‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 108 sur 323 · II. — Les liettrcs au dîx-septitvme sît^ele · texte numérisé non relu

II. — Les liettrcs au dîx-septitvme sît^ele

Conditions sociales qui favorisent l'art épistolaire. — Les progrès de la vie de société devaient singulièrement favoriser la manie d'écrire. A mesure que l'on sent mieux, dans la <;onversation, le prix des choses bien dites, on tient davantage à ne se présenter, dans les lettres mêmes, que par ses beaux côtés. Si l'on s'est fait, dans les salons de Paris, une réputation de bel .esprit, on craint qu'une lettre trop négligée, si elle est montrée, ne vous nuise; on sait, au contraire, qu'une lettre spirituelle fera parler de vous.

Mais ce n'est là qu'une raison de vanité, et qui peut dans une certaine mesure nuire au naturel de la lettre. Il y a mieux. La société polie affine les manières et aussi les sentiments. Tant de discussions galantes^ tant de recherche des nuances les plus délicates de l'amour, de l'amitié, de la jalousie, etc., n'aboutissent pas seulement à la métaphysique amoureuse des romans et à la psychologie des maximes et des portraits. Tout cela donne, surtout aux femmes, le goût et la métliode de l'analyse personnelle. On se plaira désormais à écrire des lettres, moins encore pour raconter ce qui se passe à la ville et à la cour, que pour exprimer finement ses pensées et dépeindre ses états d'âme. — La lecture de romans comme VAstrée et le Grand Cyrm, celle des ouvrages de morale et de théologie, — l'audition des sermons, — et de pièces de théâtre où la psychologie tient tant de place, contribuent à donner aux lettres un caractère de vérité intime.

D'un autre côté, ces irrands seigneurs et ces grandes dames veulent, éloignés de Paris, ne pas perdre contact avec la ville et la cour, ou savoir, s'ils restent à Paris ou à Versailles, les nouvelles de la province, Point de journaux

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qui suppléent pour eux à la vue directe des choses, ou à ces nouvelles colportées dans les cercles bien informés. Aussi s'écriront-ils « tout ce qui se passe ». Et ces correspondances, si curieuses d'abord par leurs analyses psychologiques, sont en même temps d'incomparables documents iiistoriques.

Quelques « épistoliers » célèbres. — Nous ne pouvons nous ;irrèter ici à toutes les correspondances du dix-septième siècle, qui ont été publiées. Mais il est bon que l'on sache combien sont nombreux les recueils de lettres du temps, (>n dehors et à, côté des lettres de M""*^ de Sévigné ; — et nous ne parlons que des lettres dignes d'être étudiées au triple point de vue historique, psychologique et littéraire.

D'abord, presque tous les grands écrivains ont laissé des lettres, où l'on a l'heureuse surprise de retrouver l'homme au lieu de l'auteur. Nous avons signalé au passage celles de Racine, de Boileau, de Bossuet, etc. Mais, souvent, des écrivains de second ou de troisième ordre sont meilleurs dans leurs lettres que dans leurs ouvrages : ainsi Saint-Évremond, Patru, Maucroix, Guy Patîn, etc. C'est surtout dans le « monde », qu'il faut chercher des « épistoliers » vraiment originaux : M"^^ de Montausier (fille de M"^« de Rambouillet), Mme [)£ Sablé, U^^ de Maure, M"^*^ de Schomberg (M"^^ de Hautefort), M^e de Scudéry (femme de Georges de Scudéry; ne pas la confondre avec sa belle-sœur, l'auteur (lu Grand Cyrus); M""*' de la Fayette. Et pour ne point citer que des femmes : le marquis de Feuquières, le comte de Gttilleragues, l'abbé de Cuoisy, etc.(l). On ne saurait croire tout ce qu'il y a d'esprit, de délicatesse, d'émotion, — et combien on trouve de renseignements curieux, — dans ces diverses correspondances. Société, religion, goûts, passions, opinions littéraires, comment le monde comprenait Corneille, Racine, La Fontaine, et quels ouvrages il admirait, qui sont oubliés, et quels il méconnaissait, que nous admirons, — tout cela, c'est surtout dans ces mémoires intimes

(i) Do tous ces personnages, on lira des lettres, acoompaguées de notices, dans le Clioix de lettres du dix-septième siècle, de M. Lanson. Nous parlerons de Blssy-Rabutin, à propos (je M™« de Spvignû.

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et quotidiens que nous le découvrons. L'âme et la pensée d'un grand siècle vivent encore dans les lettres.

Arrêtons-nous maintenant à celle de ces femmes du monde qui a le mieux écrit, et à qui il a fallu vraiment du génie pour qu'elle nous semble supérieure à tant d'éminentes rivales.

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