‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 122 sur 323 · I.e Roman psycholoiçiqiie · texte numérisé non relu

I.e Roman psycholoiçiqiie

M'"e de la Fayette (1634-1693). — 11 est peu de femmes plus sympathiques, dans ce dix-septième siècle qui en compte de si distinguées et de si aimables, que M"^e de la Fayette. A une instruction aussi solide que celle de M"^*^ de Sévigné, à une haute vertu, elle joint un charme mélancolique particulièrement attrayant pour nous. Dans son salon, elle reçut l'élite de la société aristocratique et intellectuelle : Condé, M"i« de Sévigné, La Fontaine, La Rochefoucauld ; à ce dernier, elle inspira des doutes salutaires sur la sévérité exagérée de ses Maximes, et elle pouvait dire, quand elle eut obtenu qu'il adoucît sa morale : « Il m'a donné son esprit, mais j'ai réformé son cœur. »

M'"^ de la Fayette a d'abord publié une nouvelle^ intitulée 3/"(- de Montpènsier (1662), récit dont l'intérêt repose déjà tout entier sur une méprise de l'amour. Puis, en 1670, ce fut Zayde. Là, les aventures romanesques tiennent t^op de place.

LES LETTRES. — I.KS MK.MdlUF.-. — I.KS ROMANS 47/

Mais plusieurs passages y trahissent un réel talent d'analyse, sans fadeur et sans préciosité. Enfin, en 1677, M'"'' de la Fayette publie, sous le nom de Segrais, la Princesse de C lèves.

Ce qui frappe le plus dans ce petit chef-d'œuvre, c'en est d'abord la brièveté. M"« de Scudéry menait ses héros jusqu'au dixième volume : deux cents pages suffisent à M»"^ de la Fayette. De plus, on trouve dans ce roman la même simplicité d'action que dans une tragédie de Racine. C'est une crise d'âme, et le genre d'amour qui y est analysé est de la passion et non de la galanterie.

En voici le sujet : M"^ de Chartres a épousé le prince de Clèves, pour qui elle n'a que de « l'estime ». La princesse est uniB femme très vertueuse et qui se croit sûre d'elle-même. Cependant le duc de Nemours, avec qui elle danse au Louvre, fait sur son âme une impression qui la trouble ; et Nemours cherche toutes les occasions de lui déclarer son amour. La princesse, qui se sent envahir par une passion involontaire, prend le parti héroïque de tout avouer à son mari et de lui demander protection contre ce péril. M. de Clèves admire la vertu de sa femme ; mais il meurt bientôt de cet aveu et de l'involontaire jalousie qui le ronge. La princesse, après sa mort, refuse d'épouser Nemours et se retire dans un couvent.

11 faut lire ce petit roman pour en sentir le charme pénétrant et la beauté morale. Le style en est exquis.

Les Contes de Perrault. — Enfin, il faut faire une place dans la littérature française aux Contes que publia Charles Perrault en 1697. — Ce Perrault est le dernier de quatre frères dont le second, Claude, est le célèbre architecte de la colonnade du Louvre (1). C'est Charles Perrault qui souleva, à l'Académie française, le fameux débat sur les anciens et les modernes. 11 publia d'abord des vers dans différents recueils à la mode, et donna ainsi les Souhaits ridicules et Peau d'âne. Puis il laissa la poésie pour la prose, et fit pa-

(1) Claude Perrault était d'abord médecin. Boileau a conté son histoire au début du quatrième chant de YArt poétique : « ... De mauvais médecin devint bon architecte ». — Voir ivoire éditiqn de Boi^au (Hatier, 1913), p. ^129,

raître séparément, puis réunit en 1697 les Contes, sous le nom de son fils, âgé de dix ans. Qui ne connaît le Petit Chaperon rourje, la Belle au hois dormant, etc.? — Ces contes n'ont pas été inventés par Perrault. Ils couraient de bouche en bouche, et font partie du folklore universel. Mais c'est une singulière fortune pour Perrault que de les avoir pour ainsi dire fixés dans une forme définitive, et d'y avoir pour toujours attaché son nom.

BIBLIOGRAPHIE

M"" DE SiîviGNÉ, édition A. Rlomer, Il vol. {CoJection des grands écrivains de la France). Hachette, 1862-66. '

Walckenaer, Mémoires sur la Vie et les œuvres de J/"" de Sévigné. Paris, 1842-52, 5 vol.

G. BoissiER, A/"" de Sévigné (Collection des grands écrivains français). Hachette, 1887.

Ém. FA(iUET, Dix-septième siècle. Lecène.

F. HiÎMON, Cours de littérature; M'""* de Sévigné. Dclagrave. Éditions classiques de M™' de Sévigné : Régnier (Hachette), Marcou

(Dclagrave), etc.

M"* DE Mainte.non, Extraits^ par Jacquinet (Belin); Gréard (Hachette).

Geffroy, M""^ de Maintenon, d'après sa correspondance authentique. 2 vol., Hachette, 1887.

Gréard, l'Éducation des femmes par les femmes. Hachette.

Saint-Simon, Œuvres, éd. Chéruei- (Hachette), 28 vol.; éd. des Grands Écrivains de la Frano'^ par M. de Boislisle (Hachette), en cours de publication.

G. BoissiER, Saint-Simon (Collection des grands écrivains français). Hachette.

De Lanneau, Scènes et portraits de Saint-Simon. Hachette, 2 vol,

Sur le roman : Victor Cousin, la Société française au X VU" siècle, 2 vol. — P. MoRiLLOT, le Roman en France de i6iO jusqu'à nos jours. Masson, 1892. — A. Le Breton,/^ Roman au XV II'' siècle, 1890. — P. Morillot, Scarron et le genre burlesque, 1888.

D'IIaussonville, M^'' de La Fayette (Collection des grands écrivains français). Hachette, 1881.

Éditions : Scarron, le Roman comique, éd. V. Fournel, 1857. — FuRETiÈRE, le Roman bourgeois, éd. Fournior, 1854. — M"' de la Fayette, la Princesse de Clèves, éd. de Lescure, 1881.

Page 1