‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 193 sur 323 · I. — Sous la Révolution · texte numérisé non relu

I. — Sous la Révolution

1^ La Tragédie. — La première date du théâtre tragique révolutionnaire est 1789, avec le Charles IX de M.-J. .Chénier, « tragédie historique », plaidoyer en faveur de la liberté et (le la tolérance, qui faillit mettre aux prises le parterre et les loges. Il n'y a guère que des discours dans Charles IX; mais ce sont précisément les tirades de Coligny, de Guise et de L'ilospital qui excitaient des applaudissements ou des protestations. A l'acte IV, une belle scène, qui devait fournir à Scribe pour les Huguenots la célèbre bénédiction des poignards. — Chénier donna ensuite, et toujours avec grand succès, Ilcîiri F/// (1791), Calas (1191), Gracchus {\1S)2) , où se trouve le mot : « des lois et non du sang! », et Fénelon ou les religieuses de Cambrai (1793), pièce intéressante à étudier pour l'histoire de la renommée de Fénelon au dix-huitième siècle. Son Tibère fut joué seulement en 1844 (1).

A. Arnault (1766-1834) écrivit 7>/arws à Minturnes (1791), où il atteint une mâle simplicité, et quelques autres tragédies, dont la plus originale, romantique par quelques parties, est Blanche de Montcassin ou les Vénitiens (1798). Mais Arnault vivra surtout par ses Fables (1812), où se trouve la célèbre petite pièce de la Feuille.

NÉPOMUCÈNE Lemekcier (1771-1840), tempérament original et parfois novateur, triompha dans la tragédie avec son Aga-

(1) M.-J. Chénier (1764-1811) fut membre de la Convention, des Cinq Cents, du Tribuuat. Il devint, sous l'Empire, inspecteur général de l'Université, composa encore plusieurs tragédies, que la censure arrêta, et écrivit un Tableau de la littérature frinçaise de 1789 à 1808, qui est un curieux document de la critique pseudo-classique. Accusé d'avoir laissé périr son frère André, il lépoudii au public par sa belle épître sur la Calomnie {1906). {Morceaux chinsis, 2'- cycle, p.. H61.)

memnon (1797), qui supporte encore la lecturCj et dans le drame historique avec J-'into (1801), où le mélange des genres est opéré avec une certaine sûreté de main, qui annonce plutôt, d'ailleurSj A. Duval et Scribe, que Dumas père et V. Hugo(l).

Ducis continue à donner des adaptations de" Shakespeare {Othello, 1792), et fait jouer, en 1795, lîne pièce à sujet oriental, Abut'ar^ qui est sa production la plus originale.

2° La Comédie. — Ici, la première date devrait être le Mariage de Figaro (1784) : nous en avons parlé plus haut. 11 nous reste à signaler /e Philinte de Molière, de Fabre d'Eglantine(1791), inspiré par J.-J. Rousseau. Philinte n'y est plus le philosophe aimable, l'homme du monde indulgent, que nous croyons voir dans le Misanthrope ; c'est l'aristocrate égoïste et borné, qui ne se réveille de son apathie que lorsque son propre intérêt est en cause; Alceste est l'ami de tout le monde, le précurseur, le vengeur; et il y a là wn avocat qui prend la scène du Théâtre-Français pour la tribune de la Constituante.

CoLLiN d'Harleville (1755 1806) représente^ au contraire, l'aimable et spirituelle comédie classique. Il est, avec moins de force et de verve, un héritier de Regnard, de Piron et de Gresset. Ses meilleures pièces, joliment versifiées, et qui reposaient le public des comédies-pamphlets, sont l'Optimiste (1788) et le Vieux Célibataire (1792).

Mais comment définir et classer maintenant une foule de pièces de circonstance, productions éphémères et bruyantes, les unes courageuses comme l'Ami des lois, de Laya (1793); les autres destinées à flatter les passions populaires, comme les Virtimes cloîtrées, de Monvel (1791) ; les autres à la fois bouffonnes et politiques, comme Madame Angot ou la Poissarde parvenue, de Maillot (1796), dont les suites ont duré jusqu'à nous; ou la série des Cadet- Boussel, par Aude; celle des Nicodème, etc. ? 11 y a là une immense quantité de vaudevilles, de farces, d'à-propos, qui constituent la partie vivante et vraiment aristôphanesque du théâtre de la Révohition, où toutes les actualités sont saisies, où l'audace est effrénée, et

(1) Lemercicr a composé «q vasJe poème, la PanhypociHsiiJuie, mêlé d'épopée et de satire (1819)» dont quelques morceaux ont de l'éclat et de la force. 11 fut disgracié sous 1 Empire.

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