‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 201 sur 323 · IV. — Le Symbolisme · texte numérisé non relu

IV. — Le Symbolisme

L'histoire de l'art se compose d'une suite de réactions. Après le Romantisme, le Parnasse ; après les Parnassiens, les Symbolistes. Ceux-ci non seulement accusent Th. Gautier, Leconte de Lisle, J.-M. de Heredia, d'être trop matérialistes, et d'attacher à Ict forme un prix excessif; m.ais les Sully Prud homme

(1) Cf. f). m■^.

(2) Morceaux choisis, p. 138'i.

LA POKSJK LYKlQlL£Ai; I)1X-NK[! VIKMF. SIKCLF l'.l

et les Coppéo leur paraissent eîe^aiement étouifer la ])oiisfc (ju le sentiment sous la lourdeur et sous la précision du vers.

Pour Paul Verlaine (1844-1890), la poésie n'est plus qu'une musique), imprécise, aux rimes capricieuses, sans « composition », «ans « éloquence ». Verlaine était poète de race, et sa sensibilité maladive, qui va du cynisme inconscient à la plus suave religiosité mystique, lui a inspiré- quelques morceaux admirables dans ses Poèmes saturniens, ses Romances sans paroles, et surtout dans Sagesse (1).

Stéphane Mallarmé (1842-1898) fut un poète délicat et raffiné, attiré par le mystère des idées, et qui, par horreur de la banalité, est souvent obscur et presque inintelligible. II voulait non pas analyser ou décrire, mais seulement suggérer, et il procédait par évocations et par allusions. Ses meilleures pièces, à la fois exquises et .claires, sont V Après-midi d'un faune, les Fenêtres, YAzw\ .

Mais les nombreux disciples qui se groupèrent autour de lui, et qui. n'avaient pour la plupart ni son intelligence pénétrante, ni sa connaissance approfondie de la langue française, poussèrent ses doctrines jusqu'à l'exagération. Sous prétexte de donner au vers plus de souplesse, ils lui ôtèrent son rythme et sa musique, et leur poésie ressemble souvent à une prose alambiquée, découpée par un artifice typographique en lignes inégales. Par crainte de la banalité, ils tombèrent dans une obscurité d'autant plus irritante que sous ces voiles mystérieux on ne trouve que le vide. Leur vocabulaire est aussi imprécis que celui d'un étranger qui saurait mal notre langue, et leur syntaxe défie la logique et le bon sens. On constate d'ailleurs qu'un certain nombre de poètes symbolistes sont d'origine exotique, et c'est leur excuse.

Mais, parmi les disciples et les successeurs de Mallarmé, quelques poètes d'un réel talent surent tirer de cette nouvelle poétique des effets aouveaux, et combiner avec la précision parnassienne la musicale liberté de Verlaine.

Bien que les vers de M. Francis Jammes ressemblent souvent à de la prose, on ne peut refuser au poète de V Angélus de Vaube à V Angélus du soir et des Géorgiques chrétiennes, un

I Moiceau.v rlioisis, 2'- c)c\r. p. 1000.

810 LUTÉRATURE F&ANÇAlSË ,,

exquis .s('iitiiii(3iit do Ui nature et le don d'évoqu«r par des mots à la fois simples et rares des impressions très personnelles et très humaines. ^

Il faut reconnaître un grand talent, très personnel, à un poète comme Jean Moréas (1856-1910), dont les Syries (1834), les Cantilènes (1886), les Stances (1899), nous ramènent souvent à la pureté d'André Chénier. Nous citerons encore Maurice Maeterlinck, Ephraïm Mikhaël, Rimbaud, Rodenbach, Emile Verhaeren.

Mais l'exemple le plus achevé dun parnassien qui a su emprunter au symbolisme quelques procédés et quelques rythmes, est celui de M. Henki de Régnier (né en 1864). D'abord trop épris du vers libre, et cependant toujours clair, H. de Régnier est arrivé à fondre de la façon la plus habile ce qu'il y avait de meilleur dans les deux écoles. Une pièce comme le Vase peut passer pour le chef-d œuvre du genre. Les principaux recueils de H. dé Régnier sont : Les jeux rustiques et divins (1897), Les médailles d'argile (1900), La Sandale ailée (1907).

BIBLIOGRAPHIE

Les œuvres des poètes, indiquées à leur date dans ce chapitre. Nous recommandons tout particulièrement la lecture de leurs Préfaces, où ils se sont définis eux-mêmes le plus souvent d'une manière si heureuse, que la critique n'a fait que les démarquer.

K. Brunetière, VÈvolutîon de la poésie lyrique au dix-neuvième siècle, Paris, 1895, où l'on trouvera, en tête de chaque chapitre, l'indication des principaux travaux consacrés aux différentes écoles.

Parmi les recueils publics, à l'usage des élèves, on peut signaler : Victor Hugo, Extraits (poésie, prose, théâtre), 3 vol. Delagravc — - Lamartine, Œuvres choisies, par R. Waltz, 2 vol. Hachette. — A. DE Vigny, Œuvres choisies, Delagrave.

IJ. DouMic, Lamartine. Hachette, 1912.

K BiRÉ, Victor Hugo avant 1830, — après i830, — après 1852 4 vol. Didier, 1883-181)4.

E. RiGAL, V. Hugo poêle épique. Hachette, UlOO.

F. Brunetière, V.Hugo (Leçons faites à l'Ecole Normale). 2 vol. Hachette 1902.

E. DupuY, AIL de Vigny. CoHn, 1912.

A. Barine, Alf. de Musset. Hachette, 1893. M. DU Camp, Th. Gautier. Hachette, 1890. J. Vianey, Les sources de Leconle de Lisle. Coulet, 1907. A. PoizAT, Le Symbolisme. La Renaissance du livre, 1919. A. Van Bever et P. Léautaud, Poètes d'aujourd'hui. 2 vol. Mercure de France, 1918.

? /' (jLt^U*— *»'*-- '^•~ ^ ''<-^A-

SOMMAIRE

1° Le Drame romantique est une combinaison du mélodrame et de la tragédie histoîHque. — La théoHe en e^t exposée par V. Hugo dans la Préface de Cromivell (1827) : abandon des unités, mélange des genres, union dit sublime et du grotesque, versification plus libre.

2° Victor Hugo donne Cromwell {\9,2% Marion Delorme {i829), Hernani (1830), etc. Les Burgraves (1843) n'obtiennent qu'un demisuccès ; V. Hugo renonce au théâtre. — Ses drames sont assez faibles par l'action et par les caractères ; ils se rachètent par la poésie.

3' Dumas père fait jouer, en 1829, Henri III et sa cour, drame historique en prose. Puis il verse de plus en plus dans le mélodrame.

4" A. de Vigny imite Dumas dans ta Maréchale d'Ancre (1831), mais est plus original dans Chatterton (1835), drame passionnel ♦•! pièce à thèse. Il a le premier donné une traduction intégrale & Othello

5" A. de Musset ne destinait pas à la scène ses Comédies et Prorerbe.i, qui furent écrits sans souci des conventions théâtrales, mais ([ui se trouvèrent plus dramatiques, au vrai sens du mot. que les pièces de Hugo. Ces comédies offrent le plus piquant mélange de vérité et de fantaisie.

6^ Une réaction classique se produit en 1842 avec la Lucrèce de Ponsard; mais elle dure peu, et Ponsard lui-même aboutit au drame hlsiorique (Charlotte Corday) et à la comédie bourgeoise {l'Honneur el l'argent).

7" Vers la fin du siècle, on revient au drame en vers, de forme romantique, avec les pièces de F. Coppék et (h' J. Richepin.

Page 1