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LE MOUVEMENT RELIGIEUX ET PHILOSOPHIOUK

Rome, afin d'obtenir l'autorisation de rétablir en France l'Ordre des Dominicains ou Frères Prêcheurs. Il reparut dans la chaire de Notre-Dame de Paris en 1841, dans sa ro])e de moine, et fut chargé d'abord d'y prêcher VAvpnt (pendant que le P. de Ravignan y prêchait le Carême); puis, de 1848 à 1851, il reprit ses conférences du Carême. En 1847, il prononça V Oraison funèbre du général /)rowo/(l). Enl848, il avait été nommé député à l'Assemblée nationale ; mais il donna bientôt sa démission. Après une série de conférences à Toulouse en 1854, il se voua tout entie^ à l'éducation de la jeunesse. Enfermé à Sorèze, dans le Tarn, il ne voulut plus rien connaître des dangereux triomphes de la parole publique. 11 ét^nvit seulement ses Lettres à un jeune homme sur la vie chrétienne (1857) et sa Vie de sainte Marie- Madeleine (1860). Il

entra à l'Académie française en 1861 ; il succédait à Tocqueville et fut reçu par Guizot. Il mourut la même année, à Sorèze.

Les conférences de Lacordaire, au nombre de soixante-treize, développent les vérités chrétiennes suivant un plan qui n'.'i,

Lacordaire en IS'il.

D'après un portrait peint par Théodore Chassériau (1819-1856).

(1) Morceaux rhni.ns, l*-"- c\e.\o, p. r>.S8; 2" cvcIp, p. 1093.

8i2 r.ITTKRATUUE PRANÇAISF,

lieu (lo ])i'oprt'mciil Uiéologiquc ou dogmatique. L'originalité du prédicateur (et c'est la raison de son succès auprès de la jeunesse active et pensante de 1835 à 1851) consiste à suivre en quelque sorte l'évolution d'une âme qui, du doute sincère, s'élève par degrés jusqu'à la foi. Comme on l'a dit très justement (1), c'est l'histoire même de son âme à lui et de sa conversion, qui devient le plan de son argumentation. Aussi, quoiqu'il nous paraisse aujourd'hui trop oratoire, au sens même défavorable du mot, est-il d'une sincérité touchante. Il a donné à ses auditeurs les preuves qui lui avaient suffi et qui le soutenaient encore. Et ces preuves avaient un incontestable mérite (Vaclmdité; elles ramenaient sans cesse ces auditeurs de bonne foi, encore tourmentés par le doute, à la valeur sociale et humaine du christianisme ; elles continuaient, avec plus d'autorité, l'action de Chateaubriand; et l'évolution actuelle du christianisme démontre que, dépouillés de leur forme démodée, ces arguments ont conservé quelque valeur (2).

La conférence de Lacordaire est un ccedre très large, où l'orateur introduit aisément des digressions politiques et historiques. Le ton en est très varié; il va de la simple et familière causerie au lyrisme romantique ; la voix et le geste de l'orateur ajoutaient à son éloquence un inoubliable prestige. Mais l'exemple était difficile à suivre. Et si Ton peut signaler, dans l'ordre des Dominicains, quelques illustres prédicateurs, tels que le P. Didon et le P. Monsabré, combien d'autres ont été les médiocres imitateurs d'un illustre maître.

Autres Prédicateurs.* — Parallèlement à l'éloquence romantique de Lacordaire, se développait celle du P. de Ravignan, jésuite, qui semblait s'être formé par l'étude de Bourdaloue et de Frayssinous. Ravignan, comme Lacordaire, eut une vocation tardive. Né en 1795, il fut d'abord magistrat. II était substitut à Paris quand, en 1822, il entra à Saint-Sulpice, et de là chez les jésuites. II prêcha le Carême à Notre-Dame de 1837 à 1846, et de 1849 à 1857. Sa manière était plus simple

(1) Cf. d'Hal'SSOIWille, Lacm^daîrc ; et A. Cahen, Histoire de la JAtt/ratxire française (Julleville, CoUn), t. VU, p. 576.

(2) Morceaux choisis, 2" cycle, p, lOM.

Ll<: WUL'VKMFJNi REUGIËU-X. ET PUa,ÙSOPHly LFE 84^^

(jUu ci3llc do Lacordaire, plus unie, plus distinguée. Mais à la Icctui-e, il reste encore moins de son éloquence.

Jls'- DuPANLoup (1802-1878), évéque d'Orléans, se distingua comme prédicateur et comme orateur politique. Il unissait la véhémence de l'apôtre à la délicatesse d'expression d'un parfait humaniste. Il restera surtout célèbre par ses ouvrages de pédagogie, dont on peut discuter les idées, mais qui prouvent autant de compétence que de généreuses intentions : De r Éducation (3 vol., 1851), la ^"emme studieuse (1863), Lettres sur V éducation des filles (1879).

L'Église protestante s'honore également d'un grand nombre d'excellents prédicateurs, p^rmi lesquels on peut citer : AtUaoas^ Coquerel (1795-1868), qui prêcha d'abord à Amsterdam, puis, de 1832 jusqu'à sa mort, à Paris. Ses sermons, remarquables par leur élévation morale et leur onction, ont été publiés en 8 volumes (1819-1852). — Adolphe Monod (1802- 1856), qui est plus véhément; il unit à la logique du raisonnement une imagination toute biblique. Ses sermons forment 4 volumes (185G).

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