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CHAPITRE Vïlt L'HISTOIRE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

SOMMAIRE

1" L'histoire, au dix-neuvième siècle, se renouvelle sous trois influerices : la Ptévolulion, le progrès des sciences, le romantisme.

t Dévôloppement général. — La plupart des historiens qui écrivent sous la Restauration entrent dans la politique après 1830; — la Révolution de Juillet donne l'essor aux théories libérales et crée dans l'histoire un courant d'enthousiasme; — après 1850, l'histoire incline de plus en plus vers la science désintéressée.

3" Augustin Thierry (1795-1856) commence par le journalisme d'opposition, et découvre comme un argument de politique libérale sa théorie de la lutte des races; il développe ses idées dans l'Histoire de la conquête de l' Angleterre par les Normands (1825) et dans r//i.s/!oire du Tiers-Etat. Il devient moins systématique et plus pittoresque dans ses Éécils des temps mérovingiens (1833-40). — Dk Bauante (1782-18G6) se borne à résumer en un récit exact et vivant les vieilles chroniques, dans son Histoire des ducs de BôUtgogne (1826).

4" Guizot (1787-1874), professeur à la Sorbonne, devient ministre après 1830, et fait de la politique jusqu'en 1851. — Philosophe de l'histoire, et disciple de Montesquieu, il étudie les lois de la civilisation européenne, où il distingue les éléments romain, germain et chrétien {Histoire de la civitisatioH, 1828-30; kévoliitlon d'Angleterre, 1826).

5" Thiers (1797-1877) entré dans la politique en 1830. Historien exact et intelligent, très bien documenté et très c/a*r, il écrit XHistoire de la Révolution française (1823-27) et \ Histoire du Consulat et de l'Empire (1845-1863). — Mignèt (1796-1884) s'applique à des sujets restreints, qu'il approfondit (Mdrie Stuart, 1851 ; Chartes- Quint, 1854).

6" Michelet (1798-1874), après une enfance laborieuse, devient chef (les Archives historiques et professeur au Oollège de France. 11 écrit

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de 1833 à 1844 les six premiers volumes de son Histoire de France^ où ses qualités de savant et de poète sont en harmonieux équilibre. Après 1848, sous Je coup des événements et des persécutions du pouvoir impérial, il est plus exailé, et son Histoire perd ses qualités scientifiques. Selon Michelet, l'histoire est la résurrection intégrale du passé. Son style est romantique.

7° Après Michelet, Henri Martin, Taine, Fustel ne Coulanges, Renan, V. Ddruy.

î. — Les Influences.

Au commencement du dix-neuvième siècle, l'histoire se transforme et se renouvelle sous des influences diverses :

1» La Révolution marque la fin d'un régime et d'une société, et donne à toute l'histoire antérieure du recul et de la perspective. Cette violente rupture avec le passé a des causes lointaines ; elle est une conséquence et un point d'aboutissement. On sera tout naturellement amené à étudier et à critiquer les institutions politiques de la France monarchique. On ne tardera pas à s'apercevoir que les mœurs ^ tout autant que les lois, expliquent les fails^ et que les mouvements qui se trahissent à la surface par des catastrophes soudaines et bruyantes, sont causés par les forces lentes et mystérieuses des masses profondes. Alors, on se portera de plus en plus vers la recherche et l'analyse des « dessous de riiistoire ». Peuple, bourgeoisie, vie municipale, vie privée, mémoires, lettres, documents financiers et administratifs, toute une poussière d' « infiniment petits > sera recueillie et soumise à des « réactions critiques ». Car, encore une fois, il faut expliquer comment la Révolution a été possible. Et voilà pourquoi nous verrons certains historiens commencer par la politique libérale, et découvrir leurs théories histori- ([ues dans des arguments de polémique : tel Augustin Thierry ; et pourquoi d'autres passeront de l'histoire à la politique, ou les mèneront de front : tels Guizot et Thiers.

"^ Le progrès des sciences. Il faut envisager ce progrès à deux points de vue. — a) D'abord, depuis Bayle et Fontenelle, l'esprit français abandonne de plus en plus la métaphysique et les sciences spéculatives, pour se tourner vers les sciences

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positives. Histoire naturelle, physique, chimie, jurisprudence historique, exégèse religieuse, etc.. tels sont désormais les objets de la curiosité et de l'étude. Sans doute, les utopistes comme Jean-Jacques auront sur la Révolution une influence prépondérante et désastreuse, mais par accident. L'esprit positif et scientifique triomphera dans l'État, dans la philosophie, dans la critique. L'histoire en bénéficiera. — b) Mais elle profitera aussi de progrès qui l'intéressent et la touchent plus particulièrement, je veux dire des découvertes archéologiques et philologiques, de la création de certains musées, de la publication de grandes collections de documents histori • ques et paléographiques (pour lesquelles on continue les admirables travaux des Bénédictins). Déjà, la découverte de Pompéi (depuis 1748; mais les fouilles décisives ne furent faites qu'en 1807-1815, sous le règne de Murât à Naples), les travaux de Choiseul-Goufiier sur la Troade, ceux du comte de Caylus, avaient amorcé les recherches des architectes, des artistes, des historiens. Le musée des monuments français, créé par la Convention, dans le cloître des Petits-Augustins, et dirigé par Alexandre Lenoir, recueillait les débris de nos châteaux et de nos églises. Le gouvernement de la Restauration fondait l'Ecole des chartes, ouvrait au Musée du Louvre des galeries de sculpture ancienne et d'égyptologie. Champollion, en 1822, découvrait la signification des hiéroglyphes; Anquetil-Duperron, Abel Rémusat, Silvestre de Sacy et Burnouf donnaient aux études asiatiques un magnifique développement. Sous Louis-Philippe, ce mouvement s'accentue; la Commission des monuments liistoriques (Cuizot, Salvandy, \ ittît, Mérimée) veille désormais sur les richesses de notre .irchitccture nationale. L'Ecole d'Athènes est fondée; l'Ecole (les langues orientales (qui date de 1795) est réorganisée. Les académies de province commencent à rivaliser de zèle archéologique, et publient force mémoires. Cependant les collections de documents se poursuivent, sous des impulsions particulières ou officielles, et des revues spéciales accueillent tous les travaux consacrés au moyen âge, à l'Orient, à l'antiquité, etc. (1).

(1) Cf. IntroduciCon des Extraits des historiens français de t.. Jlllian

Hrl ÎJtîKRATiJHF, FKANr.AtSl^.

'.)" Luc troisième iiithience se fait sentir sur l'histoire. Elle complète et, dans une certaine mesure, elle contredit les deux précédentes. C'est le romantisme. Le romantisme, en tant qu'il est l'iiTiagination créatrjce, I9. recherçhç et la divination , de la couleur locale, vient aju secours de l'érudition et vivifie la critique. Çhateaiib^i.ajid, }1"^^ de Staël, W. Scott ont sur De Barante, A. Thierry, >lichelet çt Thiers liii-même, une influence profonde et utile. Mais le romantisme est aussi fapita,isie artistique et utopie sociale ; il tQurne au romanesque et à la déclamation. Sous ce rapp.9rt, son influence, très puissante, a gâté certains historiens, pt tandis, par exemple, qu'un Augustin Thierry se dégage de plus en plus des défauts du romantisme, pour n'en cphserver que les qualités, un Michelet et un Quinet perdent de plus en plus le sens du réel, pour s'enivrer de leur exaltation.

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