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III. Les Philosopher

Sdus le premier Empire, la philosopliic cbt encore rhéritièi*e du dix-huitième siècle. Les plus illustres successeurs de Condiilac et de Condorcet sont : BestuU de Tracy (1754-1830, Éléments d'idè(il.ogie)] — Lar^miguière (1756-1837), pi-ofesseur à la Sorbonne en 1811 et 1812 ; dont les Lecotis de phUosopfne furent, jusqu'à Victor Cousin, la base de l'enseignement dajis les lycées et collèges; — Cabanis (1757-1808), médecin, qui }>oussa jusqu'au matérialisme le seimuedùme de Condill*c, dans son Ti-uité du physique et du moral de l'homme (180S); •— Lamarek (1744-1820), qui s'est posé dans sa Phil&sophie zoologique (1809) comme l'inventeur de la théorie du transformisme, reprise par Darwin.

La réaction commence avec Makie de Biran (176I&-1824), qui réunit autour de lui des disciples et des amis comme Ampère, Cuvicr, Royer-CoUard, Cousin, Guiz<)t, et qui^at le fondateur des nouvellcs-métluxlos ou métaphysique et|en psychologie.

« Il est notre maître à tous », disait de lui Royer-Collard. — Royer-Collard (1763-1845), comme professeur à la Sorbonne, de 1811 à 1814, adopta et enseigna la philosophie écossaise do Th. Reid, et continua Maine de Biran; il fut de bonne heure absorbé par la politique, mais ir laissait des élèves comme Cousin, Jouffroy et Damiron.

Victor Cousin (1792-1867). - Élève de l'École normale eu. 1810, maître de conférences à cette école en 1812 et 1813, Cousin entre à la Sorbonne en 1815. comme suppléant de Royer-Collard. Jusqu'en 1820, il y professe, avec un éclatant succès. A la métaphysique de Maine de Biran, à la philosophie écossaise importée par Royer-Collard, il joint une connaissance personnelle de la philosophie allemande. Son cours est suspendu en 1820. Alors Cousin s'applique à des éditions et à des traductions (Descartes, Platon), et il voyage en Allemagne, où il est arrêté comme suspect, et incarcéré pendant six mois. En 1828, la parole lui est rendue, et son cours de Sorbonne attire de nouveau des auditeurs et des disciples enthousiastes. Après 1830, il est 'comme Yillemain et Guizot, ses illustres collègues, détourné de son enseignement par la politique. Il devient directeur de l'École normale, pair de France et ministre : et il essaie d'organiser et de discipliner l'enseignement de la philosophie dans l'Université. Comme la plupart de ceux que 1830 avait appelés à la vie politique, le coup d'Etat de 1851 le rejette dans la vie privée. C'est pour Cousin une retraite fructueuse. 11 écrit alors ses études sur les femmes illustres du dix-septième siècle.

Les ouvrages principaux de V. Cousin sont : ses Cours de J Philosophie et d'histoire de la philosophie (publiés en 1836, 1840, 1841 etc.), 7)« Vrai, du Beau et du Bien (1846, refondu en 1853) (1) ; Jacqueline Pascal (1844), J/»"^ de Longueville (1852) (2) ; i)/™« de Sablé (1854), iM^^ de Chevreuse (1855), J/"« de Haute fort (1856), la Société française au dix-septième siècle d'après le Graiid Cyrus (\S^).

Philosophe, V. Cousin s'inspire d'abord de Kant et de Hegel ; il veut baser son système sur la métaphysique. Puis il admet

(1) Morceaux choisis, l*' cycle, p. 5'il; 2» cycle, p. 1100.

(2) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 1103.

LE MOUVEMEiNT RELIGIEUX ET PHILOSUPUIQUE 84ii

une part de vérité dans toute philosophie, et à chacune d'elles il emprunte les parties qui peuvent se coordonner; il arrijk:e ainsi à V éclectisme (choix), doctrine qui serait une synthèse ingénieuse de tout ce qu'il y a de meilleur dans les systèmes anciens et modernes. Cousin créait ainsi une philosophie française, spiritualiste, tolérante, un peu va^ue, qui convenait à l'enseignement et au grand public. Il faisait, et par définition même, une large place à V histoire ; et il a déterminé parmi ses successeurs, qui ne peuvent tous être appelés ses disciples, une utile curiosité pour l'étude des doctrines considérées dans leur milieu et à leur moment.

Quelques-uns lui en ont voulu, comme à Villemain, et lui un veulent encore d'avoir été éloquent et grand écrivain. Peut-être a-t-il trop cédé à son goût pour l'amplification : mais son influence, bonne à son heure, vint en grande partie de son talent oratoire. Quant à ses études littéraires sur le dix-septième siècle, elles ont conservé leur prix.

Jouffroy (1796-1842) est un des plus illustres disciples de V. Cousin. En 1828, il fut nommé professeur à la Faculté des lettres ; en 1830, maître de conférences à l'École normale et, en 1832, professeur au Collège de France. En même temps que ses cours, d'une forme élégante et vigoureuse, il publiait de nombreux articles, surtout au Globe, articles réunis dans ses Mélanges philosophiques (1833), où l'on peut signaler particulièrement ceux intitulés : Comment les dogmes finissent, et la Grèce. Jouffroy avait subi, pendant qu'il était élève à l'École normale, une crise contraire à celle de Lacordaire ; de la foi, il était arrivé au scepticisme, et il avait conservé de cette évolution un douloureux souvenir, la philosophie n'ayant jamais pu remplacer pour lui la certitude perdue. Aussi apparaît-il comme un mélancolique, presque comme le Musset de la philosophie (1).

Jules Simon (1814-1896), qui fut suppléant de Cousin à la Sorbonne, se montre, dans ses livres essentiels [le Devoir, la Liberté de conscience, la liberté civile, etc.), comme un moraliste et un spiritualiste. Il fut saisi de bonne heure par la

(1) Morceaux choisis, 2«' cycle, p. 1107.

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politique, où il apporta toutes les ressources et toutes les subtilités d'un esprit à la fois très souple et très droit.

On peut également rattacher à l'école de Cousin, Garnier (1801-1864), successeur de Jouffroy à la Sorbonne; — Saisset (1814-1863), professeur à l'École normale et à la Sorbonne; — Ravaisson (1813-1900), célèbre à la fois par ses travaux sur Aristote et sur l'archéologie grecque; — Paul Janet (1823- 1899), professeur à la Sorbonne, qui rajeunit l'éclectisme de Cousin; — E. Caro (1826-1887), qui enseigna avec éclat à la Sorbonne, où sa parole élégante et large attirait le grand public. Caro est peut-être meilleur critique {la Fin du dixhuitième siècle, George Sand) que philosophe {l'Idée de Dieu, le Matérialisme et la Science).

Les philosophes socialistes. -— Saint-Simon (1760-1825) est célèbre pour avoir fondé une sorte de secte, le Saint-Simonisme, (|ui attira ;i elle, au moins momentanément, des esprits très distingués, épris de justice et de solidarité sociale.

Fourier (1772-1837) invente à son tour une forme plus populaire du socialisme, fondée sur la communauté des biens. — Proudhon (1809-1865) est surtout resté célèbre par une brochure intitulée : Qu'est-ce que la propriété? k cette question J'autcur répondait : « La propriété, c'est le vol. »

Le positivisme. —- Auguste Comte (1798-1857) marque la réuA;tion contre la philosophie spiritualiste. Dans son Cours de philosophie positive (1842), il fonde le positivisme, qu'il ne faut pas confondre avec le matérialisme ou Vathéisme. Auguste Comte invite le philosophe à délaisser la métaphysique, V inconnaissable, pour s'appliquer à l'étude des phènoinènes et des faits, au moyen de la science expérimentale : c'est pour lui le seul moyeu de poser d'une manière solide et définitive les éléments des grands problèmes dont nous cherchons prématurément la solution.

A Auguste Comte sg rattache E. Littré (1801-1881), un des plus grands « philologues » et savants des temps modernes. On connaît surtout son Dictionnaire. Mais sa philosophie se trouve contenue dans la Science au point de vue philosophique (1873), sans compter un grand nombre d'articles importants publiés dans la Jievue de philosophie positive.

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S(»us rinflueiice d'Augusic. ('(niitc, Tainc rnril, eu ]s:»r», ses philosophes au dix-neuvième siècle, ouvrage dans lequel il bat en brèche Téclectisme de Cousin, et qui fit scandale en son temps.

Parmi les philosophes, on peut ranger également : E. Renan, que nous étudions nu chapitro des historiens, et qui contribua surtout à nous initier aux doctrhies ;\\\o.mandes.

Quant à ceux qui représentent le mouvement philosophique contemporain, nous devons nous borner à citer les noms de Vacherot {Histoire critique de l' école d'Alexandrie, 1846- 51), de RENOWiERi Essai de critique générale, 4 vol., 1854-64), du PÈRE Gratry (1805-1872), de l'Oratoire {les Sophistes et la Critique, 1864), et ceux de MM. Liard, Brochard. Boutroux, Bergson, etc., qui, par leurs travaux et leur enseignement, maintiennent au premier rang la philosophie française.

BIBLIOGRAPHIE

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Lamennais, Œuvres cmnplètes, 1844.

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D'Haussonville, Lacordaire (dans les Grands Écrivains français). Hachette, 1895.

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