EN DANDY
D'après un dessin d'Eugène Lami
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(1830). Vint ensuite \e Spectacle dam un fauteuil (1832), comprenant la Coupe et les Lèvres, A quoi rêvent les jeunes filles, Namouna. — Tous les vers écrits de 1829 à 1835 formèrent le recueil des Premières poésies.
A partir de 1835, Musset publie dans la Revue des Deux- Mondes ses plus beaux morceaux : les Stances à la Malibran, les Nuits, la Lettre à Lamartine, l'Espoir en Dieu, etc., qui forment le recueil des Poésies nouvelles (1836-1852). Il donnait en même temps des nouvelles, des comédies, un roman autobiographique : la Confession d'un enfant du siècle.
Reçu â l'Académie française en 1852, il mourut prématurément en 1857.
Les chefs-d'œuvre de Musset, dans les différents genres lyriques, sont : — Rolla (1833), poème sans composition précise, mais qui contient des morceaux éloquents, quoique un peu gâtés par l'abus de la rhétorique; les Nuits : la Niiit de mai (1835), la N^uit de décembre (183^), la Nuit d'août (1836), la Nuit d'octobre (1837). Les plus belles sont la première et la dernière :
Nuit de mai : Une passion trahie laisse au cœur du poète la . avec qui il dinlogue, l'invite à
LA l'UÉSIE LVHiyUË AU DIX-NliUVIKMK SlÈCLfc; 7^!.»
reprendre sa lyre; il ne veut plus chanter; c'est en vain que la Muse énumère tous les thèmes sur lesquels pourrait s'exercer son inspiration; il refuse toujours. Alors la Muse lui dit: Hien ne nous rend si grand qu'une grande douleur... Et : Les plus désespérés sont les clianls les plus beaux. Elle lui l'appelle kl légende du pélican qui se frappe le cœur pour nourrir ses petits avec son sang... Mais le poète termine par un dernier refus; sa douleur est trop récente (1), — Nuit d'octobre : Le poète semble consolé; il accueille la Muse avec joie, et il est tout prêt à lui raconter l'histoire de cet amour d'hier, dont il se croit guéri. Mais il s'anime au souvenir de cette trahison; il éclate en reproches passionnés. La Muse le calme, et lui apprend le prix de la douleur : L'homme est un apprenti, la douleur est son maître; Et nul ne .<ie connaît tant nu' il n'a pas &a^fffr^t.. Le poète se calme par degrés, et part avec la Muse pour chanter le réveil de la nature. Cette Nuit d'octobre est un véritable drame, chef-d'œuvre de composition et de psychologie (2).
La Lettre à Lamartine (1836) est une magnifique profession de foi spiritualiste (3). Elle se complète par l'Espoir en Dieu (1838) (4) et le Souvenir (1841). — Dans les Stances à la Malibran (1836), Musset pleure la mort d'ime grande artiste, qui a donné sa vie pour son art, — Dans le délicieux badinage in-' titulé : Sur trois marches de marbre rose (1840) (5), il est étouraissant d'esprit et de virtuosité. — Citons encore : Une Soirée perdue (1840) (6), qui contient un éloge de Molière, devenu si justement célèbre ; le Saule (7); Silvia (8), etc.
Musset n'est qu'à demi romantique. Sans doute, il a écrit les Contes d'Espagne et d'Italie, les Marrons du feu, etc. ; mai» son roiiianiisme est d'un espiègle plein de talent, qui s'amuse à ramasser l'instrument d'autrui, et à en jouer pour mystifier le public. Peut-être, d'ailleurs, Musset se laissait-il prendre à son propre jeu; peut-être la Ballade à la lune, la Coupe et les Lèvres^ Holla, lui paraissaient-ils des chefs-d'œuvre, quand une crise terrible vint, le secouer. Alors, adieu la c couleur
(1) Morceaux choisis, 2" cycle, p. 970. — (2) Morceaux choisis, 2® cycle, p. 974. — (3) Id., l"' cycle, u. Ukl. - (U) Ici., 2« cycle, p. 976. — (5) M, 2° cycle, p. 980. — (6) Id., 2" cycle, p. 978. — (7) hi., ï" cycle, p. i\i\V>. — (8) /c/.,'l'^^ cycle, p. 448.
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locale », le pastiche, l'airioui* de mélodrame, la déclamation. «..Ah! frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie! » Musset ne pense plus qu'à chanter son désespoir, ses douleurs, ses souvenirs. Il est devenu le plus grand poète de l'amour sincère et trompé. La crise passée, il n'est plus romantique du tout, pas même comme Lamartine, dont il se rapprochait dans les Nuits, l'Espoir en Dieu et le Souvenir. Il devient un poète presque classique, avant tout spirituel, d'une sensibilité discrète, un héritier de La Fontaine (1) et de Marivaux. Il écrit sur le romantisme les ironiques et cruelles lettres de Dupuis et Colonel. Les critiques classiques, comme Nisard, le tirent à eux; et il est possible qu'un jour on le classe à part, comme un poète tout à fait indépendant (2).
Les poètes secondaires. — On peut encore citer quelques poètes lyriques de cette période (1815-1850) : — CasMir De- LAViGNE (1793-1843). Nous signalons ailleurs ses drames et ses comédies. Poète lyrique, il acquit une grande réputation par ses Messéniennes (1815-1822), odes politiques inspirées par des actualités {Waterloo, la Dévastation du Musée) ou par l'histoire [Jeanne d'Arc). Cette poésie, toujours sincère et généreuse, nous paraît aujourd'hui manquer d'envolée et de style. Mais les contemporains plaçaient C. Delavigne à côté de Lamartine. — BÉRANGER (1780-1857) dut à des chansons la popularité et la gloire. Libéral sous la Restauration, il chanta les soldats de l'Empire avec émotion et persifla le pouvoir avec esprit. Ses chansons, qui paraissaient dans les journaux, et couraient les salons et les cafés, formèrent successivement trois recueils, en 1815, 1821 et en 1833. Bien qu'elles aient beaucoup perdu, puisque Vallusion en faisait presque tout le prix, quelques-unes survivent à leur succès d'actualité : la Sainte- Alliance, le Vieux Drapeau, la Bonne Vieille (3), les flirondelles, le Vieux Sergent (4), etc. — Emile Deschami'S (1791-1871) a réuni ses principales poésies dans ses Études françaises et étrangères (1828), dont la préface est un excel-
(1) Morceaux choisis, V cycle, p. kUH.
(2) Sur le théâtre de Musset, cf. p. 825.
(3) Morceaii.v choisis, 1*' cycle, p. 458. ('i) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 991.
J.A POÉSIF T.YRinUE AIÎ DIX-NKUVFKME SIÈCr.K 801
lont (locuniont pour l'histoire critique dû romantisme (l).
Auguste Brizeux (1806-1858), le plus distingué de nos « poètes du terroir », a chanté la Bretagne en vers harmonieux; c'est un disciple de Lamartine, dont il a certaines qualités de fond et de forme. Mais, même dans son meilleur poème, Marie (1836), il ne rappelle que d'assez loin l'auteur de Jocelyn. On lui doit aussi les Bretons (1845), les Histoires poétiques (1855), et une traduction de la Divine Comédie de Dante (1853). — Auguste Barbier (1805-1882). 11 y a peu d'exemples dans l'histoire de la poésie, d'une renommée aussi vite conquise et aussi mal soutenue. En 1830, Barbier publia plusieurs pièces satiriques inspirées par la Révolution de juillet : la Curée, le Lion, Quatre-vingt-treize, la Popularité, Napoléon, etc.; il les réunit en un volume sous le titre de ïambes. Le succès fut immédiat et retentissant. Mais Barbier eut beau publier par la suite d'autres poèmes, le public y resta indifférent, et ne voulut jamais le connaître que comme auteur de ces vers politiques et moraux, d'une venue superbe, d'un accent irrité et éloquent, d'un style nerveux, violent, imagé, dont la hardiesse va parfois jusqu'au cynisme (2).
Victor de Laprade (1812-1883). — Laprade est le plus distingué des imitateurs de Lamartine. S'il n'a pas le même génie, son idéalisme est plus pur et sa morale est plus ferme. Mais il manque de variété, et, dans son œuvre considérable, on retiendra surtout quelques pièces d'un mouvement heureux, et d'une forte pensée, telles que la Mort d'un chêne, les Hautes cimes, etc. Ses principaux recueils sont : Psyché i\M\)y Poèmes évangéliques (1852), les Symphonies (1855), etc. On lui doit aussi plusieurs ouvrages en prose, dont les plus originaux sont consacrés à des questions de pédagogie.