CHAPITRE VII LA CRITIQUE AU DIX NEUVIÈME SIÈCLE
SOMMAIRE
1" La critique se renouvelle au dix-neuvième siècle sous l'influence de Chateaubriand, de M'"« de Staël, de la presse littéraire, etc.
2" Villemain, dans ses cours de la Sorbonne (1816-1830), inaugure la critique historique et comparée.
Z" Sainte-Beuve fait « l'histoire naturelle » des esprits. Dans les Lundis, Port-Royal, les Portraits littéraires, il excelle à définir et à analyser les écrivains replacés à leur date.
4" Saint-Marc Girardin fait plutôt de la critique morale; — Nisakd donne une préférence exclusive au dix-septième siècle, comme ayant seul exprimé « des idées générales dans un langage parfait » ; — Taine exagère la méthode de Sainte-Beuve jusqu'au système : il considère les œuvres comme la manifestation d'une race, à un certain moment, dans un certain milieu; — en critique dramatique, F. Sarcey se distingue par l'examen des pièces au point de vue exclusif de l'art théâtral; — - F. Bkunetière essaye d'appliquer la science à la critique, et invente la théorie de l'évolution des genres : il est orateur.
5" Parmi les contemporains : J. Lemaitre donne des impressions toujours fines et appuyées sur des principes à la fois esthétiques et moraux; — É. Faguet excelle à reconstituer les écrivains et lés penseurs par l'analyse et par la synthèse.
6 Écrivains scientifiques : Cuvier, Ampère, Arago, Claude Bernard, Pasteur sont tous remarquables par leur sincérité et par le naturel avec lequel ils ont exprimé leurs idées ou leurs sentiments.
Renouvellement de la Critique au dix-neuvième siècle. — Sous des influences que nous avons déterminées plus haut, soit en définissant le romantisme, soit à propos de Chateaubriand et de M°»* de Staël, la Critique sous la Restauration se renou-
velle en même temps que la société. Aucun autre genre ne représente plus complètement, par définition même, les tendances multiples et diverses d'une époque. Quand on a lu les œuvres, il faut, pour en saisir la signification relative, lire les critiques. Ces critiques, nous avons la déplorable habitude de les consulter pour savoir « ce que nous devons penser » de Chateaubriand ou de Victor Hugo, de Musset ou de George Sand; nous y cherchons « des jugements tout faits ». Ce qu'il faut leur demander, c'est de nous apprendre comment la société où ils vivaient et pour laquelle ils écrivaient, a compris, admiré, méconnu tel de ces grands esprits, dont l'œuvre nous sollicite aujourd'hui par des qualités alors inaperçues, ou nous choque par des défauts qui passaient alors pour des qualités. Bref, il faut étudier les critiques à leur date et dans leur milieu, moins encore pour nous < former le goût » que pour nous exercer le jugement.
C'est d'abord dans la presse littéraire delà Restauration que la critique naît et se développe, en particulier dans le journal le Globe, fondé en 1824 par P. Dubois; là se distinguent par des articles fermes et clairvoyants quelques esprits solides, un peu froids, que d'autres ti^avaux ou que la politique absorbèrent bientôt (1). Parmi lès rédacteurs du Globe, seul le jeune Sainte-Beuve devait arriver à une pla<îe éminente dans la critique. — Autour du Globe et après lui, signalons une foule de petits journaux littéraires {la Minerve, le Lycée français, etc.), le feuilleton des grands journaux {les Débatsn;:. le Constitutionnel, la Quotidienne, etc.), et les grandes revues {Revue française fondée en 1828, Revue des Deux-Mondes fondée en 1829, Revue de Paris fondée en 1829), etc.
Cependant, l'enseignement universitaire, démentant les reproches et les plaisanteries dont l'école romantique l'accnblait étourdiment, prenait la direction de ce renouvellement de la critique, et, par la voix éloquente de Villemain, entrnînait le grand public.
(1) Entre autres : Duvergier de Hauranne (1798-1881), Ch. de Rémusai (1797-1875), Ch. Magnin {ll9'i-lS62), J.-J. Ampère {l8Wi-lS6'4), etc.. (voir notre Pres.sr Utié.raire snns la Restauration).
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