‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 230 sur 323 · VI. — Thîers (1797-1877). — Mî^net · texte numérisé non relu

VI. — Thîers (1797-1877). — Mî^net

Vie. — Adolphe Thiers est né à Marseille; sa grand'mère, de la famille des Santi Lomaca, originaire de l'ile de Chypre, était sœur de la mère d'A. Chénier. Si jamais la théorie du milieu et de l'hérédité a reçu un démenti, c'est bien dans la personne de cet historien sans poésie, et de ce politique plus normand que marseillais. Après des études de droit à Aix, Thiers vint à Paris, en 1821, collabora au journal le Globe (articles de critique d'art), au Constitutionnel (id.), et travailla à Y Histoire de la Révolution, commencée par Félix Bodin, en 1^23. Les dix volumes de cet important ouvrage, le premier où l'on ait envisagé, dans l'ensemble et sans esprit de parti, les grands événements de la veille, parurent de 1823 à 1827. Thiers s'associa avec son compatriote Mignet et avec A. Carrel, pour fonder le National; et la Révolution de 1830 le lança, lui aussi, dans la politique. Sorti du ministère en 1845, il entreprit V Histoire du Consulat et de V Empire, dont les vingt volumes parurent de 1845 à 1863.

Sa méthode. — Thiers apporte dans l'histoire des qualités {V exactitude, de probité et d'intelligence, qui, sans le mettre au niveau de Guizot et de Michelet, lui assurent un rang éminent. D'abord, il se documente à merveille. Les archives de l'Intérieur, de la Guerre, des Affaires étrangères, des Mnances, lui sont largement ouvertes; il y puise, surtout pour son second ouvrage, des renseignements techniques dont il fait un usage méthodique. De plus, il visite les pays où se sont déroulés les grands événements: il connaît les champs de bataille des armées républicaines et impériales : il en établit la topographie, non pas à la manière d'un poète comme Michelet décrivant la Provence, mais en géographe savant et consciencieux. Il mène de front avec une sage économie, l'histoire intérieure et l'histoire extérieure. Il suit, en politique, la corrélation des affaires financières, diplomatiques, commerciales, avec les grands exploits, qui, d'ordinaire, attirent seuls l'attention. Tous ces éléments si divers, Thiers les soumet à Vintelligencey qui, selon lui, est la qualité

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maîtresse de riiistorieii {/<' Cunsulal et l'Empire^ Préface du t. Xll); l'Intelligence chercfiB, évalue, groUpfe, dose; eïie classe et elle organise ; elle conduit et maîtrise l'imagination ; elle prévient les erreurs et les injustices.

Son style. — Le style de Thiers eât clair et aisé. Les qilalités que l'homme d'Etat apportait à la tribune, l'écrivain les possède au plus haut point. En le lisant, on à la satisfaction de comprendre. On comprend la bataille d'Austerlitz ou la bataille d'Eylau, comme on comprend la politique religieuse ou financière de Napoléon. Enfin, cette clarté et cette exactitude n'excluent pas une certaine vie intense et commUnîcative. Si Guizot touche par sa foi, Thiers émeut, dans l'ensemble, par son sincère patriotisme; Il à des réflexions qui prouvent l'enthousiasme contenu ou la douleur profonde. On le goûté mieux, contrairement à Michelet, à une lecture d'ensemble, que par la citation de quelques fragments (1).

A côté de Thiers, il faut citer Mignet (1796-1884), qui fut également journaliste libéral sous la Restauration (Courrier français, National). iMignet fut nommé conseiller d'Etat et directeur des archives des Affaires étrangères p.lr LoUis- Philippe. — Il a publié : Antonio Pérez et Philippe II (184d\ Marie Stuart (ifel), Charles-Quint (1854), Rivalité de François P'' et de Charles-Quint (1875). La valeur de Mignet est dans la forte documentation de ses études historiques. C'est un maître dans l'art de manier, de grouper et d'approfondir les sources. S'appliquant à des sujets restreints et bien limités, à la manière d'un historien antique comme Salluste, il creuse les événements et les caractères. Son style, un peu monotone dans sa gravité, est d'une vigueur soutenue et d'une concision toute latine.

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