III. — Bernardin de 8aînt-Pîerre
Vie. — Bernardin de Saint-Pierre, né au Havre, fut successivement officier, ingénieur, puis simple voyageur. Ses fonctions, ou son caprice, lui firent visiter les pays les plus divers, la Russie, l'Allemagne, l'île de Malte, l'île de France; il connut ainsi des régions très opposées, et comme il avait l'œil d'un observateur et d'un artiste, il rapporta de ses voyages moins des remarques sur les mœurs, comme un Montaigne ou un Montesquieu, que des esquisses ou des croquis d'après nature. En 1771, il se lia avec Rousseau, dont il devint le disciple préféré. Sous la Révolution, il fut intendant du Jardin des Plantes et membre de l'Institut; l'Empire le combla de faveurs et de pensions. C'était un égoïste, et presque un « faux bonhomme » : ses romans idylliques pourraient donner de lui une idée très inexacte. A soixante-trois ans, il se remaria avec une toute jeune fille, qui devint, après sa mort, M°^« Aimé-Martin. De là le culte attendri et un peu ridicule que ce critique avait voué à sa mémoire.
Œuvres. — Il publia d'abord, en 1773, le Voyage à l'île de France, sous forme de lettres; son talent descriptif s'y annonce. — Puis, les Études de la nature (1784), où il développe contre les athées les preuves de l'existence de Dieu tirées du monde extérieur. La thèse y est parfois très faible; Bernardin n'est pas un philosophe ; mais la plupart des tableaux ont de la précision, de la couleur et du relief. Il est difficile de voir d'un œil plus exercé et plus sûr les formes et les nuances des choses. — En 1787, il donne Paul et Virginie, idylle dont l'action et les caractères sont aussi vrais et aussi touchants que le cadre en est magnifique et réel. Cette action se réduit, comme dans presque tous les chefsd'œuvre, à presque rien : deux enfants, qui vivent ensemble depuis le berceau, s'aiment; après une séparation, ils vont se revoir et s'épouser, quand une catastrophe anéantit leur