‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 219 sur 323 · Villemmii (1790 18B · texte numérisé non relu

Villemmii (1790 18B

Abel François Villemain fut célèbre dès ses débuts. En 1812, il obtint leprix d'éloquence à l'Académie française avec son Éloge de Montaigne : en 1814, il fut couronné de nouveau pour un DUcours sur la cri(i»fue, dont il lut des fra^?ments dans la séance publique du 21 avril 1814, à laquelle assistaient les souverains alliés ; en 1816, troisième couronne, avec VÉloge de Montesquieu. Aussi fut-il membre de l'Académie française dès 1821, à trente et un ans; il devait par la suite en devenir secrétaire pcrj)étuel (1834) et publier une longue série de rapports annuels. Il entra à la Faculté des lettres, d'abord pour suppléer Guizot dans la chaire d'histoire, puis comme titulaire de la chaire à' éloquence (1816), où il professa jusqu'en 1830. Son succès fut immense; un public nombreux et fidèle, composé à la fois d'étudiants et de gens du monde, suivait ses cours avec une so^te de passion ; les journaux en publiaient des comptes rendus. C'est qu'il axait une parole souple, spirituelle, s'élevant sîms effort jusqu'à l'éloquence. A partir de 1827 (après qu'il eut été rayé du Conseil d'État pour être intervenu contre le projet relatif à la censure), il se plaisait à exciter les applaudissements par des allusions politiques, toujours très discrète^, mais toujours comprises. Il ne publia, de ses nombreux coui^, que le Tableau de la littérature française au moyen à le (2 vol.) et le Tableau de la littérature française au dix-huitième siècle (4 vol.). Après 1830, il fut deux fois ministre de l'Instruction publique, et prit une part active dans la Chambre des Pairs à toutes les discussions relatives à renseignement. Comme secrétaire perpétuel de l'Académie française, il continuait à montrer la plus intelligente activité, et, après 1848, il se consacra tout entier à des travaux de critique et d'histoire. C'eçt alors qu'il écrit : Souvenirs d'histoire et de littérature^ Études sur In littétatfre contemporaine. Essai sur le génie de Pindare, etc.

Villemain fut en son temps l'initiateur de la critique historique. Aug. Thierry juge ainsi ses cours : « Là, je trouvais dans sa plus haute perfection l'alliance de la critique et de l'histoire, la peinture des momrs avec l'appréciation des

La ciuTiyui': au jjix-jneuvibmé; biECLi; Siii

idées, le caractère des hoiimies.et le caractère do leurs œuvres, l'influence réciproque du siècle et de iéerivain. Cette double vue, reproduite sous une multitude de ïovmes, élève Vhisloire Littéraire à toute la dignité de l'histoire sociale, et en fait comme une science nouvelle dont \ illemain est le créateur (1). » — Rien ne nous semble aujourd'hui plus naturel et plus indispensable que de mêler â nos études littéraires la biographie, l'histoire, et la comparaisqn avec les littératures étrangères ; c'était alors une innovatiob. Ainsi, dans son Moyen âge, Villemain, qui vulgarise le premier les études de Haynouard, de Sismondi, de Fauriel, et qui les discute avec une très vive intelligence, tente ô'ex/jli4uer les œuvres par le pays, la civilisation, les mœurs et le^s idées. Il passe de la Provence à l'Italie où il étudie Dante (4^ et 12« leçons) et Pétrarque [13^ leçon), pour y chercher lèis influences et la réaction ; de mêmfikfiî'nous transporte en ^spagne, où il analyse le Romnncef^ {W leçon). Tout cela estj peut-être légèrement rapide et superficiel ; mais c'est intelligent; les citations sont nombreuses et bien choisies ; les détail^ de mœurs et d'histoire, précis. On comprend; on sent s'éveiller en soi la curiosité et la sympathie. — Cette méthode est appliquée avec plus de sûreté et de force dans le Tabreau du dix-huitié}ne siècle. Là, combien de beîfes leçons sur la société, les pjiilosophes et les ])oètes de TAngleterre {h*^, 64 7^^, 2(>, 27" leçons, etc.), sur la littérature italienne (40° lemn). Villemain s'y montre vraiment un disciple éminent deM™^ de Staël (2).

Rien de plus injuste que le dédain dans\ lequel est tombé Villemain. Sans doute, il a été trop « éloquebt », il a eu trop de goût naturel pour la phrase et pour le trait. Mais déga g<^ons ses idées d'une forme un i)eu surannée, nous le louerons d'avoir imprimé à la critique, et surtout du haut de la chaire, un mouvement décisif vers la relativi\é ci le cosmopolitisme.

Parmi les contemporains de Villemain, et ses collègues à la Faculté des lettres, n'oublions pas : Fauriel (1772-1844), qui occupa la chaire de littérature étrangère, et qui est un

{W llrcU.s (li's Icmpa imh'oriiiyints. Préf.-icc (iK'iO).-

(2) Morceaux clivisis, 1"' cycle, p. ^197 ;2« cycle, p. lll-'l.

des esprits critiques les plus sûrs et les plus scientifiques de son temps; il eut pour successeur Ozanam (1813-1853), non moins érudit, et dont l'enseignement eut plus d'éclat oratoire.

IL — Sainte-Beuve (1804-1869).

Vie. — Charles-Augustin de Sainte-Beuve est né à Boulogne-sur-Mer, en 1804. A l'âge de quatorze ans, il vint continuer ses études à Paris, et il y obtint des succès brillants ; il lui en est resté un fonds d'humanisme très solide, du goût pour le grec, et l'art de faire jaillir à propos la citation latine, et aussi peut-être une certaine rhétorique trop ondoyante et souple, qui parfois tient de la sophistique. — De 1824 à 1827, Sainte-Beuve suit les cours de l'École de médecine ; là, il prend l'habitude de la recherche scientifique, de l'analogie, et de ce positivisme d'esprit qui lui fera transformer la critique en une sorte d' « histoire naturelle ». — Cependant son ancien professeur, Dubois, avait fondé le journal le Globe, en 1824; il y appelle Sainte-Beuve, qui rédige d'abord de courts articles signés S. B., mais qui, dès 1827, en devient un des plus importants collaborateurs. Un article sur les Odes et Ballades (janvier 1827) le met en rapport avec Victor Hugo. Admis dans le Cénacle, il se croit poète, et publie en 1829 : Vie^ poésies et pensées de Joseph Delorme, et, en 1830, les Consolations. Mais il restait surtout un critique : en 1828, il avait donné le Tableau de la poésie française au seizième siècle, recueil de morceaux parus dans le Globe : là, il cherchait des ancêtres aux romantiques, et par delà le classicisme, il les .rattachait à la Pléiade.

A la même époque, il subissait une crise religieuse; mais bientôt, du catholicisme déjà suspect de Lamennais, il passait au saint-simonisme où il ne devait pas s'attarder davantage. En 1834, il publie un roman : Volupté. En 1837-1838, il fait, à Lausanne, un cours public sur Port-Royal, devant un auditoire protestant auquel il parvient à expliquer l'âme janséniste. La poésie le séduit encore : il donne, en 1837, les Pensées d'août. Nommé en 1840 bibliothécaire à la Mazarine,

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