‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 223 sur 323 · V. - Taîne · texte numérisé non relu

V. - Taîne

Élève de l'École normale, profevsseur de philosophie, Taine quitta de bonne heur.e l'Université, où la hardiesse de ses idées lui créait dos difficultés. Il venait de publier sa thèse de doctorat sur La Fontaine (1853), [qu'il remania pour en faire le charmant et vigoureux ouvrage intitulé : La Fontaine et ses Fables (18(J0)] (1). Il donna ensuite : Essai sur Tite-Live (1855) , Histoire de la littérature anglaise (1863) ; Voyage en Italie (1865) ; De C Intelligence (1870). De 1876 à 1890, il publie les Origines de la France co?itemporaine (5 vol.) (2). En 1881, il réunit, sous le titre de Philosophie de l'Art, quatre études

(1) Morceaux choisi.s l»"" cycle, p. 52U: 2<" cycle, p. UU,

(2) Morrtcmuv choisis, 2« cycle, i). 11^2.

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i>!04:ùdeunuciil pitrucs, issues de ses cours à rjHolo des ^euux-Arts, où il professait dep.dS l<>65. Les Etudes critiques, articles publiés çà et là, ont formé ,i volumes : Esmis (1858), Nouveaux tssai^ (1865), Derniers Essai$ (1894) de critique et d'histoire (1).

La méthode de Taine est celle de Sainte-Beuve, mais poussée jusqu'à ses extrêmes conséquences logiques, sous l'influence de la philosophie positiviste. 8on système est exposé dans la Préface de V Histoire de la littérature anglaise (1863). Les ouvrages sont, pour Taine, des manifestations de la façon de penser et de sentir d'une race, à un certain moment, dans un certain milieu. C'est ainsi qu'il étudie Shakespeare, Milton, Swift, Byron, types représentatifs du génie anglais aux seizième, dix-septième, dix-huitième et dix-neuvième siècles. La môme méthode, il l'applique à La Fontaine dans sa thèse de doctorat, à Racine, à Balzac, à Stendhal, dans ses Essais de critique. C'est vraiment, beaucoup plus que chez Sainte-Beuve, « l'histoire naturelle des esprits >. Mais SaintôTBeuve a très justement réfuté ce qu'il y a d'exagéré dans ce système : « ... Entre un fait si général et aussi commun à tous que le sol et le climat, dit-il, et un résultat aussi compliqué et aussi divers que la variété des espèces et des individus qui y vivent, il y a place pour quantité do causes et de forces plus particulières, plus immédiates ; et tant qu'on ne les a pas saisies, on n'a rien expliqué. Il en est de même pour les hommes et pour les esprits qui vivent dans le même siècle, c'est-à-dire sous un mémo climat moral : on peut bien, quand on les étudie un à i\n, montrer tous les rapports qu'ils ont avec ce temps où ils sont nés et où ils ont vécu ; mais jamais, si l'on ne connaissait que l'époque seule, et même la connût-on à fond dans ses principaux caractères, on n'en pourrait conclure à l'avance qu'elle a dû donner naissance à telle ou telle nature d'individus, à telle ou telle forme de talent (2). »

Taine apporte la même rigueur dans sa critique d'art. Son effort vise principalement à nous faire connaître le pays,

(1) Morceaux choisis, l'"'' cycle, p. 522.

(2) Cansprifi^ du fundi, t. XJlf.

800 l.l'I'TKRATURK FliANÇAISE

]es mœurs, les coutumes, parmi lesquels tel artiste s'est l'orme et développé^ afin de nous expliquer comment les statues d'un Phidias, les tableaux d'un Raphaël^ d'un Rembrandt, sont conditionnés par la race^ le moment et le milieu. Cependant, et presque malgré lui, Taine apporte dans ce genre de critique des préoccupations esthétiques et morales.

Trop systématique, trop absolu, Taine a le mérite éminent d'avoir donné plus de précision scientifique à la critique littéraire, qui a toujours une tendance à s'échapper vers le dilettantisme et vers la dissertation morale. De plus, il a présenté ses idées dans un style qui, pour être un peu tendu et volontaire, est aussi remarquable par la solidité que par l'éclat.

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