I.c Roman ct'avoiilures
Il faut d'abord citer Gomberville dont le Polexandre (1632) eut un succès retentissant, justifié par une grande variété dans les descriptions; puis Desmarets de Saint-Sorlin, qui publia V Ariane (1632).
Mais le maître du genre, le Dumas père du dix-septième siècle, est La Calprenède (1609-1663), dont on ne connaît plus guère le nom que par les railleries de Boileau. Outre plusieurs pièces de théâtre, La Calprenède publia des romans de cape et d'épée, dont il emprunta le sujet à l'histoire. Cassandre (1642-1645, 10 vol.) a pour héros Alexandre le Grand, le Scythe Oroondate et la princesse Statira, fille de Darius. L'enchevêtrement des faits historiques et du romanesque y est assez ingénieux. Plus célèbre encore fut Cléopàtre (1647, 12 vol.), reine d'Egypte, aimée de Juba, prince de Mauritanie; c'est là que paraît le fameux Artaban, dont la fierté est restée proverbiale. On a signalé la parenté tout à fait authentique des héros de La Calprenède avec ceux de Corneille; c'est la même conception de l'amour fondé sur l'estime, et de la volonté triomphante. La société du temps les confondit dans une admiration commune. M™<= de Sévigné revenait souvent à La Calprenède; et le dix-huitième siècle le connaissait encore.
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Le Roman liérOïqùe et préeleltx.
M"« de Scudéry. — Madeleine de Scudéry (1608-1701), qui devint une des plus illustres précieuses, et dont les samedis continuèrent, en l'altérant, rinfluenec des réunions de la Chambre bleue, entreprit, avec son frère Georges, une série de romans, dont le succès dépassa celui de t;)us les précédents. Les sujets sont tirés de l'histoire : celle de la Turquie [Ibrahim ou l'Illustre Bassa, lG41), de la Perse antique [Arlamène ou le Grand Cyrus 1G48), de la Home des rois [Clélie, IGC^), etc. Il est probable que les aventures, les coups d'épée, les batailles, etc., sont la part de Georges, le capitan « à la fertile plume ». Les analyses de caractères, les dissertations morales, toute la partie psychologique, celle qui fit surtout le succès et qui constitue l'originalité de ces romans, est de Madeleine» « De cette collaboration sortit une œuvre vraiment curieuse sous sa double apparence : quelque chose, toute proportion gardée, comme un roman de Dumas père, revu par Paul Bourget (1). »
Le plus célèbre de ces romans est le Grand Cyrus. Cyrus, fils de Cambyse, sous le nom à!Artamène, est amoureux de Mandane, lille du roi des Mèdes. Il la dispute à ses ravisseurs, et conquiert l'Asie pour la retrouver et l'épouser. Nous sommes lort choqués aujourd'hui des anachronismes de mœurs et de sentiments que présente le Grand Cyrus; et de cela justement les contemporains furent charmés, parce que W^" de Scudéry n'avait pas du tout prétendu peindre les anciens. On sait, depuis que Victor Cousin a retrouvé la clef du Grand Cyrus, que, dans les personnages de ce roman, M"^ de Scudéry a voulu représenter la société de son temps. Cyrus, c'est le Grand Condé; Mandane, M'"^ de Longueville; on y retrouve également presque tous les habitués de l'Hôtel de Rambouillet et des samedis, jusqu'à M^^^ de Scudéry ellemême sous le nom de Sapho. Ces caractères sont bien tracés, avec une application un peu laborieuse et diffuse ; mais les traits psychologiques devaient être à la fois fort exacts et
(1) p. MouiLLOT, le Roman en France, Masson, 1892, p. 81.
MÎS LETTRES, — LILS MÉMOIRES. — LES ROMANS 475
très délicats, pour que les originaux eux-mêmes s'y soient reconnus sans déplaisir.
Clêlie est encore un roman à clef (M""« Scarron, la future M'"« de Maintenon, y paraît sous les traits de la vertueuse Lyriane). C'est là que figure la fameuse Carie du Tendre. Il y faut voir un agréable et très ingénieux badinage, devant lequel il est tout à fait ridicule de s'indigner.- Lisez cette carte, comme une analyse des différentes sortes d'amour ou de tendre. Trois villes portent ce nom de Tendre: Tendre sur Estime, Tendre sur Reconnaissance, Tendre sur Inclination; les routes qui y conduisent sont jalonnées de villages, qui forment comme autant d'étapes. Si l'on arrive très vite à Tendre sur Inclination, le chemin est plus difficile et plus long vers Tendre sur Estime. Et vraiment, quand on sait l'interpréter et la dégager du jargon galant, cette carte est bien celle d'un pays où l'on n'a point fait de nouvelles découvertes. Transposée dans le ton tragique, la Cai^te du Tendre se retrouve tout entière chez Corneille et chez Racine.
Ces romans héroïques et précieux eurent un succès mondain exagéré sans doute; mais c'était du moins une littérature distinguée, morale, qui fait honneur par sa psychologie à la société qui l'a inspirée et qui s'y est reconnue.
Le Roman réaliste.
Le dix-septième siècle a connu tous les genres de romans. Nous avons déjà cité ceux de Ch. Sorel, en réaction contre VAstrée.
Il faut y ajouter les -deux ouvrages de Cyrano de Bergerac (1619-1655): V Histoire comique des États et empires de la lune, et V Histoire comique des Etats et empires du soleil, œuvres moitié sérieuses, moitié burlesques, d'une audace et d'une truculence qui font songer à Rabelais et à Swift. Le cadre seul est fantaisiste ; par les détails des mœurs et par le style, nous nous rapprochons du réalisme.
Et pendant que Ton se délectait aux belles inventions de La Calprenède et aux raffinements de M'^^ de Scudéry,
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Scarron (1610-1660) publiait le Roman comique (1651), histoire véridique d'une troupe de comédiens ambulants et de provinciaux ridicules. Les principaux personnages sont Destin, Léandre, La Rancune, comédiens; L'Étoile, La Caverne et Angélique, comédiennes; le poète Roquebrune; l'avocat Ragotin; M. de la Baguenodière, gentilhomme campagnard. Tous ces individus, aux caractères tranchés, aux ridicules grotesques, s'agitent au milieu de descriptions d'un pittoresque à la Téniers. o
Furetière (1620-ir>88). célèbre surtout par la publication de son Dictionnaire y ne doit pas être confondu ;ivec les Gigotesqiies du dix-septième siècle. Il fut l'ami. des plus- grands classiques, Boileau, Molière, La Fontaine, Racine. Son Roman bourgeois (1666) est aussi une revanche spirituelle contre les excès du roman héroïque et précieux. L'intrigue se passe dans le monde des procureurs et des avocats, du quartier Maubert. Le réalisme en est moyen, c'est-à-dire excellent, relevé par une pointe de satire; c'est le ton piquant du Repas ridicule et du Lutrin. On le lit encore avec intérêt.