. Nous ne possédons plus ses sermons; maie il fut très célèbre comme prédicateur, et, à partir de 1667, il prêcha à la cour six carêmes et six avents. Il se distinguait en même temps dans l'oraison funèbre : en 1666, celle d'Anne d'Autriche fondait sa t-éptitatîbh (il est fâcheux que Toraison prononcée par Bossuet soit perdue : elle donnerait lieu à une comparaison intéressante). Les (Suivantes furent celles à' lion riette d'Anfflptn'i'p (et cette foie, on peut comjsarer, et sans doute l'avantage reste à Bossuet, mais oh ne réglette pas d'avoir lu Mascaron), du duc de Beanfort, de Ttireiïne, et du chancelier Sèguicr. Mascaron, par rapport aux dates où il a })arlé, est archaïque; il â dé l'enflure mêlée de subtilité. Mais il est né orateuf, etfeon éloquence a un toili* riattit-el et véhément. On dît que sa rude franchise déplaisait atix courtisans.
Massillon (1663-1742) appartient aussi à l'Oratoire, D'abord professeur dans les collèges de cette illustre congrégation, en particulier à Juilly, il se révéla orateur, et fut poussé, malgré lui, dit-on, vers la prédication. Il prêcha le carême à Montpellier, en 1698, et l'année suivante, à l'église de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré, à Paris. Appelé à la cour, il y prêcha l'avent de 1699 et les carêmes de 1701 et de 1704. Viennent ensuite ses oraisons funcbrcs du Prince de Cnnti (1711), (lu Dauphin (1711) et de LouU XIV (1715); l'exorde de ce dernier discours est toujours cité ; c'était un beau trait d'éloquence, et digne de Bossuet, que de commencer l'éloge de Louis le Grand par ces mots : « Dieu seul est grand, mes frères... » (2). — En 1718, alors qu'il venait d'être nommé évèque de Clermont, il fut chargé de prêcher le carême devant le jeune Louis XV; on appelle ce recueil de dijif Sermons 1p Petit Carême y pour le diàtinguei- dé son GrhrïH Ca
(\) t:f. (;. La-NSON, iMlres choisies du diof-septième sirrlc. |. (2) Morctaiut: rhôîsis, 2' cycl**, p. Wl.
bOSSlJRT ET LES PRÉDICATBUB8 4-2"/
icnœ (Ij. 11 se retira ensuite dans son diocèse de Clermont, (Hi, comme Rossuet à Meairx, il se consacra principalement .1 l'administration et à la direction.
Mass-illon a été considéré, par totis tes critiques du dix-hui I lème siècle, comme un des plus parfaits orateurs de la chaire. Voltaire, dans sa Liste des ècrivmns françuis, publiée <L la suite du Siècle de Louis XIV y le juge ainsi : « ... L<' prédicateur qui a. le mieux- connu lé monde; plus fleuri qur^ Bouïdaloue, plus agréable, et dont l'éloquence sent Thommc; (le cour, l'académicien et l'homme d'esprit; de plus, philosophe modéré et tolérant. » Nous avons là toutes les raisons du dix-huitième siècle, et Massillan eût peut-être désavoué cet éloge, corroboré par La Harpe et par d'Alembert: En effet, le dix-huitième siècle a loué Massillon d'avoir fait au dogme une place plus réduite, d'avoir substitué à la morale chrétienne celle des « honnêtes gens ».
Or, en dépit d'autorités comme celles de Nisard et de Brunetière qui répètent le jugement dé Voltaire, ce n'est pas l'impression qu'on éproiive à la lecture suivie des sermons de Massillon. Sa morale, très sévère d'ailleurs (comme le fait remarquer Brunetière), paraît inséparable du dogme. Ses sermons sur la Mort, sur la Passion de Jésus-Christ, sur l' Impénitence finale (à comparer avec celui de Bossuet) sont chrétiens au sens le plus complet du mot. Que dire de celui que l'on cite si fréquemment, le petit Nombre des élus ? Que signifierait le magnifique passage qui fit frémir d'admiration et de saisissement un auditoire de courtisans {Grand Dieu, où, so7it vos élus, et que reste- t-il pour votre partage?...) si l'on en supprime le fondement dogmatique (2)? — Il est vrai d'ailleurs que Massillon est plus fleuri et plus académique que Bossuet et que Bourdaloue. On l'a surnommé VIsocrate français. 11 sait, en effet, construire une période, couper un développement, balancer une comparaison, user de toutes les figures de mots et de pensées, comme le plus habile des rhéteurs. Cela ne va pas, cependant, jusqu'à le gâter. Il n'a pas moins de goût que d'art. Et ses pages choisies restent encore des modèles de la plus pure langue française.
(1) Morceaux choisis, 1" cycle, p. 194 ;2« cycle, p. W9.
(2) Morceaux clwisi», 2« cycle, p. 427.
428 UïTÉRATURE FRAJSÇAISE
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